The Achievers: Positive Alternatives to Youth Gangs (PAYG)

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Table des matières

Introduction

Le secteur Jane-Finch à Toronto affiche l'un des taux les plus élevés de crimes violents de la province de l'Ontario. Ce secteur est généralement reconnu comme l'une des collectivités les plus défavorisées sur le plan social et économique au Canada. Il a été estimé que le secteur Jane-Finch a la plus forte concentration de gangs de jeunes au Canada, dont des gangs bien connus tels que les Bloods et les Crips.

Les chercheurs de l'Université de Toronto et les fonctionnaires de la Ville de Toronto ont conçu l'indice du risque de criminalité chez les jeunes, un outil ayant pour but de déterminer les quartiers où le risque de criminalité juvénile associée aux gangs est élevé. L'indice révèle que le secteur Jane-Finch à la cote de risque la plus élevée à Toronto. Cela indique que la collectivité souffre de taux de criminalité élevés, qu'elle est défavorisée sur le plan social et économique et que les résidants ont un accès restreint aux programmes communautaires pour les jeunes.

Indice du risque de criminalité chez les jeunes à TorontoFootnote 1

Cette figure démontre les indice du risque de criminalité chez les jeunes à Toronto.
Description longue

Cette figure démontre les indices du risque de criminalité chez les jeunes à Toronto :
Jane-Finch - Les facteurs socio-économiques égalent 34,8 % et la criminalité égale 27,4 %
Jamestown - Les facteurs socio-économiques égalent 25,1 % et la criminalité égale 27,4 %
Weston - Mt. Dennis - Les facteurs socio-économiques égalent 18,0 % et la criminalité égale 29,5 %
Kingston - Galloway - Les facteurs socio-économiques égalent 10,9 % et la criminalité égale 31,5 %
Scarborough Village - Les facteurs socio-économiques égalent 7,6 % et la criminalité égale 34,5 %
Eglinton East-Kennedy Park - Les facteurs socio-économiques égalent 10,8 % et la criminalité égale 26,0 %
Malvern - Les facteurs socio-économiques égalent 15,0 % et la criminalité égale 18,7 %
Flemington Park - Victoria Village - Les facteurs socio-économiques égalent 9,6 % et la criminalité égale 22,6 %
Dorset Park - Les facteurs socio-économiques égalent 10,8 % et la criminalité égale 20,5 %
Crescent Town - Les facteurs socio-économiques égalent 6,3 % et la criminalité égale 24,6 %
Lawrence Heights - Les facteurs socio-économiques égalent 9,6 % et la criminalité égale 20,3 %
Steeles - l'Amoreaux - Les facteurs socio-économiques égalent 10,9 % et la criminalité égale 13,7 %
Westminster - Branson - Les facteurs socio-économiques égalent 0 % et la criminalité égale 20,2 %

Compte tenu de tous ces facteurs de risque, les jeunes qui grandissent au sein de cette collectivité présentent un risque particulièrement élevé d'adhésion aux gangs. En 1999, quelques programmes locaux étaient consacrés aux membres de gangs et aux problèmes liés aux gangs, mais aucun programme n'était offert aux jeunes des écoles intermédiaires.

En 1999, les gestionnaires des tours d'habitation San Romanoway ont entamé un processus de consultation auprès des principaux intervenants afin de discuter des gangs, des crimes violents et du vandalisme dans le secteur Jane-Finch. Le projet Positive Alternatives to Youth Gangs (PAYG) a été proposé comme solution possible à ces problèmes.

En 2008, le Centre national de prévention du crime (CNPC) a versé un apport en numéraire de quelque 196 000 $ aux fins de la mise en œuvre et de l'évaluation du PAYG. Ce projet a été lancé en juillet 2008 et le programme a été achevé en mars 2011. Ce projet s'adressait aux jeunes de deux écoles intermédiaires du secteur Jane-Finch à Toronto. Le modèle du PAYG reposait sur la théorie du comportement cognitif, la stratégie des services dits « enveloppants », la théorie de l'apprentissage social, une pédagogie d'apprentissage participative, un cadre antioppression, une philosophie antiracisme et une méthode de gestion des cas.

Le PAYG a été mis en œuvre par plusieurs intervenants, dont la San Romanoway Revitalization Association, en collaboration avec les écoles intermédiaires Brookview et Elia et différents partenaires communautaires.

Description du programme

Le projet PAYG du quartier San Romanoway visait à empêcher les jeunes de minorités ethniques qui présentaient un risque élevé de se joindre aux gangs de rue ou d'avoir des démêlés avec la justice. Il visait également à aider les jeunes qui étaient déjà membres d'un gang à quitter ce gang de façon sécuritaire. Le PAYG a offert des programmes aux jeunes et a également réuni des intervenants, notamment des résidents de San Romanoway, deux écoles intermédiaires et divers partenaires communautaires, en vue de les doter des connaissances et des outils dont ils avaient besoin pour mettre en œuvre des activités efficaces de lutte contre les activités des gangs dans leur collectivité.

Ce projet comprenait les cinq composantes fondamentales suivantes :

Programme de groupe scolaire

Groupe scolaire

Dans le cadre de cette composante, des méthodes d'apprentissage actives et participatives servaient à mobiliser les jeunes. Ces groupes ont examiné différentes questions psychosociales ayant des répercussions sur le

rendement scolaire des étudiants, leurs choix de vie, leur propension à devenir membres de gangs et d'autres formes de comportement antisocial. Les sujets abordés comprenaient l'estime de soi, la violence, la résolution des problèmes et des conflits, les aptitudes à la vie quotidienne et la communication, les rôles des sexes, la sexualité, l'intimidation, le racisme et le choc des cultures, les drogues et l'alcool, ainsi que la violence en milieu familial et dans la collectivité. De plus, les stratégies de résistance aux gangs, les stratégies pour sortir des gangs, le harcèlement sexuel et la santé mentale ont également été abordés.

Soutien individuel

Le personnel a rencontré les étudiants qui n'avaient pas assisté aux séances de groupe à l'école ou qui avaient besoin d'un soutien individuel complémentaire.

Mentorat

Le mentorat avait pour but d'encourager le développement psychosocial personnel des jeunes à risque et de leur offrir des solutions de rechange positives.

Suivi des étudiants de 9e et 10e année

Le suivi avait comme objectif d'aider les diplômés du projet à passer à l'école secondaire, de leur fournir le tutorat requis et de leur offrir un réseau de soutien pour les aider à demeurer à l'école.

Réunions en milieu scolaire sur la lutte contre les activités des gangs

Une série d'ateliers d'information ont été offerts aux étudiants de la 6e à la 8e année. Ces ateliers ont permis au projet de rejoindre un plus grand nombre de personnes, y compris tous les étudiants, de ces trois années, dans chaque école.

Programme parascolaire

Le programme parascolaire visait à instaurer un climat de confiance avec les étudiants et à établir des liens avec eux, à les aider à progresser sur le plan scolaire, à renforcer leur estime de soi grâce à des activités culturelles, à développer de nombreuses aptitudes prosociales et à participer à des activités sociales positives.

Programme d'été

Cette composante offrait des activités éducatives, socio‑récréatives, sportives et artistiques aux jeunes du projet. Les activités comprenaient des ateliers de préparation à la vie quotidienne axés sur de saines habitudes, un programme centré sur les arts avec un thème différent chaque semaine, des sports, de la natation, des activités récréatives, des excursions et des sorties éducatives.

Programme de soutien familial

Les parents et les personnes qui s'occupaient des participants au programme de groupe scolaire, au programme parascolaire et au programme d'été avaient droit au soutien familial, bien que ce soutien s'adresse d'abord et avant tout aux parents dont les enfants faisaient partie du groupe de soutien intensif. Le programme PAYG engageait les parents dans le but de mieux leur apprendre comment éloigner leurs enfants des gangs, comment les garder à l'école et maintenir leur participation à des programmes de développement des aptitudes, et de leur enseigner des stratégies efficaces pour renforcer leurs compétences parentales.

Programme communautaire

Les résidents directement touchés par des activités de gangs étaient invités à des groupes de discussion communautaires d'environ 50 participants. Les groupes de discussion étaient également ouverts aux groupes communautaires et aux organisations situés dans le secteur Jane-Finch. Ce service avait aussi comme objectifs de sensibiliser la collectivité et les familles aux dangers de l'adhésion à des gangs et aux facteurs qui rendaient les jeunes de minorités ethniques à risque. Il visait aussi à déterminer des stratégies de prévention et à renforcer les capacités de la collectivité en vue de mieux faire face aux problèmes en matière de sécurité, de criminalité et de gangs. Des partenariats avec d'autres groupes communautaires ont été formés dans le cadre du processus de renvoi à un service communautaire.

Le PAYG ciblait les jeunes (âgés de 11 à 14 ans de 7e et de 8e année), leurs parents et des membres de la collectivité de Jane-Finch. Au total, 170 participants principaux ont pris part au groupe intensif et au groupe contact. Voici un résumé des différents groupes :

Groupe intensif (n = 101)

Étudiants inscrits au projet qui répondaient au profil cible et faisaient partie des groupes en milieu scolaire. Ils ont reçu 147,8 heures de services en moyenne. La plupart des données de l'évaluation étaient fondées sur ce groupe.

Groupe contact (n = 69)

Étudiants des deux écoles qui participaient au programme parascolaire. Ils ont reçu en moyenne 90,4 heures de services.

Étudiants de la collectivité (n = 34)

Étudiants qui participaient au programme d'été.

Parents (n = 120)

Parents d'étudiants du groupe intensif et du groupe contact. Ils ont reçu en moyenne 3,3 heures de services.

Au total, le PAYG a offert des services à 170 jeunes, dont 34 avaient obtenu leur diplôme au moment de la présente évaluation.

La plupart du temps et des ressources du programme ont été consacrés aux 101 participants du groupe intensif, qui étaient essentiellement de sexe masculin (61,4 %), en 6e année (45,5 %) ou en 7e année (41,6 %), d'origine canadienne noire ou africaine (82,2 %), issus d'une famille monoparentale (60,4 %) et dont l'anglais était la langue d'usage à la maison (90,1 %).

La plupart des participants au projet PAYG n'étaient pas considérés comme des jeunes très engagés dans des gangs ou des activités criminelles ou ayant de gros problèmes d'abus de substances. C'est probablement parce que le groupe cible n'avait pas encore atteint l'âge auquel les jeunes sont généralement exposés aux activités des gangs. Néanmoins, 52,5 % des participants du groupe intensif étaient en étroite relation avec des gangs ou avaient été associés à un comportement déviant lié à un groupe, tandis que 9,9 % disaient avoir été membres d'un gang. L'évaluation initiale du risque a révélé que seulement 57,4 % des participants répondaient au critère de risque minimum aux fins de l'inscription au programme. Cependant, après une révision ultérieure de cet outil et l'adoption d'un concept de risque élargi, 87,1 % répondaient au critère de risque minimum.

Environ 654 heures de services par mois ont été offertes dans le cadre du programme. Toutefois, il ne comportait pas de durée prédéterminée, puisqu'aucune date de début n'avait été fixée. Après avoir été recommandés au programme, les participants pouvaient commencer à tout moment pendant l'année scolaire ou au cours des mois d'été s'ils désiraient adhérer au programme d'été. Les jeunes pouvaient continuer de participer au PAYG tant qu'ils fréquentaient l'une des deux écoles intermédiaires participantes. Ce projet offrait également des services de suivi aux 34 jeunes qui avaient réussi dans le cadre du projet et commencé l'école secondaire. Seulement 5 % (5 sur 101) des participants du groupe intensif ont abandonné le programme.

Évaluation du programme

L'évaluation du projet a commencé en janvier 2009, mais un deuxième évaluateur en a pris la responsabilité et a dirigé l'évaluation jusqu'en mars 2011Footnote 2.

L'évaluation des résultats a été réalisée au moyen d'une formule de mesures répétées d'un groupe unique pour déterminer s'il y avait eu des changements dans les résultats étudiés. Au départ, les évaluateurs ont tenté de se servir d'un groupe témoin de l'extérieur auquel le ministère des Services à l'enfance et à la jeunesse en Ontario avait déjà eu recours. Toutefois, les jeunes inscrits dans cette base de données étaient très différents des jeunes qui participaient au projet quant aux antécédents criminels et aux degrés de risque. Ce groupe témoin était donc moins pertinent et moins à même d'aider à évaluer les effets du projet. Par conséquent, les évaluateurs n'y ont pas eu recours aux fins de l'évaluation.

L'évaluateur a utilisé du matériel d'enquête normalisé, qu'il a toutefois modifié afin de mieux l'adapter à la réalité culturelle. Les outils de recherche comprenaient :

Des entrevues préliminaires (évaluation, questionnaire de base) avec les participants au projet

Au cours des entrevues initiales avec les participants, les évaluateurs ont recueilli des données sur une vaste gamme de facteurs de risque et de résultats. Les entrevues duraient une heure en moyenne.

Des entrevues de contrôle (suivi) avec les participants au projet

Afin d'évaluer l'incidence du projet, les participants ont été demandés de répondre au cours de cette entrevue à des questions semblables à celles de l'entrevue initiale préliminaire.

Des questionnaires aux parents

Les résultats individuels des participants au projet ont également été mesurés au moyen d'un questionnaire que les parents ou les tuteurs devaient remplir. Les parents et les tuteurs qui participaient au projet PAYG, n'étaient pas simplement perçus comme des informateurs à l'égard du comportement de leur enfant.

Des questionnaires au personnel;

Le personnel a également été invité à remplir un bref questionnaire en guise d'entrevue de départ en janvier 2011. Ce questionnaire était conçu pour connaître ce que les membres du personnel pensaient du projet et ce qu'ils recommandaient en vue de l'améliorer.

Dossiers scolaires officiels

Une nouvelle stratégie pour suivre de près le progrès des participants consistait à intégrer les données tirées des dossiers scolaires officiels. Toutefois, seuls les étudiants du groupe intensif étaient visés, et les données n'ont pas été entièrement intégrées.

Formulaire de suivi des clients

Les deux évaluateurs ont conçu des formulaires de suivi des clients. Le personnel affecté au projet devait utiliser ces formulaires pour consigner la présence des clients, le nombre d'heures de services qu'ils avaient reçues et tout commentaire ou toute observation qu'ils souhaitaient formuler à propos des participants.

Observations sur place et révision des dossiers du projet

Des données qualitatives ont été recueillies à partir d'observations sur place. L'objectif consistait à démontrer à quel point le projet était bien élaboré et exécuté et à acquérir des renseignements additionnels sur le nombre de jeunes qui bénéficiaient des services, les services utilisés, les taux d'abandon, l'affectation de personnel et le budget du projet.

Évaluations par les participants aux séances de formation communautaires

Afin d'évaluer l'efficacité des efforts d'éducation de la collectivité dans le cadre du programme, la nouvelle équipe d'évaluation avait conçu un questionnaire d'évaluation qui a été remis aux participants à la conférence Making it Real en mai 2010. Les répondants ont été interrogés à propos de l'efficacité globale de la conférence, de l'efficacité des conférenciers et de ce que les participants avaient appris à propos des activités locales des gangs et de la lutte contre les activités des gangs. Les participants étaient aussi invités à dire comment améliorer la conférence à l'avenir.

Évaluations par les participants au programme d'été

En juillet 2010, l'équipe d'évaluation a remis un questionnaire d'évaluation à 23 des 34 étudiants qui étaient inscrits au programme d'été du PAYG. Ce questionnaire leur demandait de discuter de leur satisfaction générale à l'endroit du programme d'été, de ses retombées et des moyens de l'améliorer.

Les participants au projet ont pris part à des enquêtes préalables, à des enquêtes postérieures (6 mois) et à des enquêtes de suivi (12 mois). Quatre-vingt-quatre cas pouvaient faire l'objet d'une analyse prétest et post-test des résultats du projet, avec un taux d'abandon de 16,8 %. Sur les 17 répondants qui n'ont pas pris part à une entrevue post-test, 15 avaient déménagé à l'extérieur de la collectivité cible, et deux avaient abandonné le PAYG après une brève participation. En ce qui a trait aux enquêtes de suivi, seulement 37 réponses ont été reçues. Les tests statistiques utilisés pour analyser les données comprenaient le test du chi carré, l'analyse de la variance à un facteur et la régression linéaire.

Résultats de l'évaluation

Résultats du processus

Aucune évaluation rigoureuse de la fidélité n'a été réalisée pour vérifier si le projet avait été mis en œuvre comme prévu; cependant, certains résultats contrastés offrent une perspective sur la fidélité du projet. La plupart des employés avaient l'impression que le projet avait été mis en œuvre comme prévu.

Normalement, l'outil d'évaluation du risque indiquerait si le projet réussissait à atteindre la clientèle cible, et servirait ainsi à mesurer la fidélité du projet. Toutefois, en raison de désaccords quant au public cible approprié pour le PAYG, l'outil d'évaluation du risque a été changé au cours du programme; l'instrument qui intégrait un ensemble strict de facteurs de risque à l'égard des gangs a été remplacé par un instrument intégrant un ensemble plus large de facteurs de risque.Footnote 3 L'outil initial d'évaluation du risque révélait que 57 % des clients du groupe intensif du programme répondaient aux critères de risque originaux pour l'admission au projet.

Ce faible résultat donne à penser que le projet ne ciblait pas efficacement les jeunes à risque, puisque 43 % des participants n'étaient pas à risque. Toutefois, le deuxième outil d'évaluation du risque révélait que 87,1 % des participants répondaient aux critères. Étant donné que l'outil d'évaluation du risque a changé au cours de l'évaluation, il n'est pas possible d'évaluer si le projet a mieux réussi à cibler les jeunes appropriés au fil du temps ou si le pourcentage plus élevé était simplement le résultat du critère de risque élargi.

Au total, le projet a coûté 1 179 553 $ entre août 2007 et janvier 2011. Il est venu en aide à 290 participants et a consacré une somme de 4 067 $ en moyenne par participant. Lorsque les coûts sont répartis en fonction des trois groupes, 8 083,98 $ ont été dépensés en moyenne par étudiant du groupe intensif, 4 945,77 $ par étudiant du groupe contact et 182,27 $ par parent/tuteur.

Résultats obtenus

Attitudes

Attitudes prosociales

Le projet a permis d'améliorer les attitudes des participants quant à leur responsabilité civique. Les jeunes faisant partie de la catégorie de risque modéré sont ceux qui ont signalé qu'ils avaient changé le plus, suivis de ceux qui faisaient partie des catégories de risque faible et de risque élevé. Les scores moyens pour l'amélioration de la responsabilité civique et la sensibilisation par niveau de risque ont été comparés au moyen d'analyses de la variance. Les jeunes faisant partie de la catégorie de risque modéré sont ceux qui ont signalé qu'ils avaient changé le plus, suivis de ceux qui faisaient partie des catégories de risque faible et de risque élevé. Les scores moyens des changements variaient énormément selon les trois catégories de risque (F (2, 81) = 3,508, p < 0,05), ce qui indique que le projet a contribué à rehausser les attitudes prosociales, en particulier chez les jeunes présentant un risque modéré ou faible.

Attitudes à l'égard de la tricherie

Des données contrastées ont indiqué certains changements positifs, mais le projet n'a pas changé les attitudes à l'égard de la tricherie. La moitié des jeunes qui avaient besoin d'une intensité d'intervention faible ou moyenne ont signalé une amélioration de leurs attitudes à l'égard de la tricherie, comparativement à 60,7 % des jeunes qui avaient besoin d'une intensité d'intervention élevée. Bien que ces résultats aillent dans le sens prévu, le test du chi carré révèle que les différences observées ne sont pas significatives du point de vue statistique (X2(2) = 0,862, p = 0,650).

Attitudes à l'égard de la violence

Des données donnent à penser que le projet n'a pas contribué directement à estomper les attitudes à l'égard de la violence. Une analyse de la variance démontre que l'amélioration des attitudes à cet égard ne varie pas considérablement selon le niveau de risque du client ou l'intensité d'intervention requise (F (2, 81) = 0,554, p = 0,577).

Facteurs de risque et de protection

Rendement scolaire

Des résultats contrastés révèlent que certaines notes se sont améliorées, mais aucun changement important n'est observé dans l'ensemble. Néanmoins, lorsque ces données sont analysées plus en détail selon l'intensité d'intervention requise, les résultats sont similaires peu importe l'intensité, ce qui donne à penser que le projet n'a probablement pas contribué directement à ce changement. Des tests du chi carré ne révèlent aucun rapport entre l'intensité d'intervention requise et les changements de notes au fil du temps (X2(2) = 2,767, p = 0,251).

Liens avec les enseignants

Des résultats contrastés donnent à penser que les jeunes ne se sont pas intéressés davantage à établir des liens avec les enseignants.

Emploi

Même si le rapport entre le degré de participation au projet et les changements en ce qui a trait aux possibilités d'emploi n'était pas statistiquement significatif, les résultats semblent indiquer que le projet peut avoir aidé les jeunes à améliorer leurs possibilités d'emploi. Les jeunes qui avaient bénéficié d'une intensité d'intervention élevée dans l'ensemble étaient plus nombreux à avoir amélioré leurs possibilités d'emploi (82,1 %), suivis des jeunes de ces trois années qui avaient bénéficié d'une intensité d'intervention faible (67,9 %) et moyenne (53,6 %). Bien que le rapport entre l'intensité d'intervention et le changement des possibilités d'emploi au fil du temps ne soit pas statistiquement significatif selon des critères conventionnels (p < 0,05), les résultats nous amènent à penser que les jeunes ayant bénéficié d'une intensité d'intervention élevée avaient plus de chances de signaler une amélioration de leurs possibilités d'emploi au fil du temps que les jeunes ayant bénéficié de services de faible ou moyenne intensité dans le cadre du projet (X2(2) = 5,240, p = 0,073). Les résultats qualitatifs indiquent également que l'intérêt des jeunes pour l'emploi prosocial peut avoir contribué à un changement d'orientation positif entre le prétest et le post-test.

Comportement

Association avec des camarades déviants

Malgré des données contrastées, il est possible que le PAYG ait influé sur l'association des participants avec des camarades déviants. D'une part, des analyses prétest et post-test ont révélé des diminutions statistiquement significatives du taux d'association des participants avec de mauvais amis ou avec des amis qui les influençaient à commettre des « actes répréhensibles ». Après avoir participé au projet pendant six mois, il semble également que les participants avaient plus de chances de choisir la compagnie d'amis qui les influençaient de manière positive. Après avoir participé au projet pendant au moins six mois, les répondants risquaient également moins de signaler qu'ils avaient des amis qui étaient membres d'un gang ou qui agissaient comme un « gang ». D'autre part, les résultats indiquent que les groupes à moins grand risque s'étaient mis à fréquenter davantage des camarades déviants.

Abus de substances

Dans l'ensemble, les résultats démontrent que la vaste majorité des répondants n'avaient jamais consommé d'alcool, de cigarettes ni de substances illégales. Au cours du prétest, par exemple, seulement 22 des 84 répondants (26,2 %) ont signalé qu'ils avaient consommé de l'alcool, fait usage de drogues illicites ou fumé des cigarettes au cours des six derniers mois. Compte tenu de l'absence de changements statistiquement significatifs, il semble que le projet n'ait pas eu de répercussions sur l'usage de substances par les participants qui avaient déclaré eux-mêmes avoir fait usage d'alcool ou de drogues.

Perception parentale

Les résultats de l'évaluation ont révélé que les parents des participants avaient une bonne perception du programme. La majorité des parents ont déclaré que le projet avait permis d'améliorer le comportement de leurs enfants, à la maison et à l'école. La majorité des parents ont également eu l'impression que le projet avait contribué à améliorer le rendement scolaire de leur enfant.

Collectivité

Sensibiliser davantage la collectivité à la lutte contre les activités des gangs

La vaste majorité des participants de la collectivité ont été très satisfaits de la conférence Making it Real et n'hésiteraient pas à la recommander à d'autres afin de sensibiliser davantage la collectivité à la prévention du crime et à la lutte contre les activités des gangs.

Limites de l'évaluation

L'absence d'un groupe témoin ou d'un groupe de référence a sans doute été la principale limite de l'évaluation. Afin de remédier à cette lacune, les évaluateurs ont eu recours à la triangulation des sources de données pour augmenter la fiabilité des résultats. La triangulation consistait à comparer les résultats individuels au moyen de questionnaires avec les parents et les membres du personnel, de la révision des dossiers des participants et d'observations sur place.

Deux experts-conseils en évaluation ont réalisé l'évaluation à différents moments. Cette situation a suscité maintes difficultés, comme des points de vue opposés sur la façon de réaliser l'étude, des changements dans les instruments de mesure et des différences dans les méthodes adoptées par le personnel affecté au projet pour consigner les données. Ces facteurs ont compliqué énormément l'analyse des données.

En outre, dans le cadre du projet PAYG, il était difficile de déterminer la date de fin précise de la participation au programme, ce qui compliquait l'évaluation de l'intensité d'intervention et empêchait les évaluateurs de bien cerner la contribution du programme aux résultats. Malgré ces complications, de nombreux points forts se sont dégagés de l'étude. Toutefois, un modèle d'évaluation plus rigoureux est nécessaire pour tirer des conclusions plus plausibles sur l'incidence que le projet a sur les jeunes.

Leçons retenues et recommandations

Réalisation du programme

Le projet bénéficierait d'avoir une personne à temps plein qui travaillerait avec les parents et une autre qui veillerait au suivi auprès des étudiants qui ont achevé le programme avec succès. Un nombre moins élevé d'étudiants par employé permettrait d'offrir une meilleure prestation de services et un meilleur counseling individuel. Il faudrait mieux équilibrer les sexes parmi le personnel du projet. Le PAYG a suffisamment d'envergure pour étendre ses services de mentorat. Les mentors adultes ainsi que les pairs agissant comme mentors pourraient apporter leur aide dans le cadre du programme en recrutant peut-être des jeunes qui ont déjà achevé le programme pour servir de mentors.

Après que le choix de l'outil de présélection du projet ait fait l'objet d'un commun accord, les jeunes ne devraient pas être admis au projet à moins de répondre au critère de risque minimum. Une explication détaillée devrait être exigée lorsque des jeunes qui ne répondent pas au seuil de risque minimum sont admis au programme. Des jeunes peuvent se trouver dans un quartier à risque élevé, mais il ne faut pas supposer pour autant qu'ils en sont arrivés à un point où ils pourraient bénéficier d'un programme d'intervention. Le fait d'accepter des jeunes qui ne sont pas à risque ou qui présentent un risque trop faible nous amènera à conclure à tort que le projet était inefficace.

Dans le but d'accélérer le processus de recommandation des écoles, il est essentiel que le personnel du projet rencontre les enseignants afin de remplir les listes de contrôle des facteurs de risque. Tous les enseignants et membres de la direction doivent être parfaitement au courant du projet PAYG pour que le contingent de participants soit atteint dès le début de l'année scolaire, ce qui permettrait d'optimiser les avantages possibles du programme.

Plusieurs parents n'ont pas permis à leurs enfants de participer au projet PAYG parce qu'il avait été présenté comme un projet de « gang ». Il est essentiel de mettre l'accent sur les avantages que le projet PAYG apporte aux étudiants et aux familles sur le plan de la prévention de la criminalité, plutôt que sur le plan de la lutte contre les gangs aux fins de son marketing social.

La transition à l'école secondaire s'avère particulièrement difficile pour les étudiants à risque. Il est essentiel que le personnel du projet rencontre les clients qui achèvent le programme et qui passent à l'école secondaire au début de l'année scolaire. Cette mesure permettra au personnel d'aider ceux qui ont achevé récemment le projet avec succès à surmonter les difficultés qu'ils pourraient éprouver lors de la transition à l'école secondaire.

Le processus de recommandation, de présélection et d'admission doit avoir lieu en septembre à chaque année scolaire. Il faudra alors établir une date de début ferme pour la réalisation des activités du projet, peut-être au cours de la première semaine d'octobre. Tous les participants devront commencer environ à la même date. Cela permettra de veiller à ce que tous les participants soient exposés aux différentes composantes du projet à peu près au même moment. En outre, le modèle du projet doit adopter une intensité d'intervention normalisée à laquelle chaque client doit se conformer pour achever le projet PAYG avec succès.

Evaluation

L'établissement d'une entente entre le personnel affecté au projet, l'évaluateur et le bailleur de fonds du projet est particulièrement important lorsqu'il s'agit de définir le groupe cible et le processus adéquat de présélection et d'évaluation du risque en vue de la sélection des participants. Le groupe cible et le processus de présélection et d'évaluation du risque doivent être définit avant que le projet ne soit mis en œuvre. En outre, les intervenants doivent en arriver à un commun accord en ce qui concerne le modèle, le groupe cible, le processus de présélection et le protocole d'évaluation.

Chaque population cible est unique. Les outils qui fonctionnent bien dans certains contextes sociaux ne fonctionneront peut-être pas aussi bien dans d'autres milieux. Par exemple, les questions des enquêtes qui sont conçues pour des jeunes plus âgés ne seront peut-être pas pertinentes pour des jeunes moins âgés. Il est nécessaire de mettre à l'essai les outils de recherche au préalable pour veiller à ce qu'ils soient bien adaptés à la population cible quant à l'âge, à l'ethnicité, au niveau de risque et au contexte qui est propre au quartier.

Avant le lancement du projet, il faut définir une stratégie pour mettre sur pied un groupe témoin approprié. En outre, les entrevues avec le groupe témoin doivent avoir lieu en même temps que les entrevues avec les participants au projet.

Le personnel collaborera et facilitera plus volontiers le processus d'évaluation s'il comprend bien le but et l'importance de l'évaluation. Il pourra y parvenir s'il reçoit une formation sur l'évaluation.

Les évaluateurs doivent passer du temps avec le personnel du projet. La présence de l'évaluateur est requise pour instaurer un climat de confiance et de collaboration entre l'équipe d'évaluation, le personnel du projet et les participants. Les membres de l'équipe d'évaluation doivent passer du temps sur place, et ce, fréquemment. En outre, ils doivent tenir des réunions mensuelles avec le personnel du projet afin d'aborder les problèmes d'évaluation et de veiller à ce que les tâches d'évaluation soient achevées à temps.

Il faut avoir le moins possible recours au personnel du projet pour s'acquitter des activités d'évaluation. Le temps que le personnel consacre aux activités d'évaluation est retranché des heures qu'il consacre à la prestation des services aux participants, ce qui peut également créer une tension inutile entre le personnel du projet et les membres de l'équipe d'évaluation. La plupart des activités d'évaluation, sinon la totalité, doivent être réalisées par les membres de l'équipe d'évaluation. Les contraintes imposées au personnel du projet seront donc réduites, et la vie privée des participants qui ne souhaitent peut‑être pas exprimer leurs sentiments véritables, leurs attitudes ou leurs comportements au personnel sera protégée.

Conclusion

Bien que les participants n'aient peut-être pas été étroitement liés aux gangs de jeunes, à des activités criminelles ou à l'abus de substances, les données indiquent que certains facteurs de risque relatifs aux gangs ont diminué après la participation au programme. Le projet a été très bien coté par les participants, leurs parents, le personnel et les membres de leur collectivité. Bien que le projet n'ait pas eu de répercussions sur les attitudes en matière de violence, son incidence sur les attitudes prosociales a été démontrée. Des résultats contrastés ont également été obtenus en ce qui concerne l'incidence du PAYG sur les facteurs de risque et de protection, le rendement scolaire, les liens avec les enseignants et les attitudes à l'égard de la tricherie. Le projet a pu influer sur les possibilités d'emploi des participants.

En raison des limites méthodologiques, notamment l'absence d'un groupe témoin approprié et les anomalies de corrélation entre l'intensité d'intervention dans le cadre du projet et les résultats positifs, les évaluateurs ont suggéré de désigner le PAYG comme un projet prometteur. Il faudrait une méthode d'évaluation plus robuste pour qu'il puisse être considéré comme un programme éprouvé.

Notes

1 Voir le rapport final pour de plus amples détails.

2 S.Wortley, The Achievers Project: Positive Alternatives to Youth Gangs, Toronto (Ontario), 2011.

3 L'outil d'évaluation du risque a été changé parce que le personnel affecté au projet avait l'impression qu'il éloignait des jeunes qui pouvaient encore bénéficier du programme. Les responsables du projet craignaient également de ne pouvoir atteindre le nombre de personnes prévu pour les groupes selon leur accord de contribution.

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