Youth Alliance Against Gang Violence

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ISSN : 978-1-100-98917-4

Table des matières

L'épreuve des faits : sommaires d'évaluation 2012-SE-22

1. IntroductionFootnote 1

Le programme Youth Alliance against Gang Violence (YAAGV), aussi appelé Warrior Spirit Walking, a été élaboré en 2007 en réponse au nombre élevé de jeunes de la rue et de jeunes faisant partie d'un gang à Prince Albert, en Saskatchewan.

Il offrait un soutien aux jeunes Autochtones âgés de 12 à 21 ans, affiliés à un gang ou présentant un risque élevé de s'affilier à un gang. Le projet visait à aider des jeunes à quitter leur gang en toute sécurité ou à résister à la pression de se joindre à un gang.

La Saskatchewan est connue pour avoir la plus forte concentration de gangs de jeunes au Canada par habitant. De plus, approximativement un jeune sur dix, dans la province, a des démêlés avec le système de justice pénale. En Saskatchewan, la plupart des gangs sont autochtones.

Prince Albert est la troisième plus grande ville en Saskatchewan et elle a une population de quelque 35 000 habitants, dont approximativement les deux tiers (67 %) ont moins de 25 ans. À Prince Albert, le tiers des résidants déclarent être Autochtones. Le quart des familles sont monoparentales. La ville affiche le taux de chômage et le taux de grossesses chez les adolescentes les plus élevés dans la province. Environ 400 enfants sont placés en famille d'acceuil ou dans des foyers collectifs.

Cette ville enregistre le taux de criminalité le plus élevé parmi les petites villes de l'Ouest canadien, et, ces dernières années, elle connaît une hausse de la violence liée aux gangs : voies de fait graves, fusillades et meurtres. Au nombre des arrestations effectuées par le service de police de Prince Albert, 70 % sont liées à la drogue et à la toxicomanie.

Prince Albert compte également un nombre élevé d'établissements correctionnels où se trouvent, en tout temps, plus de 1 000 détenus. Cela incite de nombreuses familles à déménager à Prince Albert afin de se rapprocher des membres incarcérés de la famille. D'après des chiffres récents du Service correctionnel du Canada, de 75 % à 80 % des délinquants placés sous garde en Saskatchewan sont d'origine autochtone.

En avril 2007, le Centre national de prévention du crime (CNPC) a octroyé, dans le cadre du Fonds de lutte contre les activités des gangs de jeunes (FLAGJ), 1 657 141 $ au Prince Albert Outreach Program Inc. (PAOPI), un organisme de bienfaisance enregistré sans but lucratif, chargé de mettre en œuvre et d'évaluer le YAAGV. Le projet a commencé le 15 août 2007 et s'est terminé le 31 mars 2011.

2. Description du programme

Le programme YAAGV est une initiative communautaire de prévention de la criminalité fondée sur l'approche du Cercle du courage, assortie d'éléments de l'approche Wraparound (une approche globale) et de la thérapie multisystémique (TMS).

Le programme a été conçu de façon à répondre aux besoins des jeunes Autochtones affiliés à un gang ou présentant un risque de s'affilier à un gang. Le programme cherchait à :

Le Cercle du courage est un modèle autochtone traditionnel de l'épanouissement des jeunes. Reposant sur les quatre dimensions de la roue médicinale, l'approche s'inspire des principes autochtones traditionnels régissant l'éducation des enfants et des recherches sur la résilience.

Le programme YAAGV était axé sur les multiples facteurs déterminants du comportement criminel et antisocial et offrait des services dans le quartier du jeune plutôt que dans l'unité familiale.

Dans le cadre de la TMS, la famille est le domaine de travail principal et l'intervention vise principalement à renforcer la dynamique familiale. La plupart des jeunes participants au programme YAAGV avaient peu ou pas de contact avec leurs parents. Bon nombre d'entre eux avaient grandi dans des structures d'accueil, avaient été incarcérés pendant de longues périodes, tandis que d'autres n'avaient aucun contact avec la famille en raison d'actes de violence graves. Par conséquent, il était impossible de concentrer les interventions sur l'unité familiale.

En dernier lieu, comparativement à la TMS, qui se traduit en moyenne par 60 heures de contact avec la famille sur une période de quatre mois, le programme YAAGV portait sur une gestion de cas beaucoup plus intensive, les jeunes recevant, en moyenne, 684 heures de services.

L'approche Wraparound est utilisée avec les adolescents aux prises avec des troubles émotifs graves et présentant un risque de placement en foyer d'accueil. Elle renvoie à un ensemble précis de pratiques visant l'élaboration de plans de soins individuels fondés sur les points forts, les valeurs, les normes et les préférences de l'enfant, de la famille et de la collectivité. À l'instar de cette approche, le programme YAAGV a employé des plans d'intervention individuels. Toutefois, pour les motifs invoqués ci dessus, les parents y ont participé dans une minorité de cas seulement.

Le programme YAAGV comprenait six composantes :

Counseling

Les services incluaient le counseling individuel ou en situation de crise, le counseling portant sur l'emploi, la toxicomanie, les services de groupe d'aide aux femmes, ainsi que le counseling en milieu scolaire et dans la collectivité. Un éventail d'activités socio-récréatives et d'activités de groupe étaient également offertes pour traiter de sujets comme la pression exercée par les pairs, la résolution des conflits et la résistance à l'attrait des gangs.

Équipe pour la présentation d'un exposé

Sous la supervision et avec le soutien du personnel, des participants au programme sélectionné qui quittaient un gang présentaient un exposé aux autres jeunes au sujet des dangers de la violence, de l'intimidation et de l'appartenance à un gang. L'objectif principal était de permettre à ces jeunes d'acquérir des compétences en emploi et des aptitudes à la vie quotidienne.

Écoles culturelles Won Ska, niveaux primaire et secondaire

C'est un programme d'école alternative destiné aux jeunes Autochtones qui présentent un risque élevé afin qu'ils puissent terminer leurs études secondaires, obtenir des crédits d'études primaires et secondaires, améliorer leurs capacités de lecture et d'écriture, accroître leurs aptitudes à la vie quotidienne et participer à une formation en emploi.

Centre d'activités pour jeunes

Ce centre procure un environnement sécuritaire permettant aux jeunes de prendre part à des activités récréatives, artistiques, musicales et culturelles.

Services mobiles

À bord d'une fourgonnette, le personnel se déplaçait dans les rues, quatre fois par semaine pour établir des contacts avec les jeunes présentant un risque élevé. Une infirmière s'est également jointe au personnel deux fois par semaine afin d'offrir des services d'échange d'aiguilles. D'autres services incluaient des boissons et des repas sains, la distribution de condoms et de listes de clients violents, des services de counseling, des renseignements et l'aiguillage vers des services plus structurés.

Sensibilisation dans les tribunaux

Un intervenant du domaine de la justice se rendait dans les tribunaux pour offrir des services juridiques, du counseling, des renseignements et des services d'aiguillage.

Participants au programme

Le programme a desservi 147 participants âgés de 12 à 21 ans entre novembre 2007 et mars 2011. De ce nombre, 41 % étaient de sexe féminin et 59 % de sexe masculin. L'âge moyen était de 17,8 ans.

Facteurs de risque

Cinquante et un pour cent ont déclaré être à risque de devenir membres d'un gang contre 49 % qui ont indiqué l'être déjà. Tous les participants ont déclaré au moins un facteur de risque, notamment la toxicomanie, des antécédents de crimes violents, le chômage, des arrestations antérieures ou des idées suicidaires.

D'après les résultats d'un sondage réalisé à l'admission au programme, 45 % des jeunes avaient grandi sous la responsabilité des services d'aide à l'enfance ou des établissements pour jeunes contrevenants; 33 % avaient vendu de la drogue dans les six mois précédant leur participation au programme; 39 % avaient agressé d'autres personnes dans le but de les blesser gravement; 82 % avaient un proche parent ayant un grave problème lié à la drogue ou à l'alcool; 45 % présentaient de graves problèmes liés à l'alcool (consommation excessive fréquente); 76 % consommaient fréquemment de la marijuana; 42 % consommaient fréquemment de l'ecstasy, 26 % ont déclaré avoir des idées suicidaires; et 13 % avaient tenté de se suicider.

Participation au programme

Entre mars 2008 et janvier 2011, 86 dossiers ont été fermés. De ce nombre, 12 jeunes n'avaient pas terminé le programme, neuf l'avaient abandonné à mi parcours, deux s'étaient suicidés et un avait été victime de meurtre. Pour ce qui est des autres, 74 avaient terminé le programme avec succès. Ceux-ci avaient tous participé aux séances de counseling et n'appartenaient plus à un gang à la fermeture du dossier.

À la fermeture du dossier, les 86 participants avaient bénéficié de 100,2 semaines d'intervention en moyenne. Au total, on a dispensé 58 782 heures de programmes individualisés, chacun des 86 participants ayant reçu 683,5 heures de services en moyenne. Tous programmes confondus, le degré d'intervention variait de 13,8 heures (services mobiles) à 443,6 heures de services en moyenne par jeune à l'école culturelle Won Ska, niveau primaire. La plupart des jeunes ciblés ont participé à au moins quatre des six composantes du programme.

Les 74 jeunes ayant terminé le programme avec succès ont reçu, en moyenne, 749 heures de programmes contre 290 heures en moyenne pour les 12 jeunes qui n'ont pas terminé le programme.

3. Évaluation du programme

Une évaluation indépendante du processus et des effets a été réalisée afin de déterminer l'efficacité et l'efficience du projet YAAGV. L'étude d'évaluation a été menée de novembre 2007 à mars 2011.

L'approche mixte utilisée combinait des méthodes quantitatives et qualitatives. Les méthodes quantitatives ont servi à déterminer l'impact du programme sur les résultats, et les méthodes qualitatives, qui comprenaient l'étude du dossier des clients, des groupes de discussion, des dossiers de la police et des entrevues en profondeur avec les jeunes, ont permis de mettre en contexte les données quantitatives.

L'évaluation faisait appel à un groupe témoin non aléatoire. Au total, on a sélectionné 147 jeunes participants au programme YAAGV afin de constituer le groupe étudié. Le groupe témoin comprenait 48 jeunes membres d'un gang ou présentant un risque élevé de le devenir, sélectionnés à même le groupe des cas visés par la sensibilisation dans les tribunaux faite dans le cadre du PAOPI. Ils ont été appariés avec le groupe étudié en fonction de caractéristiques clés : l'âge, l'adhésion à un gang, le sexe, l'origine autochtone, le lieu de résidence, les antécédents de délinquance, l'emploi et les études.

Les résultats ont été mesurés au moyen de différents instruments d'évaluation normalisés disponibles dans le domaine de la violence chez les jeunes, de source américaine et adaptés des Centres for Disease Control : Measuring Violence-related Attitudes, Behaviors, and Influences among Youths: A Compendium of Assessment Tools; le Rutgers Teenage Risk and Prevention Questionnaire; les questionnaires Attachment to Teacher et Depression de la Rochester Youth Development Study; et les échelles Parental Supervision, Attachment to Parents, Commitment to School du Seattle Social Development Project.

Les données obtenues des participants au programme ont été recueillies à six occasions, sur une période de 30 mois : à l'admission au programme (T1) ainsi que six mois (T2), 12 mois (T3), 18 mois (T4), 24 mois (T5) et 30 mois (T6) après le début du programme. Les données du groupe témoin ont été recueillies à l'admission au programme (T1) de même que 6 mois (T2) et 12 mois (T3) après le début du programme.

Les tests t pour échantillons appariés ont permis de déterminer si les participants au programme avaient connu des changements statistiquement significatifs au fil du temps. Les tests t pour échantillons indépendants ont également permis de déterminer les différences entre les groupes à l'égard de chaque résultat, à trois moments, soit à l'admission, à six mois et à 12 mois.

4. Résultats de l'évaluation

Résultats liés aux processus

Prestation du programme

Les observations sur le terrain ont montré que les interventions tenaient compte du sexe, étaient adaptées aux particularités culturelles et étaient mises en œuvre comme prévu. Elles ont également révélé une forte demande pour chaque type de services fournis aux jeunes, à l'exception des services mobiles et du Centre d'activités pour jeunes, lesquels présentaient des taux de participation relativement faibles. On a donc modifié les heures d'ouverture du Centre et l'horaire des services mobiles afin de mieux servir les clients.

Satisfaction à l'égard du programme

Les participants aux groupes de discussion ont dit beaucoup de bien de l'école culturelle Won Ska : ils ont senti le respect des membres du personnel et ils avaient confiance en eux. Les participants au programme ont indiqué les principaux facteurs de réussite suivants : l'attention que les enseignants ont portée à chaque participant, l'apprentissage à son propre rythme, l'obtention de crédits et les modèles de comportement positifs du personnel chargé du programme.

Résultats liés à l'impact

Attitudes

Identité culturelle

Aucun changement marquant de l'identité culturelle n'a été constaté chez les participants au programme.

Atténuation des attitudes et croyances favorables à la violence

Quatre indices ont permis de mesurer les attitudes et les croyances favorables à la violence : approbation du comportement agressif, représailles à la suite d'un comportement agressif, approbation à la fois du comportement agressif et des représailles et compétences en résolution de conflits. Les données relatives à ces indicateurs n'étaient disponibles que pour T1 et T2. Au cours de cette période, aucun changement important n'a été observé en général quant à l'approbation générale du comportement agressif et des représailles. Par contre, les compétences en résolution de conflits se sont grandement améliorées (hausse de 65 %), entre l'admission au programme et six mois plus tard.

Acceptation des gangs

L'acceptation des gangs correspondait à la mesure dans laquelle les participants croyaient qu'il était acceptable ou branché de faire partie d'un gang. D'après les constatations, l'acceptation des gangs aurait fléchi au fil du temps passé dans le programme. Des changements significatifs sont survenus à T5 et T6. L'acceptation des gangs a reculé de 38 % et de 42 % entre l'admission au programme et 24 et 30 mois, respectivement.

Attachement aux parents

Trois indices ont servi à mesurer l'attachement aux parents et aux figures parentales, soit les échelles de l'attachement aux parents, de la supervision parentale positive et de la participation prosociale des parents. Des changements positifs (hausse oscillant entre 34 % et 55 %) ont été constatés entre l'admission au programme et les différentes périodes de mesure, mais aucun de ces changements n'était statistiquement significatif.

Facteurs de risque

Formation de liens avec des modèles de comportement adultes

Un très petit nombre de participants au programme YAAGV ont affiché une augmentation significative de 75 % au chapitre de la formation de liens avec des modèles de comportement adultes entre T1 et T6 (30 mois).

Symptômes de dépression

Les symptômes de dépression ont fortement diminué, de 58 %, entre T1 et T4 (18 mois). Le score de dépression n'a pas changé entre T1 et les mesures ultérieures, à 24 et 30 mois.

Sentiment d'appartenance à l'école

Le sentiment d'appartenance à l'école reposait sur trois indicateurs : l'attachement envers les enseignants, le degré de motivation et le nombre de suspensions. Les résultats dénotent que, pour un petit nombre de participants au programme, l'attachement envers les enseignants a connu une hausse marquée de 63 % entre T1 et T5 (24 mois) et de 75 %, à T6. Aucune augmentation significative n'a été relevée à 6, 12, 18, 24 ou 30 mois. En dernier lieu, le nombre de suspensions a considérablement diminué, soit de 14 %, entre T1 et T3 (12 mois) sans changement ultérieur important, cependant, au fil du temps.

Attachement au marché du travail

Les résultats des analyses de la fréquence révèlent que 50 % approximativement ou plus de jeunes qui ne travaillaient pas à T1 avaient un emploi à 6, 12, 18 et 30 mois.

Fréquentation de pairs criminels et antisociaux

La fréquentation d'amis criminels et antisociaux n'a pas changé chez les participants au programme YAAGV et aucun écart significatif n'a été constaté entre l'admission au programme et les différentes périodes de mesure concernant ce résultat du programme.

Risque global

Un indice de risque global a été conçu pour évaluer la mesure dans laquelle le programme a atténué les attitudes et les comportements qui peuvent prédisposer les jeunes à faire partie d'un gang. L'indice combinait sept indicateurs importants : le nombre de crimes sans violence, le nombre de crimes violents, l'appartenance à un gang, les suspensions de l'école, le comportement de pairs antisociaux, la toxicomanie et l'absence de modèles de comportement adultes. L'indice de confiance était de 0,66, soit légèrement en deçà du seuil d'acceptabilité de 0,70 (Nunnally, 1978Footnote 2). Il s'est produit une diminution significative du risque chez les jeunes ciblés, entre l'admission au programme et à T3 (diminution de 33 %), T4 (26 %) et T5 (42 %), mais pas à T6.

Comportements

Toxicomanie

L'indice de toxicomanie indiquait le nombre de fois au cours des six derniers mois où un jeune avait consommé différents types de drogues. Un très petit nombre de participants ont affiché une baisse importante de 60 % en ce qui a trait à la toxicomanie entre T1 et T6 (30 mois). Les comparaisons entre d'autres périodes n'ont pas montré de diminutions significatives.

Crime et violence

L'évaluation a révélé une diminution de l'implication des participants dans des crimes sans violence et des crimes violents, mais les constatations étaient peu uniformes. La fiabilité peu élevée de ces échelles ainsi que la faible taille des échantillons à 24 et 30 mois peuvent expliquer l'absence de résultats.

Le nombre de crimes sans violence a diminué de façon importante entre T1 et T3 (47 %) et entre T1 et T4 (51 %); toutefois, comme il est mentionné ci dessus, la tendance n'a pas persisté à 24 et 30 mois. L'implication dans des crimes violents a nettement reculé (33 %) entre T1 et T4, mais, là encore, les écarts observés entre les périodes comparées n'étaient pas significatifs.

Affiliation à un gang

Chez les participants au programme YAAGV, le taux de sortie d'un gang a augmenté au cours des six périodes de suivi. Approximativement 67 % des jeunes qui étaient membres d'un gang à l'admission au programme ont quitté leur gang six mois plus tard, et 100 % l'avaient quitté au moment de la période de suivi de 24 mois. Globalement, tous les jeunes ayant terminé le programme avec succès (n = 74) avaient quitté leur gang ou résisté à la pression de se joindre à un gang à la fermeture du dossier.

Le tableau ci-dessous présente un résumé des principaux résultats. Seuls les résultats significatifs sont signalés. Aucune des comparaisons entre les groupes n'est indiquée puisque le groupe témoin n'était pas équivalent au groupe du programme YAAGV.

Résumé des résultats obtenus – YAAGV
Comparaison n Augmentation ↑ /
Diminution ↓
% t d
Attitudes
Attitudes et croyances favorables à la violence – résolution de conflits T1 et T2 51 64,7 3,61 0,72
Attitudes positives à l'égard des gangs (acceptation des gangs) T1 et T5 24 37,5 2,74 0,83
T1 et T6 12 41,7 2,42 1,05
Facteurs de risque
Formation de liens avec des modèles de comportement adultes T1 et T6 12 2,89 75,0 1,24
Symptômes de dépression T1 et T4 45 1,99 57,8 0,43
Sentiment d'appartenance à l'école – attachement envers les enseignants T1 et T5 24 62,5 2,22 0,63
T1 et T6 12 75,0 2,47 1,01
Sentiment d'appartenance à l'école – nombre de suspensions de l'école T1 et T3 74 13,5 2,14 0,39
Risque global T1 et T3 76 33,3 2,28 0,37
T1 et T4 49 25,7 2,00 0,45
T1 et T5 24 42,1 2,16 0,89
Comportements
Toxicomanie T1 et T6 10 60,0 2,22 1,05
Crimes sans violence T1 et T3 75 46,7 1,98 0,33
Crimes sans violence T1 et T4 49 51,0 2,88 0,70
Crimes violents T1 et T4 49 32,7 2,24 0,56

Résultats liés à l'analyse des coûts

Compte tenu des contributions en nature et du financement du CNPC, le coût total de réalisation du programme s'élevait à 2 623 222 $. Le coût moyen par participant ayant terminé le programme avec succès (n = 74) atteignait 35 448 $ ou 2 954 $ par mois, par participant.

Limites de l'évaluation

Dans l'étude actuelle, la sélection d'un groupe témoin apparié serait considérée comme une méthode de recherche rigoureuseFootnote 3, mais elle comporte des limites quant à sa capacité d'attribuer des résultats aux activités du programme. L'interprétation des résultats doit tenir compte de certaines limites à la validité statistique et interne décrites ci après.

Limites des tests statistiques utilisés

Les résultats ont été mesurés à de multiples reprises, entre les groupes, sur un certain nombre de périodes, puis évalués au moyen de deux méthodes statistiques distinctes : les tests t pour échantillons appariés et les tests t pour échantillons indépendants. Tandis que ces méthodes sont appropriées pour mesurer le changement entre deux groupes ou entre deux périodes, elles le sont moins pour mesurer le changement sur plusieurs périodes et entre les groupes. La mesure répétée d'une période à l'autre, puis séparément entre les groupes pourrait indiquer un changement positif tandis que ce n'est pas le cas ou ne pas indiquer un changement positif lorsqu'il y en a eu un.

Faible taille de l'échantillon

Le taux de participation entre les périodes comparées et les groupes comparés était assez faible. En ce qui a trait aux périodes comparées, le taux de participation a radicalement chuté, passant de 147 à 109 à 6 mois, puis à 75 à 12 mois, à 49 à 18 mois, à 24 à 24 mois et à moins de 12 à 30 mois. Chez les participants du groupe témoin, le résultat était encore plus élevé, avec une baisse de près de la moitié des participants à six mois et seulement quelques participants (moins de 8) à 12 mois.

Groupes non équivalents

Les résultats des tests t pour échantillons indépendants qui comparent le rendement des participants du groupe témoin en fonction des caractéristiques appariées clés montrent que les deux groupes étaient très différents l'un de l'autre, à la base, et qu'ils n'étaient donc pas équivalents.

Instruments

Le personnel du programme YAAGV a administré les questionnaires aux jeunes parce que bon nombre des participants possédaient un faible niveau d'alphabétisation. Cette façon de faire peut avoir produit une estimation biaisée du fait que les participants ont pu tenter de se présenter à leur avantage ou qu'ils étaient réticents à répondre franchement.

Faible fiabilité des mesures

Une analyse de fiabilité réalisée pour les résultats du sondage ayant servi à mesurer les chiffres obtenus révèle que certaines des échelles étaient peu fiables (échelle du crime violent) ou modérément fiables (échelle du crime sans violence, de l'attachement envers les enseignants et du risque global).

Maturité

Comme l'étude n'a pas effectué de contrôle de l'âge et ne comprenait pas d'analyses par groupe d'âge, il est difficile de déterminer avec assurance l'effet du programme sur certains groupes d'âge. Certains participants étaient assez jeunes lorsqu'ils ont amorcé le programme et avaient franchi les étapes normales de la maturité au moment où l'évaluation a pris fin. Les participants de la catégorie des plus vieux ont également connu des changements; le fait de devenir parents (père ou mère) peut avoir motivé davantage leur décision de sortir du gang.

Faible fiabilité des mesures

Les caractéristiques des membres de gangs n'ont pas été analysées séparément de celles des jeunes présentant un risque élevé. Il se peut que les écarts entre les deux groupes aient été suffisamment significatifs pour produire des résultats mitigés.

5. Leçons retenues et recommandations

L'évaluation a donné lieu à de nombreuses recommandations relatives à l'amélioration de la mise en œuvre d'interventions semblables à l'avenir dans le but d'éclairer l'évaluation de programmes futurs.

Prestation du programme

Approche holistique pour la prestation des services aux jeunes

Les jeunes appartenant à un gang et à risque élevé ont souvent des besoins beaucoup plus élevés que ceux offerts dans le cadre d'un programme habituel de prévention de la criminalité. Les projets visant les gangs et destinés aux jeunes sont plus efficaces lorsqu'ils s'intègrent à un grand organisme de services aux jeunes ou sont enchâssés dans une gamme de services communautaires. Il convient également de tenir compte des aspects suivants dans le cadre du soutien fourni aux jeunes qui veulent sortir d'un gang ou qui présentent un risque élevé de s'affilier à un gang : alimentation, vêtements, logement, soins médicaux, études, emploi, loisirs et problèmes exigeant des soins de santé spécialisés.

Consentement éclairé par écrit

Les partenariats établis avec les programmes locaux de santé, de counseling, de logement, de loisirs, d'activités artistiques, d'emploi et d'études permettent de mieux répondre aux besoins complexes des jeunes. Il importe de communiquer les renseignements relatifs aux cas aux professionnels de ces organisations, tout en respectant la vie privée et la confidentialité des participants. On a prévu un processus de consentement écrit, qui s'est révélé utile pour garantir l'échange de renseignements propres à un cas, en toute sécurité.

Partenariats avec les écoles

Bâtir des liens solides avec les écoles s'est révélé un facteur clé de réussite pour le projet. Les directeurs d'école ont régulièrement aiguillé vers le personnel du projet des étudiants ayant des difficultés et qui tireraient profit d'une intervention. Le processus permettait aux membres du personnel du projet d'établir les priorités de leur travail et de s'assurer qu'ils savaient quels jeunes avaient besoin d'aide dans l'immédiat. Les directeurs et enseignants connaissaient bien les problèmes liés aux gangs de jeunes et étaient en mesure de collaborer avec le personnel du programme YAAGV pour l'évaluation et le traitement thérapeutique auquel étaient soumis les participants.

Formation relative aux aptitudes à la vie quotidienne comme moyen d'entrer en contact avec les jeunes

Les séances de formation sur les aptitudes à la vie quotidienne, dans lesquelles les jeunes apprennent notamment à cuisiner, à coudre ou à planifier leurs activités de la journée, permettent au personnel du programme YAAGV d'avoir des discussions sérieuses avec des jeunes qui sont réticents à communiquer des renseignements dans un contexte de counseling plus traditionnel. Cela permet de mieux comprendre la complexité des besoins de chaque jeune. Le personnel a également mentionné que l'acquisition d'aptitudes à la vie quotidienne améliore la résilience des jeunes, en particulier lorsqu'ils peuvent mettre en pratique les compétences nouvellement acquises face à des situations difficiles.

Participation des parents à risque élevé aux activités du programme

Faire participer les parents de jeunes membres d'un gang ou à risque élevé de le devenir peut représenter un défi. Certaines réussites sont attribuables au fait que des membres du personnel du programme sont allés rencontrer les parents ou les tuteurs de chaque participant au programme chez eux, au début de l'année scolaire, dans le but de les faire participer à la vie scolaire et d'ouvrir également la porte à une communication régulière. Inviter les parents aux activités familiales, comme les festins des fêtes, s'est révélé une méthode fructueuse pour faire participer les parents ou les tuteurs.

Prise en compte des différences entre les sexes

On a mis en œuvre des programmes distincts de traitement pour les filles et les jeunes femmes, car bon nombre ont été victimes de violence sexuelle de la part des hommes, et ces jeunes femmes avaient plus de difficulté à s'entendre avec le personnel masculin.

Occasions de participation valorisante pour les jeunes

L'organisation a fourni aux jeunes de multiples occasions de participer à l'élaboration et à la conception du programme en siégeant à des comités consultatifs, en devenant mentors auprès des pairs, en présentant des exposés aux jeunes dans les écoles et à d'autres rassemblements de jeunes. Les jeunes ont ainsi été encouragés à participer davantage aux activités du programme et à assumer une plus grande prise en charge des solutions de services mises au point à leur intention.

Relations avec la police locale

Pour diverses raisons, il a été difficile d'établir de solides relations de travail avec la police locale. Étant donné la gravité des activités criminelles dans lesquelles bon nombre de jeunes membres d'un gang étaient impliqués, la formation de partenariats avec la police dès le début du projet est essentielle à la réussite des projets visant les gangs.

Évaluation

Créer une culture de l'évaluation

Le personnel des organismes de services possède souvent une expérience minimale en matière d'évaluation, ce qui peut présenter des défis. Les évaluateurs devraient faire participer le personnel aux activités d'évaluation et aux produits d'évaluation dès le début.

Faire participer les jeunes

Les jeunes doivent savoir que leur voix est importante et que leurs idées et préoccupations seront consignées et prises en considération. Informer les jeunes de leurs droits ainsi que des progrès et résultats de l'évaluation peut être un moyen efficace de maintenir leur participation à l'évaluation. Faire participer les membres du groupe cible aux activités et aux produits d'évaluation (p. ex. examen des instruments de sondage, stratégies de collecte de données) peut aider à garantir une plus grande validité et fiabilité des constatations.

Tenir compte des questions propres à chacun des sexes

Les outils d'évaluation devraient être adaptés aux besoins des femmes. Les évaluations du risque et les questions du sondage devraient aborder les aspects liés à la garde des enfants, à la participation au commerce du sexe et à la dépression.

Adapter les instruments aux caractéristiques culturelles

Afin de s'assurer que la méthodologie et les outils d'évaluation reflètent les cultures des Premières nations et des Métis, il convient d'adapter les instruments normalisés aux caractéristiques de ce public et d'en garantir la validité conceptuelle. Il n'est pas possible de supposer que les instruments normalisés, provenant d'autres programmes et mis en œuvre dans des contextes différents et auprès de populations différentes, seront efficaces dans le contexte canadien et, plus précisément, dans le contexte autochtone.

Combiner les données qualitatives et quantitatives

Des données purement quantitatives ne peuvent pas saisir la complexité des enjeux comme l'appartenance à un gang, le commerce du sexe, la santé mentale et la culture. Des méthodes qualitatives devraient complémenter les méthodes quantitatives. On a constaté que les études de cas sont particulièrement efficaces lorsqu'il est question de mener des études de recherche et d'évaluation dans des contextes autochtones.

6. Conclusion

Le programme YAAGV a réussi à atteindre sa population cible et à aider les jeunes à quitter leur gang ou à résister à la pression de se joindre à un gang. Tous les jeunes qui ont terminé le programme ont quitté leur gang ou ont résisté à la tentation devenir membre d'un gang.

Le programme YAAGV est parvenu, dans une certaine mesure, à avoir un effet sur les facteurs de risque et les comportements des jeunes participants. Dans des domaines comme le degré de dépression et les attitudes envers les gangs, on a observé des changements positifs, mais sporadiques et limités à des périodes de suivi précises.

Dans le même ordre d'idées, une diminution significative de 60 % de la toxicomanie a été constatée pour un petit nombre de participants. L'évaluation a également révélé une diminution de l'implication des participants dans des crimes sans violence et des crimes violents, mais les constatations n'étaient pas uniformes. Tout particulièrement, on a relevé des résultats positifs constants en ce qui concerne l'augmentation de l'attachement des jeunes au marché du travail et pour ce qui est de les inciter à sortir d'un gang.

Pour de plus amples renseignements au sujet de ce projet, ou pour obtenir une copie du rapport final d'évaluation, veuillez contacter le Centre national de prévention du crime, par courriel, à ps.prevention-prevention.sp@canada.ca.

Pour recevoir des informations sur les activités du CNPC, nous vous invitons à vous inscrire à la liste d'envoi électronique du CNPC en visitant notre page d'enregistrement à : http://www.securitepublique.gc.ca/cnt/bt/mlng-lst-fra.aspx.

Notes

  1. 1 Cette synthèse est fondée sur l'examen et l'analyse, par l'équipe d'évaluation et de recherche du CNPC, du rapport final d'évaluation rédigé par Mark Totten et Sharon Dunn de Totten and Associates.
  2. 2 Nunnally, J.C. (1978), Psychometric theory, New York, McGraw-Hill.
  3. 3 Centre national de prévention du crime (2007), Normes d'évaluation, Ottawa (Ontario).
Date de modification :