Détermination et définition des principaux facteurs de risque du comportement antisocial et délinquant chez les enfants et les jeunes

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Rapport de recherche 2012-3

Rapport présenté au Centre national de prévention du crime (CNPC) – Sécurité publique Canada par David M. Day et Sonya G. Wanklyn

Université Ryerson
Toronto (Ontario)

Table des matières


Sommaire

L'objectif du présent rapport était de mener un examen approfondi de la documentation afin de cerner les grands facteurs de risque liés à l'apparition et au maintien du comportement antisocial et délinquant chez les enfants et les adolescents. Pour communiquer le plus clairement possible les principales conclusions des recherches publiées, le rapport présente des définitions de termes pertinents, y compris les termes facteurs de risque, corrélats, marqueurs, facteurs de risque distaux et proximaux et facteurs de protection et de promotion. La nature du paradigme de recherche sur les facteurs de risque (RFR) a été décrite afin de fournir un contexte à l'abondante documentation. Aussi, certains des modèles de processus décrivant les relations supposées entre les facteurs de risque et les résultats ont été présentés, notamment les variables médiatrices et modératrices, le type de développement, les enchaînements causaux et les modèles en cascade. Enfin, les facteurs de risque propres au sexe pour le comportement antisocial et délinquant ont été soulignés, quand ces données étaient disponibles.

Il serait justifié de faire quelques mises en garde sur la documentation. D'abord, la grande variabilité de la qualité des recherches limite l'interprétation des résultats obtenus. Ensuite, un grand nombre des études publiées étaient issues de quelques études longitudinales à grande échelle, dont le Seattle Social Development Project (SSDP), l'étude de Cambridge sur le développement de la délinquance (CSDD), réalisée au du Royaume-Uni, et la Pittsburgh Youth Study (PYS). Bien souvent ces études mettaient de l'avant leurs propres perspectives théoriques et leurs définitions conceptuelles et opérationnelles des variables, y compris les facteurs de risque et les résultats, et comportaient des analyses statistiques répétées sur les mêmes échantillons d'individus. En conséquence, la documentation en général était quelque peu faussée en faveur de leurs modèles théoriques et de leurs conclusions. Parallèlement, ces importants programmes de recherche approfondis et influents ont été très précieux, car ils ont permis de mieux comprendre les influences sur le comportement antisocial et délinquant et, dans leur ensemble, leurs contributions dans ce domaine sont énormes.

Les résultats de l'examen de la documentation ont indiqué que les principaux facteurs de risque se divisent en cinq sphères de la vie : (1) l'aspect personnel; (2) la famille; (3) les pairs; (4) l'école; (5) la collectivité/le quartier. Les facteurs de risque qui suivent ont été relevés par de nombreuses études et/ou sont liés à une taille d'effet importante dans les méta-analyses, ce qui révèle des influences considérables. Pour chacun de ces facteurs de risque, des mesures ont été suggérées dans les ouvrages existants afin de concrétiser et d'évaluer le construit pertinent.

Aspect personnel

Famille

Pairs

École

Collectivité/quartier

Facteurs de risque propres aux femmes


Introduction

En fait, le développement peut être vu comme un ensemble de trajectoires de développement, et notre tâche, en tant que spécialistes de la question, est de découvrir de quelle façon les interactions entre les différentes trajectoires des enfants et des adultes permettent d'expliquer les résultats [traduction] (Parke, Ornstein, Riesner et Zahn-Waxler, 1994, p. 47).

Quels sont les facteurs qui exposent les enfants et les jeunes à un risque accru d'adopter un comportement antisocial ou délinquant? Il est justifié de poser cette question, afin de prévoir ou de prévenir des problèmes plus sérieux par la suite. C'est un peu comme demander : « Quels sont les facteurs qui font croître le risque qu'une personne soit victime d'une crise cardiaque ou d'un accident vasculaire cérébral? » Il s'agit toutefois d'une question épineuse, et les réponses ne sont pas toujours simples ou évidentes. Qu'est-ce qu'un facteur de risque? Comment évalue-t-on la solidité du lien entre un facteur de risque et un résultat? Comment sait-on si un facteur de risque est une cause du résultat? Voilà certaines des questions traitées dans la première partie du présent rapport. Nous espérons ainsi fournir un contexte permettant de donner un sens aux conclusions de la RFR et d'obtenir un examen équilibré d'une documentation « vaste et confuse ».

L'objectif principal du présent rapport était de procéder à un examen exhaustif de la documentation portant sur les facteurs de risque de comportement antisocial et délinquant chez les enfants et les adolescents et de cerner les facteurs de risque importants qui sont liés à ces résultats. Les facteurs de risque sont précisés pour trois groupes d'âge (6-11 ans, 12-17 ans et 18-24 ans) ainsi que pour les hommes et les femmes. Le rapport contient également des renseignements détaillés sur la façon dont les facteurs de risque sont définis et mesurés ou appliqués concrètement aux fins d'enquête ou de recherche. Il est essentiel de tenir compte des facteurs de risque pour les différentes catégories d'âge parce que, comme l'ont déclaré Herrenkohl, Maguin, Hill, Hawkins, Abbott et Catalano (2000, p. 178) : « Il est important de comprendre quels facteurs de risque sont les plus importants à diverses phases du développement pour concevoir des interventions préventives adaptées aux groupes d'âge. » Enfin, nous donnons des exemples de questions types permettant de mesurer les facteurs de risque importants. Elles sont tirées d'instruments de mesure décrits dans la documentation et de mesures conçues pour plusieurs projets de recherche à grande échelle, y compris la Pittsburgh Youth Study (PYS), la Denver Youth Survey (DYS) et, au Canada, l'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ).

Le présent rapport avance comme hypothèse que l'adversité qu'ont vécue les enfants et les adolescents les rend plus vulnérables aux problèmes d'adaptation, y compris le comportement antisocial et délinquant. Soulignons que le concept de risque s'inscrit dans une vision probabiliste plutôt que déterministe, selon les données disponibles (Derzon, 2007; Kazdin, Kraemer, Kessler, Kupfer et Offord, 1997; Lösel, 2002). Ces données sont davantage tirées d'études corrélationnelles que d'études expérimentales, ce qui entraîne certaines restrictions et conditions pour l'interprétation des conclusions de recherche et du rôle d'un facteur de risque précis dans le cas d'un résultat donné.

En dernier lieu, soulignons que, même si les données canadiennes sont certainement bien représentées dans la documentation, un grand nombre des conclusions sur les facteurs de risque de comportement antisocial et délinquant chez les enfants et les adolescents s'appuient sur des échantillons provenant des États-Unis et du Royaume-Uni. En conséquence, une partie de ces recherches pourrait ne pas décrire parfaitement le milieu canadien ou même ne pas être pertinente pour les jeunes Canadiens. Par exemple, certaines études révèlent qu'une première comparution devant un tribunal avant l'âge de 12 ans est un facteur de risque décisif pouvant entraîner de la délinquance (Cottle, Lee et Heilbrun, 2001; Public Health Service des États-Unis, 2001). On voit ici la diversité de l'âge minimal pour la responsabilité pénale dans le monde, qui est par exemple de 7 ans dans nombre des États américains (New York, par exemple), de 10 ans au Royaume-Uni et de 12 ans au Canada. L'examen révèle également que bon nombre des études publiées étaient issues d'un nombre restreint de groupes de recherche très productifs, dont celui du Seattle Social Development Project (SSDP), de l'étude de Cambridge sur le développement de la délinquance (CSDD), au Royaume-Uni, et du PYS. Par conséquent, les conclusions de ces études y compris l'attention apportée à certains facteurs de risque, dominent la documentation. En outre, quand on dit qu'une grande part de la recherche sur les corrélats et les causes du comportement antisocial et délinquant a été conduite sur des hommes, le terme est faible. Pour cette raison, et c'est regrettable, les recherches de grande qualité sur les facteurs de risque qui conduisent à des problèmes de comportement chez les femmes sont extrêmement rares. Cette situation empêche de détecter les facteurs de risque de délinquance chez les femmes avec le même degré de certitude et de spécificité que pour les hommes.

1.0 Documentation sur les facteurs de risque

Pour prévoir et prévenir la criminalité, il faut en comprendre les causes. Les efforts considérables déployés au cours des 60 dernières années dans le milieu de la théorie et celui de la recherche ont grandement contribué à élucider ces causes. Toutefois, comme pour la compréhension de tout comportement humain, tenir compte des causes de la criminalité est une tâche extrêmement complexe. La complexité réside en partie dans les nombreux facteurs qui peuvent influer sur l'apparition, le maintien et la disparition d'un comportement chez les personnes. On appelle cette caractéristique de développement le phénomène d'équifinalité (Cicchetti et Rogosch, 1996).

Deuxièmement, une explication exhaustive des causes de la criminalité doit tenir compte de l'interaction dynamique d'une multitude de facteurs dans divers domaines qui fonctionnent à de multiples niveaux, y compris : (1) le niveau personnel (p. ex. les variables biologiques, cognitives et émotionnelles); (2) le niveau de l'entourage immédiat (p. ex. les variables de la famille, des pairs, de l'école et du quartier); et (3) le niveau culturel et sociétal (p. ex. la pauvreté, le racisme, la représentation de la criminalité dans les médias de masse et la tolérance de la société face à la consommation d'alcool et de drogues) (Repucci, Fried et Schmidt, 2002). Cela ajoute un degré de complexité supplémentaire au problème.

Troisièmement, comme Richters (1997) l'a souligné dans sa critique sur l'état de la recherche dans le domaine de la psychopathologie du développement, les méthodes et stratégies de recherche trop mécanistes et réductionnistes utilisées pour vérifier les prédictions dérivées des théories développementales actuelles, « riches sur le plan heuristique » (McMillan, Hastings, Salter et Skuse, 2008, p. 883) n'ont pas la subtilité nécessaire pour saisir pleinement la complexité du fonctionnement humain dans son évolution, et, par conséquent, demeurent insuffisantes. Enfin, lorsque l'on cherche à répondre aux questions sur la causalité, la recherche de la relation de cause à effet comporte aussi ses propres difficultés. Puisqu'il n'est pas possible de recourir à des manipulations expérimentales, qui, de toute façon, ne permettent pas toujours d'examiner les causes de la criminalité en raison de contraintes pratiques et éthiques, les personnes qui étudient le comportement criminel doivent tirer leurs conclusions en s'appuyant surtout sur des observations corrélationnelles, ce qui laisse place à de multiples interprétations (Case et Haines, 2009; Derzon, 2007). Une exception serait le recours à des essais contrôlés randomisés (ECR) permettant d'évaluer les répercussions d'un programme de prévention ou d'intervention précoce empirique, fondé sur des théories et visant à réduire la criminalité. Toutefois, ce type d'études est rare dans la littérature (McMillan et coll., 2008).

1.1 Paradigme de la recherche sur les facteurs de risque (RFR)

Par où commencer et de quelle façon procéder pour arriver à comprendre la documentation portant sur les facteurs de risque pour le comportement antisocial et délinquant? Pour ceux et celles qui sont aux prises avec des questions relatives aux causes du crime (c'est-à-dire les chercheurs, les théoriciens, les praticiens, les décideurs), le travail a été grandement facilité par l'émergence du paradigme de recherche sur les facteurs de risque (RFR). La RFR se consacre à l'étude de variables antérieures qui sont associées à des résultats liés à une mauvaise adaptation, comme la criminalité, et à la description des mécanismes de causalité présumés qui « transforment » les facteurs de risque en résultats particuliers (Kazdin et coll., 1997).

Sans se réclamer d'une théorie en particulier, la RFR se fonde sur divers modèles théoriques larges, y compris le développement et le parcours de vie (Farrington, 2003a, 2005), les systèmes écologiques (Bronfenbrenner, 1979) et le modèle biopsychosocial (Mash et Wolfe, 2010). La valeur heuristique de l'approche de RFR repose sur le fait qu'elle fournit un cadre organisationnel dans lequel il est possible de conceptualiser, modéliser, étudier et expliquer l'interaction complexe des facteurs de risque selon une perspective développementale. Cette approche peut permettre de mieux comprendre les relations entre les facteurs de risque et les résultats ainsi que la possible influence de programmes d'intervention précoce et de prévention pour modifier la trajectoire ou le cheminement.

Quant à l'étude du comportement antisocial et criminel, les études importantes qui ont suivi le paradigme de RFR comprennent l'enquête de Sheldon et Eleanor Glueck dans les années 1930, qui portait sur 500 délinquants et 500 non-délinquants (Glueck et Glueck, 1940, 1950), les études par cohortes de naissance effectuées par Marvin Wolfgang et ses collègues (Tracy, Wolfgang et Figlio, 1990; Wolfgang, Figlio et Sellin, 1972), la CSDD (Farrington et West, 1990; Piquero, Farrington et Blumstein, 2007), et la plus récente PYS (Loeber, Farrington, Stouthamer-Loeber et Van Kammen, 1998), la DYS (Huizinga, Wylie Weiher, Espiritu et Esbensen, 2003), la Rochester Youth Development Study (Thornberry, Lizotte, Krohn, Smith et Porter, 2003) (financées collectivement sous le nom de Causes and Correlates Studies en 1986 par l’Office of Juvenile Justice and Delinquency Prevention aux États-Unis), le SSDP (Hawkins, Smith, Hill, Kosterman, Catalano et Abbott, 2003) et l'Étude longitudinale et expérimentale de Montréal (Nagin et Tremblay, 1999; Tremblay, 2001). Les deux conclusions principales tirées de ces études longitudinales et expérimentales sont les suivantes : (1) un comportement qui se manifeste à un jeune âge laisse présager une longue carrière criminelle, caractérisée par un éventail de comportements antisociaux, y compris des délits plus graves et plus violents; et (2) une faible proportion des délinquants (entre 5 et 10 %) est en cause pour un nombre démesuré d'accusations au criminel, d'arrestations et de condamnations (environ 60 à 70 %).

Le paradigme de la RFR n'est pas sans controverse, et les intervenants ne sont pas enchantés par les conclusions des recherches dans ce domaine. Ses détracteurs soutiennent que l'argument selon lequel les problèmes de criminalité pourraient être résolus grâce à une prévention et à une intervention précoces, en ciblant des facteurs de risque présumés, a été largement exagéré (Case et Haines, 2009). De plus, la RFR risque de trop simplifier des relations complexes puisqu'elle doit s'appuyer sur des définitions floues et des mesures imprécises des variables de risque et de résultats et des méthodes de recherche imparfaites (McMillan et coll., 2008).

2.0 Facteurs de risque

Une deuxième hypothèse qui sous-tend le présent rapport peut être résumée par une citation de Repucci et ses collègues (2002, p. 12) :

« La compréhension des facteurs de risque et des trajectoires développementales qui conduisent à la violence aide à choisir les stratégies les plus efficaces et le moment le plus approprié pour déployer des efforts de prévention et d'intervention. La planification de l'intervention devrait s'appuyer sur la théorie et être éclairée par l'étude des facteurs de risque en matière de violence pour garantir qu'un ou même, préférablement, de multiples facteurs de risque sont ciblés. »

Ajoutons à cela que l'aspect d'une prévention et d'une intervention efficaces n'est pas de cibler le plus grand nombre possible de facteurs, mais de cibler les bons facteurs et les bonnes personnes, ainsi que de connaître le comment et le pourquoi.

Quels sont les types de facteurs de risque? Les facteurs de risque sont-ils des facteurs causaux? De quelle façon les facteurs de risque influencent-ils l'apparition, le maintien et la disparition du comportement antisocial et délinquant? Autrement dit, par quels mécanismes les facteurs de risque exercent-ils leur influence? Comment cerne-t-on les facteurs de risque? Quels modèles et théories existants permettent de mieux comprendre les répercussions des facteurs de risque? Ces questions jouent un rôle essentiel pour le travail à accomplir. Un grand nombre de ces questions ont été décrites et examinées dans la documentation, et des solutions ont été proposées (p. ex. McMillan et coll., 2008; Richters, 1997).

2.1 Qu'est-ce qu'un facteur de risque et comment les définir?

Une variable est reconnue comme un facteur de risque si elle est présente avant que le résultat ne soit observé et si elle est associée de façon significative avec le résultat (voir le Tableau 1). Kazdin et ses collègues (1997) ont décrit, de façon générale, un facteur de risque comme une condition antérieure qui augmente la probabilité qu'il y ait une mauvaise adaptation. Voici certains des éléments clés d'un facteur de risque : (1) le facteur de risque précède le résultat dans le temps; (2) la présence d'un facteur de risque expose une personne à un risque plus élevé de mauvaise adaptation par rapport à une personne choisie au hasard dans la population générale et (3) la relation entre un facteur de risque et un résultat est considérée comme probabiliste, et non déterministe. Il est important de souligner qu'un facteur de risque n'est pas nécessairement la cause du résultat.

Dans la documentation, on ne donne pas toujours la même signification au terme facteur de risque (Murray, Farrington et Eisner, 2009), et d'aucuns ont demandé qu'une définition normalisée soit adoptée afin d'éviter les erreurs de communication et la confusion. On a également demandé que soient utilisés des termes différents qui refléteraient de façon plus précise la nature de la relation entre les variables indépendantes et dépendantes (Kazdin et coll. 1997; Kraemer, Kazdin, Offord, Kessler, Jensen et Kupfer, 1997; Kraemer, Stice, Kazdin, Offord et Kupfer, 2001). Dans le cas présent, la variable indépendante est le facteur de risque ou les antécédents (mauvais traitements pendant l'enfance, par exemple) et la variable dépendante est le résultat ou la conséquence (p. ex. comportement antisocial). Autrement dit, la variable indépendante fait réagir, influence ou fait ressortir la variable dépendante.

De nombreuses définitions du terme facteur de risque sont utilisées, notamment dans la documentation sur la santé publique et celle sur la psychopathologie du développement. Certaines de ces définitions sont plus complètes que d'autres. Voici quelques définitions générales :

Facteurs qui augmentent la vulnérabilité d'un enfant ou la probabilité qu'il vive des difficultés pendant les situations de stress, même de stress léger (Grizenko et Fisher, 1992, p. 711);

Caractéristique, expérience ou événement qui, par sa présence, est associé à une augmentation de la probabilité (du risque) d'un résultat donné par rapport au niveau de base du résultat dans la population générale (qui n'est pas exposée) (Kazdin et coll., 1997, p. 377);

Caractéristiques, variables ou risques qui, s'ils sont présents chez une personne donnée, augmentent la probabilité qu'elle soit atteinte d'un trouble par rapport à une personne choisie dans la population générale (Mrazek et Haggerty, 1994, p. 127);

Facteurs qui, s'ils sont présents, augmentent la probabilité pour un enfant d'être atteint d'un trouble psychologique ou comportemental comparativement à un enfant choisi au hasard dans la population générale (Garmezy, 1983, cité dans Rae-Grant, Thomas, Offord et Boyle, 1989, p. 262).

Farrington (2007, p. 605) donne une définition utile du comportement criminel :

Les facteurs de risque sont des facteurs préalables qui augmentent le risque de comportement délinquant et sa fréquence, sa persistance ou sa durée.

Soulignons que ces définitions ne précisent pas toutes l'antériorité du facteur de risque par rapport au résultat. C'est pourtant un aspect auquel Kraemer et ses collègues (1997) accordent une place centrale dans leur définition. Par ailleurs, aucune définition ne fait référence à la causalité, qui n'est pas un aspect essentiel de la définition.

Kraemer et ses collègues (1997; voir aussi Kazdin et coll., 1997) font une distinction importante entre un facteur de risque et un corrélat. Un corrélat est une variable qui présente un lien significatif avec le résultat, mais pour laquelle l'antériorité n'a pas été établie. Même si les conclusions corrélationnelles soulèvent des questions relatives à la directionalité et à la causalité, définir les corrélats est une première étape essentielle dans la recherche sur les facteurs de risque, et bien des recherches dans ce domaine ont surtout porté sur la définition des corrélats (Derzon, 2007). Comme l'a formulé Derzon (2010, p. 265) : « La preuve essentielle pour établir la possibilité d'une relation causale réside dans la corrélation produit-moment de Pearson. La corrélation fournit un indice plus précis de la relation linéaire entre deux variables. »

Les études qui sont conçues sur le modèle transversal – dans lesquelles les données sont rassemblées en un seul point dans le temps et pour lesquelles l'antériorité des variables est ambiguë – produisent des résultats de nature corrélationnelle. Dans le cas présent, nous ne savons pas si le facteur de risque est survenu avant le résultat, après le résultat (comme conséquence du résultat), ou en même temps que le résultat, peut-être de façon fortuite. Comme l'ont noté Kraemer, Lowe et Kupfer (2005, p. 16) : « La grande différence entre un corrélat et un facteur de risque, c'est-à-dire l'antériorité du facteur, est liée à ce qui est peut-être l'erreur la plus commune en recherche : appeler un facteur, qui se révèle être seulement un corrélat, un facteur de risque. » Des données longitudinales prospectives (voir la section 2.5.1) sont nécessaires pour établir sans équivoque l'antériorité. Toutefois, certaines études transversales pourraient établir l'antériorité par la formulation des éléments du questionnaire que les participants remplissent pour rendre compte d'événements qui se sont produits avant le déclenchement du résultat étudié.

Kraemer et ses collègues (1997), de même que Kazdin et ses collègues (1997) font de surcroît une distinction entre un facteur de risque et un facteur de risque causal. Un facteur de risque causal est un facteur de risque qui, selon des données empiriques, produit un résultat. Autrement dit, la modification du facteur de risque peut changer la probabilité qu'un résultat survienne, de même que la nature ou la gravité de ce résultat. Établir qu'une variable est un facteur de risque causal est la dernière étape à franchir pour définir un facteur de risque, et cela fournit d'importants indices sur les cibles d'intervention et de prévention. Comme l'ont fait remarquer Kraemer et ses collègues (2005, p. 16) : « Les facteurs de risque causaux valent de l'or en matière d'évaluation du risque – ils peuvent servir à la fois à déterminer chez qui il y a des risques élevés que le résultat se manifeste et à fournir les bases en matière d'intervention afin de prévenir le résultat. » La tâche suivante consiste alors à repérer les processus ou mécanismes causaux qui expliquent la relation causale entre le facteur de risque et le résultat.

Pour terminer, les définitions floues posent également un problème en ce qui a trait aux variables explicatives précises. Les chercheurs et théoriciens n'utilisent pas tous les termes de la même façon ou leur attribuent un sens bien particulier sans que leur signification ne soit définie de façon concrète et claire. Par exemple, l'expression « pratiques parentales inefficaces » pourrait soit faire référence à une supervision déficiente ou à des approches dures et punitives (ou les deux) pour ce qui est de la discipline. Ces deux définitions pourraient rendre compte d'une variance partagée, bien qu'unique, du comportement antisocial. L'expression « transitions au sein de la famille/éclatement de la famille » pourrait soit faire référence à la séparation et au divorce (éclatement de la famille) ou encore à des déplacements fréquents ou à de nombreux changements dans le quotidien d'un enfant (ou à des changements d'école), comme dans le cas de déplacements fréquents d'un parent à l'autre. Idéalement, tous les chercheurs devraient utiliser des termes communs pour faire référence à des facteurs de risque en particulier. Toutefois, aucune norme n'existe pour l'instant, ce qui rend cette façon de procéder difficilement applicable. Actuellement, nous devons composer avec la documentation qui existe. Soulignons que certains chercheurs fournissent de bonnes définitions conceptuelles et concrètes de leurs variables. Finalement, Case et Haines (2009) se montrent plutôt critiques à l'égard de la documentation relative à la RFR, indiquant que toute définition ou mesure d'un facteur de risque sera en soi une simplification excessive et réductionniste d'une expérience, d'une attitude, d'un comportement ou d'un processus potentiellement complexe et dynamique. Ils soutiennent que, même si l'erreur de mesure est une restriction dans toutes les sphères de la psychologie, les problèmes sont amplifiés lorsqu'il s'agit de la RFR, en raison de la tendance à opposer variables explicatives et variables des résultats.

2.2 Types de facteurs de risque

Il existe différents types de facteurs de risque, dont ceux qui sont mentionnés plus haut (voir le tableau 1). Certains facteurs de risque sont internes – c'est-à-dire, propres à la personne; d'autres sont externes. De ce point de vue, les facteurs de risque seraient divisés en cinq sphères de la vie : (1) aspect personnel; (2) famille; (3) pairs; (4) école; et (5) collectivité ou quartier (Loeber et Farrington 2000). Certains facteurs de risque se manifestent à peu de temps de l'événement ou de l'apparition du comportement alors que d'autres restent éloignés dans le temps par rapport à l'événement. Les premiers sont appelés facteurs de risque proximaux, et les derniers, facteurs de risque distaux. Sampson (2001; voir également Lösel et Bender, 2003) considère que la relation entre les variables distales et proximales comporte un effet médiateur, c'est-à-dire que la répercussion d'une variable distale sur un résultat n'est pas réellement « “suscitée” par un passé lointain » (p. vi), mais plutôt modifiée par des influences proximales. À cet égard, les facteurs de risque distaux et proximaux font partie de chaînes développementales et causales complexes qui influencent les résultats (voir la section 2.3). Enfin, les facteurs de risque peuvent être soit statiques, c'est-à-dire immuables, soit dynamiques, c'est-à-dire malléables ou sensibles au changement. Comme les programmes d'intervention ou de prévention visent les facteurs de risque dynamiques, il s'agit d'une distinction importante à apporter. Notamment, la discipline parentale dure et punitive est l'un des facteurs de risque dynamiques les plus solides du comportement antisocial (Latimer, Kleinknecht, Hung et Gabor, 2003), qui a également été appelé facteur de risque causal (Kazdin et coll., 1997).

Kraemer et ses collègues (1997 et 2001; voir également Kazdin et coll., 1997) ont conçu une typologie utile des facteurs de risque et de leurs variantes. L'objectif est de décrire les divers types de relations que les différents types de facteurs de risque peuvent avoir avec les variables de résultat. Kraemer et ses collègues établissent une distinction entre les corrélats, les facteurs de risque et les facteurs de risque causaux (comme mentionnés plus haut), ainsi qu'entre les facteurs de risque variables, les marqueurs (fixes ou variables), les facteurs représentatifs et les substituts. Cette typologie est utile d'une part parce qu'elle fournit plus de clarté en utilisant des termes et des concepts et d'autre part parce qu'elle réduit la confusion en décrivant et en interprétant les conclusions des études. Toutefois, la typologie est rarement utilisée dans la RFR.

Un facteur de risque variable est un facteur qui peut changer de lui-même (spontanément) ou quand il est visé par une intervention, comme un programme de formation sur le rôle de parent. Un marqueur fixe est un facteur de risque qui ne peut changer, comme le sexe, la race, l'origine ethnique et les influences génétiques. Parfois, un marqueur fixe sera appelé facteur de risque statique (p. ex. Latimer et coll., 2003), même si cela peut entraîner de la confusion si le facteur n'a pas de relation causale avec le résultat. Également, Latimer et ses collègues considèrent les mauvais traitements subis par un enfant comme un facteur statique, comme si cela ne pouvait être changé. Cependant, cela suppose que le programme d'intervention de prévention arrive plus tard dans la vie de la personne, quand elle a déjà subi les mauvais traitements. Si le programme est offert suffisamment tôt dans la vie de l'enfant (p. ex. avant qu'il ne subisse de mauvais traitements), le risque de mauvais traitements peut diminuer de façon importante.

De façon plus générale, Kazdin et ses collègues (1997) ont utilisé le terme marqueur pour décrire une variable qui est liée au résultat, mais n'est pas considérée comme un facteur causal. Par exemple, la calvitie est un marqueur de maladies coronariennes chez les hommes, mais modifier la calvitie ne change pas le risque de maladies coronariennes. Toutefois, comme Kazdin et ses collègues l'ont noté, comprendre ce qui fait de la calvitie un marqueur peut dévoiler d'importants mécanismes qui pourraient faire ressortir une relation causale. Ce mécanisme pourrait alors devenir le point central d'un programme de traitement.

Dans la documentation sur les facteurs de risque, les marqueurs fixes se sont révélés être d'importants indices du comportement antisocial et délinquant. Par exemple, de nombreuses études ont montré que le fait d'être de sexe masculin augmente le risque d'activités antisociales et criminelles (p. ex. Herrenkohl et coll., 2000; Kosterman, Graham, Hawkins, Catalano et Herrenkohl, 2001; Lipsey et Derzon, 1998; Wiesner et Silbereisen, 2003). Le fait d'être un Autochtone s'est également révélé prédicteur d'un taux élevé de délinquance dans des études menées au Canada (Yessine et Bonta, 2009) et en Australie (Livingston, Stewart, Allard et Ogilvie, 2008; Marshall, 2006). Kosterman et ses collègues (2001) ont constaté que le fait d'être afro-américain est un prédicteur de la violence. En dernier lieu, un autre marqueur biologique fixe, un rythme cardiaque lent au repos, s'est révélé un prédicteur de la délinquance (Raine, 1993; 2002). On croit qu'un rythme cardiaque lent au repos prédispose une personne à l'agressivité et à la violence.

Kraemer et ses collègues (2001) ont défini le facteur de risque représentatif comme une variable qui semble associée à un facteur de risque important pour un résultat donné, mais qui, en soi, n'a pas nécessairement de lien avec lui. La variable représentative peut sembler être un facteur de risque pour un résultat, mais ne l'est que par son lien avec le facteur de risque supposé. Par exemple, la violence physique d'un parent peut être un facteur de risque représentatif du trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention (comme résultat), mais seulement parce qu'il s'agit d'un élément du comportement parental inadéquat, qui est un facteur de risque plus large et global. Parallèlement, Kraemer et ses collègues (2001) poursuivent en notant que les facteurs de risque représentatifs sont des facteurs de risque qui « peuvent en définitive s'avérer être secondaires dans les processus causaux, mais […] qui sont souvent des indicateurs utiles pour orienter la recherche vers les facteurs causaux (par substitution, agrégation ou désagrégation) » (p. 851). Pour l'instant, la variable représentative pourrait devoir être mise de côté « une fois que le facteur de risque qu'elle remplace est déterminé » (p. 851), par exemple lorsqu'on cherche à établir l'effet médiateur que pourrait avoir le facteur de risque sur un résultat.

Enfin, il est important de souligner que lorsqu'on met à l'essai des modèles causaux, les facteurs de risque peuvent également devenir des variables des résultats s'ils sont évalués à divers points de la réalisation. Par exemple, un comportement antisocial précoce est un résultat de facteurs de risque antérieurs (peut-être de mauvais traitements infligés à l'enfant, des pratiques parentales inefficaces, des lésions d'ordre neurologique, une mauvaise régulation émotionnelle ou une forte réactivité émotionnelle), mais il peut également devenir un facteur de risque important de délinquance pendant l'adolescence. Un comportement sexuel précoce peut également devenir soit un résultat ou un facteur de risque, selon le moment de son apparition dans l'enchaînement causal.

2.3 Associer les facteurs de risque aux résultats grâce aux cheminements développementaux

On croit que les facteurs de risque exercent une influence soit directement, c'est-à-dire en ayant un effet sur le résultat à proprement parler, soit indirectement, en ayant des conséquences sur les facteurs de risque ultérieurs qui mènent aux résultats par un enchaînement causal. À cet égard, les facteurs de risque sont considérés comme « un concept de processus » (Kazdin et coll., 1997, en italiques dans l'original). Selon une troisième hypothèse clé posée dans ce rapport :

Les facteurs de risque précoces peuvent être associés à un résultat qui se produit beaucoup plus tard au moyen d'un enchaînement développemental qui découle d'une mauvaise adaptation à un stade précoce (McMillan et coll., 2008, p. 883).

La notion d'enchaînements développementaux, également appelée voies, cheminements ou enchaînements causaux, fait partie intégrante de l'étude sur les facteurs de risque et est étroitement liée au rôle joué par la théorie. Selon Kazdin et ses collègues (1997, p. 398, en italiques dans l'original) : « Le terme cheminement fait référence à une séquence de caractéristiques, d'événements, d'expériences et de comportements qui définissent les étapes ou stades successifs qui mènent au résultat. La recherche vise à déterminer la façon dont une personne passe d'une étape à la suivante pour arriver à un certain résultat, comme la délinquance pendant l'adolescence. »

La théorie fournit un plan de ces cheminements. Elle donne également un aperçu des variables pertinentes qui constituent le cheminement et le sens supposé des effets sur les variables et met, d'une certaine façon, la séquence attendue d'événements en ordre depuis les facteurs de risque jusqu'aux résultats. Enfin, la théorie fournit une explication des mécanismes causaux qui sous-tendent les facteurs de risque. Autrement dit, la théorie explique la relation entre les facteurs de risque et les résultats. Le modèle développemental du comportement antisocial proposé par Patterson, DeBaryshe et Ramsay (1989) illustre bien ce fait. Farrington (2007) a insisté sur la nécessité de concevoir les mécanismes causaux qui lient les facteurs de risque à la délinquance. La compréhension des cheminements de développement et des mécanismes causaux qui sous-tendent le comportement antisocial et délinquant pourrait faciliter l'élaboration de programmes d'interventions et de prévention précoces et efficaces, ainsi que de politiques en matière de justice pénale et de programmes d'incarcération, de traitement et de réadaptation, eux aussi plus efficaces.

Enfin, conformément au principe d'équifinalité, les théoriciens et les chercheurs devraient se souvenir de la nécessité de prendre en considération les multiples voies qui mènent au comportement antisocial et délinquant, décrit par Loeber et Hay (1997). En outre, les mécanismes causaux devraient refléter la notion selon laquelle différents ensembles de facteurs de risque seront associés à divers sous-types de délinquants (Kazdin et coll., 1997), par exemple, ceux qui durent toute la vie ou ceux qui sont limités à l'adolescence (Moffitt, 1993), et que différents facteurs de risque seront associés à l'apparition, à la manifestation, au maintien (soit la persistance) et à la disparition du comportement délinquant (Kazdin et coll., 1997).

2.4 Comment fonctionnent les facteurs de risque?

Décrire le processus par lequel les facteurs de risque mènent à certains résultats (c.-à-d. tenter d'ouvrir la « boîte noire du développement » pour comprendre ce qui se passe à l'intérieur de l'enfant) n'a rien de simple. Les théoriciens et les chercheurs ont tendance à s'appuyer sur des métaphores pour expliquer ces mécanismes causaux difficiles à décrire, complexes et compliqués et à raconter l'histoire centrale du développement du sujet (Shonkoff et Bales, 2011). Toutefois, les métaphores sont, par nature, des approximations de l'enchaînement des événements, et, en soi, la description des processus abstraits reste imprécise. Des exemples de métaphores destinées à décrire les concepts liés au développement sont les enchaînements causaux, les cheminements, les trajectoires, l'échafaudage, la plasticité cérébrale et l'architecture cérébrale.

Actuellement, la métaphore favorite pour décrire les relations entre les événements passés et les résultats à venir en psychologie et en psychopathologie du développement est le modèle en cascade (Masten et Cicchetti, 2010). Effectivement, en 2010, deux numéros (août et novembre) de la revue Development and Psychopathology étaient consacrés aux études sur les modèles en cascade pour un éventail de sujets, y compris l'aptitude sociale, la consommation de drogues et d'alcool et les problèmes d'intériorisation et d'extériorisation, et couvraient une importante plage d'âges, du préscolaire à l'adolescence. Les modèles en cascade sont décrits par Dodge, Malone, Lansford, Miller, Pettit et Bates (2009) comme étant échelonnés, dynamiques, transactionnels et progressifs. Les modèles en cascade mettent en évidence deux points importants. Premièrement, les analyses de la personne même sont essentielles pour comprendre les effets des facteurs de risque, tout comme le sont les analyses des variables. Deuxièmement, les effets des facteurs de risque sont souvent cumulatifs; c'est-à-dire que les effets s'accumulent avec le temps et ont des répercussions de plus en plus importantes sur la personne, dans divers domaines. Cela a été bien illustré dans l'étude de Dodge et ses collègues (2009), qui montrait que l'exposition à un facteur de risque dans un domaine (p. ex. un manque de compétences parentales) augmentait la probabilité de consommation de drogues et d'alcool à un stade ultérieur du développement en présence d'un facteur de risque d'un deuxième domaine (p. ex. des problèmes de comportement précoces), ce qui augmente également la probabilité de consommation de drogues et d'alcool à un stade ultérieur du développement en présence d'un facteur de risque d'un troisième domaine (p. ex. de mauvaises relations avec les pairs), etc.

Comme il est décrit dans la documentation sur les facteurs de risque, certains des mécanismes par lesquels les facteurs de risque exercent leur influence sont : (1) les effets de médiation (c.-à-d. que l'influence d'un facteur de risque sur un résultat est entièrement ou partiellement due à une troisième variable) (2) les effets de modération (c.-à-d. que ce ne sont pas tous les enfants exposés à un facteur de risque qui présentent le résultat ou que le même facteur de risque peut mener à divers résultats, tout comme les effets relatifs au sexe), et (3) les effets de dose. En ce qui concerne les effets de modération, même si la plupart des conclusions dont on rend compte dans la section 3.0 sont le résultat des effets principaux, certains des effets les plus intéressants sont dus aux interactions complexes et dynamiques entre les facteurs de risque. Toutefois, ces types de relations sont difficiles à étudier et à prévoir – ou sont simplement laissées de côté par les chercheurs – et, par conséquent, il en est rarement question dans la documentation.

Quant aux effets de dose, il y a suffisamment de preuves pour indiquer que, plus nombreux sont les facteurs de risque auxquels une personne est exposée, plus grande est la probabilité qu'elle affiche une mauvaise adaptation (Hawkins, Herrenkohl, Farrington, Brewer, Catalano, Harachi et Cothern, 2000; Herrenkohl et coll., 2000; Kazdin et coll., 1997). Toutefois, même si cela est vrai (c.-à-d. qu'accumuler les facteurs de risque peut certainement accabler une personne et miner sa capacité de s'en sortir), il y a une certaine imprécision à cet égard, puisque le ou les facteurs de risque critiques à cibler pour l'intervention ne sont pas précisés. On pourrait donc croire que des programmes à plusieurs volets seront plus efficaces que ceux à un seul volet. Il semblerait également que des facteurs de risque ont tendance à exister de façon concomitante ou à être multiples chez une même personne (Cauffman, 2008; Farrington, 2007). Par exemple, l'exposition à la violence familiale est souvent associée à la négligence physique et à l'exposition à des châtiments corporels durs et punitifs. Cette tendance crée une difficulté que les chercheurs connaissent bien : ils doivent démêler les effets propres à un facteur de risque des effets liés à un autre (voir, plus haut, le passage qui traite des facteurs de risque représentatifs). Cela est souvent considéré comme une question qui exige des recherches plus approfondies dans nombre d'études de RFR.

2.4.1 Les facteurs de risque vécus tôt dans la vie sont-ils les plus nuisibles à long terme?

Il semblerait que la réponse soit « oui ». Certaines recherches donnent à penser que les facteurs de risque vécus tôt dans la vie, par exemple pendant les périodes prénatales et périnatales du développement, entraînent les effets les plus nuisibles pour toute la durée de la vie (Lussier, Healey, Tzoumakis, Deslauriers-Varin et Corrado, 2010). Ces facteurs de risque comprennent non seulement la consommation de drogues et d'alcool chez la mère et les complications à la naissance, mais aussi la violence et la négligence vécues pendant les cinq premières années de vie (Osofsky et Lieberman, 2011). Tackett (2010) a noté que les problèmes vécus tôt dans la vie peuvent avoir pour conséquence des risques de nature générale plutôt que spécifique pour la personne, conformément au phénomène de multifinalité (Cicchetti et Rogosch, 1996). Cette hypothèse viendrait appuyer la conclusion de Leschied, Chiodo, Nowicki et Rodger (2008), selon laquelle, en général, les facteurs de risque chez les adolescents (p. ex. le rendement scolaire, les relations avec les pairs) ont tendance à être des indices plus forts de délinquance chez les adolescents et les adultes que les facteurs de risque présents pendant l'enfance (p. ex. l'agressivité mesurée à l'âge de cinq ans). Cela signifie que la prévention devrait commencer le plus tôt possible et que des programmes efficaces pourraient entraîner des résultats positifs dans de multiples domaines de la vie d'une personne (Farrington, 2007). Sur le plan des politiques, cela laisserait supposer que les avantages attendus des programmes d'intervention précoce favorisant une croissance et un développement optimaux dépasseraient le cadre de la réduction du crime, par exemple, sur le plan de l'acquisition des aptitudes sociales, de la maîtrise des émotions et du comportement et de la préparation à l'école. Les programmes conçus précisément pour contrer la criminalité pourraient viser des variables plus proximales, comme les transitions scolaires, la consommation de drogues et d'alcool à un âge précoce et les liens précoces avec des pairs délinquants.

2.5 Comment les facteurs de risque sont-ils inventoriés?

La qualité de la mesure (fiabilité, validité et sensibilité) des facteurs de risque et des résultats joue un rôle clé pour cerner les facteurs de risque et mesurer leur puissance (Kraemer et coll., 1997, p. 9 de 12).

2.5.1 Modèles de recherche

La CSDD est un exemple d'une étude longitudinale prospective portant sur un échantillon composé de 411 jeunes hommes du Royaume-Uni. L'étude, qui a été entreprise en 1961, a permis de suivre les participants de l'âge de huit ans jusqu'à nos jours. Pendant cette période, elle a recueilli des renseignements complets et détaillés sur leur comportement individuel et leur fonctionnement, leur vie familiale, leurs relations avec les pairs, leur réussite scolaire et les caractéristiques du quartier où ils vivent. Des informations ont également été recueillies sur leur participation à des activités criminelles, les expériences de travail et les résultats liés à la santé. Ces données relatives aux résultats ont été obtenues par le truchement d'auto-évaluations et de dossiers officiels. L'objectif de la CSDD est de cerner les facteurs qui apparaissent au début de la vie des personnes associées à des activités criminelles (ou à d'autres résultats) plus tard dans leur vie. Ces associations permettent de définir les facteurs de risque de comportement antisocial et délinquant, ainsi que la délinquance criminelle récidiviste et chronique. Parmi les conclusions clés de la CSDD, on compte le signalement, entre 8 et 10 ans, des prédicteurs suivants de délinquance ultérieure : comportement antisocial pendant l'enfance, hyperactivité, impulsivité et déficit de l'attention, faible niveau d'intelligence et piètre rendement scolaire, criminalité dans la famille, pauvreté de la famille et manque de compétences parentales (Farrington, 2003b).

Dans une étude longitudinale rétrospective, on réunit les facteurs de risque précoces et l'activité criminelle en étudiant la vie d'un échantillon de personnes afin de repérer de façon rétrospective les facteurs de risque précoces menant à la criminalité. L'étude de Ward, Day, Bevc, Sun, Rosenthal et Duchesne (2010) est un exemple d'étude longitudinale rétrospective. Même si on privilégie la méthodologie des études longitudinales prospectives (court terme ou long terme), chacune des méthodes a ses avantages et ses inconvénients. Elles fournissent toutes deux des informations très utiles sur les variables de développement qui permettent de prédire les résultats. Le plus grand avantage de l'étude longitudinale prospective réside dans le fait qu'une chronologie peut être établie clairement, ce qui, comme Kazdin et ses collègues (1997, p. 385) l'ont noté, augmente « la force des conclusions tirées de la recherche sur les facteurs de risque ».

La conception transversale est couramment utilisée dans les recherches sur les facteurs de risque. Dans une étude transversale, les données sont recueillies auprès des participants à un moment précis dans le temps. La conception transversale permet de tirer des conclusions corrélationnelles. L'un des inconvénients de cette méthode est que la chronologie exacte peut parfois être difficile à établir. Toutefois, ces types d'étude intégreront souvent une perspective longitudinale aux données par la formulation des éléments des questionnaires de l'étude afin d'établir l'antériorité de certains facteurs de risque sur d'autres. En dernier lieu, afin de remédier à certaines des faiblesses des modèles de recherches longitudinales et transversales, les chercheurs peuvent utiliser une étude longitudinale accélérée (également appelée modèle séquentiel comparatif), dans laquelle plusieurs cohortes d'âges sont suivies pendant la même période. La PYS a utilisé ce modèle. Dans cette étude, trois cohortes d'enfants ont été suivies : (1) un groupe de jeunes enfants âgés de 5 et 6 ans au début de l'étude; (2) un groupe d'âge moyen, c'est-à-dire des enfants âgés de 8 et 9 ans au début de l'étude; et (3) un groupe plus vieux, soit des enfants de 11 et 12 ans au début de l'étude.

Enfin, il est d'usage en RFR d'opposer les facteurs de risque et les variables de résultat pour en faire l'analyse. Cette méthode fournit des statistiques qui sont révélatrices et faciles à comprendre pour de nombreux destinataires, y compris les décideurs et les praticiens qui pourraient ne pas être habitués à interpréter des résultats statistiques (Farrington et Loeber, 2000). Cependant, les détracteurs soutiennent que cette façon de procéder simplifie trop la mesure de variables très complexes et conduit à des interprétations erronées de relations statistiques complexes (Case et Haines, 2009).

2.5.2 Mesures d'association

Le degré d'association entre un facteur de risque et un résultat peut être déterminé à l'aide de diverses statistiques : le coefficient de corrélation pour les variables continues et le risque relatif approché, le risque relatif, kappa, phi et gamma pour les variables nominales (Derzon 2010; Kraemer et coll., 1997), de même que l'indication des intervalles de confiance (IC) de 95 % (ou de 99 %). Plus l'association est étroite, plus la relation observée entre le facteur de risque et le résultat est grande. La répétition de conclusions dans des études qui ont utilisé des méthodes, des mesures et des échantillons différents renforce la certitude quant à la force de l'effet d'un facteur de risque donné pour prédire un résultat. Dans la section 3.0, nous étudions les principaux facteurs de risque qui, selon de multiples études, sont liés aux résultats de comportement antisocial et délinquant.

Le risque relatif approché (RRA) est une variable statistique utilisée couramment dans les ouvrages sur les facteurs de risque. Il s'agit d'une mesure du degré d'association quand la variable des résultats est nominale (p. ex. dichotomique). Dans le contexte de risque de violence, par exemple, Hawkins et ses collègues (2000) ont défini succinctement le RRA comme étant « le risque de violence dans le groupe présentant un facteur de risque précis divisé par le risque de violence dans le groupe sans ce facteur de risque [...]. Par exemple, une cote de 2 indique le double des risques » (p. 2) (il est important de souligner que cela n'est pas interprété comme étant deux fois plus susceptible d'arriver). Un RRA de plus de 1 indique donc une augmentation de la probabilité qu'un résultat en particulier soit observé pour chaque augmentation d'une unité du facteur de risque. Un RRA de moins de 1 (p. ex. RRA = 0,36) indique une diminution de la probabilité d'un résultat en particulier pour chaque augmentation de une unité du facteur de risque. Puisque les RRA sont seulement des estimations s'appuyant, par exemple, sur la taille de l'échantillon, les chercheurs présenteront également l'IC de 95 % avec le RRA afin d'indiquer le degré de fiabilité de l'estimation. En général, plus l'IC est faible, plus l'estimation est fiable.

Les méta-analyses sont une autre façon d'évaluer l'importance des facteurs de risque. Les méta-analyses présentées dans la documentation sont très utiles parce qu'elles permettent de résumer les conclusions d'un grand nombre d'études et d'obtenir la taille de l'effet, une statistique de synthèse normalisée du degré d'association entre un facteur de risque et un résultat. Une taille d'effet importante, qui serait disons, de 0,80 (Cohen, 1988) permet au chercheur de se fier davantage à la relation entre un facteur de risque et un résultat, ainsi que de considérer la possibilité de généraliser la relation (Derzon, 2007). Les méta-analyses aident également à faire ressortir les modérateurs de résultats positifs ou négatifs, ce qui ne pourrait pas nécessairement être possible dans une seule étude. Parmi les méta-analyses du comportement criminel, notons celles qu'ont dirigées Lipsey et Derzon (1998) et Leschied et ses collègues (2008). Enfin, le commentaire de Kraemer et ses collègues (1997) mérite d'être répété ici : la qualité de la mesure des variables prédictives et des variables des résultats influe sur la confiance accordée aux conclusions d'une étude.

Pour terminer, une autre façon de répertorier les facteurs de risque, particulièrement les facteurs de risque causaux, est d'examiner les variables visées par les programmes d'intervention précoce et de prévention du crime qui se sont montrés efficaces. Les programmes de prise en charge des parents, qui ciblent les pratiques de discipline et les comportements parentaux durs et violents et qui visent à améliorer la qualité de la relation parent-enfant réduiraient le risque d'activités antisociales et délinquantes chez les enfants à risque. Dans un examen récent portant sur 55 études, la taille d'effet moyenne pondérée était de 0,35 (95 % IC [0,26; 0,44]), ce qui indique un degré d'efficacité faible à moyen (Piquero, Farrington, Welsh, Tremblay et Jennings, 2009). De tels examens sont irremplaçables à cet égard (p. ex. Greenwood, 2008; Farrington, 2007). Une recherche récente donne à penser que les programmes qui ciblent les habiletés sociales cognitives des enfants peuvent constituer un point de départ prometteur pour détecter les facteurs de risque causaux (Dodge, 2011).

2.6 De quel risque s'agit-il?

Aux fins du présent rapport, les facteurs de risque sont liés aux variables des résultats d'un comportement antisocial ou délinquant. Le comportement antisocial est un terme large qui fait généralement référence à un vaste éventail de problèmes de comportement chez les enfants. Ces comportements peuvent être répartis en deux dimensions (Frick, Lahey, Loeber, Tannenbaum, Van Horn, Christ, Hart et Hanson, 1993) : (1) manifeste ou clandestin (p. ex. se battre ou intimider les autres, d'une part, et la pyromanie, l'absentéisme scolaire ou la consommation de drogues et d'alcool précoce d'autre part) et (2) destructif ou non destructif (p. ex. dommages matériels, d'une part, et mensonge ou infractions aux règlements, d'autre part). Le terme délinquance fait référence à une vaste gamme de comportements adoptés pendant l'adolescence qui peuvent conduire à des accusations criminelles, à l'arrestation ou à l'arbitrage (Kazdin et coll., 1997). Les deux types de comportements supposent une violation des droits d'autrui et peuvent entraîner des violations des codes juridiques. La documentation sur la RFR couvre tous ces résultats, y compris les comportements violents et non violents, la désobéissance grave, d'importantes violations des règlements, etc. Les études portant sur les facteurs de risque qui conduisent à des comportements sexuels violents ont tendance à ne pas être intégrées à la documentation générale sur la délinquance, mais plutôt à être présentées dans les études spécialisées sur les facteurs de risque (p. ex. Lussier, LeClerc, Cale et Proulx, 2007; McMillan et coll., 2008). Comme Kazdin et ses collègues (1997) l'ont souligné, la façon dont un résultat est défini sur le plan conceptuel et concret, et le moment où il est mesuré (p. ex. au début, au milieu ou à la fin de l'enfance, ou au début, au milieu ou à la fin de l'adolescence), peuvent grandement contribuer à déterminer si une variable antérieure donnée constitue un facteur de risque. Par exemple, les facteurs de risque associés à l'apparition du comportement au milieu de l'enfance ne sont pas les mêmes que ceux qui sont associés au maintien du comportement en milieu d'adolescence.

2.7 Qu'en est-il des facteurs de protection et de promotion?

De nombreuses recherches indiquent que la présence de facteurs de risque dans la vie d'une personne augmente la probabilité qu'il y ait une mauvaise adaptation, comme la criminalité. Toutefois, ce ne sont pas tous les enfants exposés à des facteurs de risque qui connaissent des résultats négatifs. Certains arrivent à défier l'adversité et à suivre une trajectoire normale de développement. L'influence des facteurs de risque est compensée par la présence de facteurs de protection.

Étude de cas : Glen et Troy Metropolit sont deux frères dont la vie a suivi un cours très différent. Leur mère les a élevés seule (ils ont des pères biologiques différents) dans la pauvreté, à Regent Park, un quartier de Toronto économiquement défavorisé. Ils ont tous deux été d'une famille d'accueil à une autre pendant leur enfance. Aujourd'hui âgé de 37 ans, Glen est vétéran de la LNH qui joue actuellement avec les Canadiens de Montréal. Son frère, Troy, âgé de 34 ans, est un détenu sous responsabilité fédérale; il purge une peine de 16 ans de prison pour avoir pris part, en 2000, à l'enlèvement et au cambriolage dont ont fait l'objet l'avocat torontois Schuyler M. « Skip » Sigel et sa femme, Lynn. Troy est également en attente d'un procès pour le meurtre, en 2003, d'un codétenu à la prison de Millhaven, à Bath, en Ontario. Même s'ils ont grandi dans le même environnement et ont été exposés à plusieurs des mêmes facteurs de risque, ils ont vécu des vies très différentes. Enfant, Glen était absorbé par le hockey : c'était sa passion, sa distraction, son exutoire. Il a dit qu'il avait toujours cru en ses capacités. Troy « n'était pas aussi athlétique ou engagé, ou aussi chanceux » (Dupont, 2008, p. 1). Le père biologique de Troy a lui-même purgé quelques peines d'emprisonnement, surtout pour des introductions par effraction.

Les facteurs de protection sont définis comme « des influences qui modifient, améliorent ou changent les réactions d'une personne aux risques environnementaux qui prédisposent à une mauvaise adaptation » (Rutter, 1985, p. 600; voir également Rae-Grant et coll., 1989). Les facteurs de protection servent de zone tampon pour diminuer la probabilité de mauvaise adaptation en présence d'un facteur de risque. Autrement dit, si un facteur de risque représente une lacune dans la vie d'une personne, un facteur de protection représente une force. Il y a une certaine controverse dans la littérature quant à ce qu'est un facteur de protection et si ce type de facteur intervient seulement en présence d'un facteur de risque (Lösel et Bender, 2003). En outre, les facteurs de protection ont été décrits comme une simple absence des facteurs de risque ou l'inverse de ces facteurs, sans toutefois qu'il y ait de preuve à l'appui de cette proposition. Une étude de Stouthamer-Loeber, Loeber, Farrington, Zhang, van Kammen et Maguin (1993) était la première à examiner la relation entre les facteurs de risque et les facteurs de protection comme pôles opposés d'un continuum.

Stouthamer-Loeber et ses collègues (1993) ont constaté qu'un facteur de protection n'était pas simplement l'absence ou le pôle opposé d'un facteur de risque, ou du moins, que ce n'est pas le cas de tous les facteurs de protection. D'un côté, certaines variables se sont révélées exister seulement comme facteurs de risque. Par exemple, parmi celles-là, le jeune âge de la mère au moment de la naissance (soit < 18 ans), la criminalité dans le quartier et les attitudes antisociales. Autrement dit, leur absence ou leur contraire (p. ex. âge moyen de la mère au moment de la naissance, faible taux de criminalité dans le quartier, attitudes qui ne sont pas antisociales) ne constitue pas une protection. D'un autre côté, certaines variables se sont révélées être à la fois des facteurs de protection, quand ils étaient présents sous leur forme positive, et des facteurs de risque, quand ils étaient présents dans leur forme négative; par exemple, la loyauté, la manipulation, la capacité de se sentir coupable, la délinquance chez les pairs et la réussite scolaire. Aucune variable n'a été étiquetée comme étant seulement un facteur de protection. À l'heure actuelle, le terme facteur de protection s'applique aux variables de résilience qui agissent comme des modérateurs en présence de facteurs de risque (soit comme effet d'interaction). Les variables qui sont associées à une faible probabilité de comportement antisocial et délinquant, même en l'absence de facteurs de risque, sont appelées facteurs de promotion (Stouthamer-Loeber, Loeber, Wei, Farrington et Wilkström, 2002).

Selon les conclusions de Stouthamer-Loeber et ses collègues (1993), les programmes d'intervention et de prévention qui ciblent les facteurs de risque et qui ont également un effet de promotion sont plus susceptibles d'être efficaces. Cette observation est en accord avec une approche en santé publique visant à réduire la criminalité, qui ferait à la fois une prévention du crime en réduisant le facteur de risque et la promotion d'une croissance saine et du bien-être en renforçant les facteurs de promotion. Toutefois, il faudra mener des recherches supplémentaires afin de circonscrire de façon générale les facteurs de risque/de promotion et les facteurs de protection, ainsi que le rôle que jouent les facteurs de protection et de promotion dans la réduction des effets des facteurs de risque (Stouthamer-Loeber et coll., 2002).

De plus, même si la recherche n'est pas uniforme, la nature et la quantité des facteurs de risque et de promotion dans la vie d'une personne peuvent changer avec le temps. Cette information pourrait éventuellement contribuer à la conception de programmes de prévention et d'intervention. Dans leur étude, van der Put, van der Laan, Stams, Deković et Hoeve (2011) ont conclu que, parmi leur échantillon de 13 613 enfants délinquants, garçons et filles, aux États-Unis, les adolescents plus jeunes (de 12 et 13 ans) présentaient davantage de facteurs de risque et moins de facteurs de promotion, alors que les adolescents plus âgés (âgés de 16 et 17 ans) avaient autant de facteurs de risque que de facteurs de promotion. Cela semblerait indiquer que certaines interventions devraient cibler des cohortes d'enfants plus jeunes qui ont eu des démêlés avec la justice et qui pourraient être particulièrement sensibles aux effets des facteurs de risque. Ces jeunes pourraient se trouver à un tournant de leur développement et courir le plus de risques de s'éloigner encore davantage d'un cheminement normal et de se perdre dans les méandres du système judiciaire. Des interventions auprès d'adolescents plus âgés peuvent tirer profit de leurs atouts personnels et sociaux et miser sur leurs forces, puisqu'ils ont passé le groupe d'âge le plus touché par la délinquance selon la courbe de la criminalité selon l'âge (Farrington, 1986a) et qu'ils approchent du début de l'âge adulte (Arnett, 2000; 2007). Concurremment, Loeber, Farrington, Stouthamer-Loeber et White (2008), en s'appuyant sur les données des trois cohortes d'âges de la PYS, ont déclaré qu'en général l'exposition aux facteurs de promotion diminuait avec l'âge, alors que l'exposition aux facteurs de risque semblait augmenter avec l'âge. Toutefois, cela pourrait dépendre du moment où ces variables sont évaluées (p. ex. à la fin de l'enfance, au début de l'adolescence, à la fin de l'adolescence) et ce qui est pris en compte exactement, puisque les chercheurs n'ont pas tous le même point de vue quant aux variables qui ont des effets de risque ou de promotion à différents âges.

2.8 Détecter les enfants à risque et les principales difficultés liées à l'évaluation des risques : qui doit-on cibler?

Un des défis des programmes d'intervention précoce ou de prévention est de déterminer avec précision quels sont les enfants à risque d'afficher un comportement mésadapté, comme un comportement antisocial et délinquant, et de cibler les facteurs de risque qui sont essentiels pour l'efficacité du programme. La difficulté découle d'un fait inévitable : certains enfants repérés comme étant exposés à un risque élevé n'afficheront pas le comportement mésadapté, même s'ils n'ont pas suivi le programme (ce sont les faux positifs) et certains enfants qui n'auraient pas été repérés afficheront le comportement mésadapté (ce sont les faux négatifs). Par exemple, Herrenkohl et ses collègues (2000) ont constaté que de 13 à 18 % des enfants du SSDP dont on avait prédit qu'ils ne seraient pas violents l'étaient à l'âge de 18 ans. Comme Offord (1987) l'a clairement indiqué, il faut faire d'importants compromis entre la sensibilité et la spécificité de la méthode de sélection. La sensibilité fait référence à la proportion d'enfants que les méthodes de sélection permettent de cerner correctement, et la spécificité est la proportion d'enfants qui ne sont pas à risque et qui ont été répertoriés comme tels (Furlong, Bates et Smith, 2001). Ces éléments sont inversement reliés, de sorte qu'une augmentation pour l'un est accompagnée d'une baisse pour l'autre (Offord, 1987).

Offord a ajouté que « si la sensibilité de la méthode de sélection est faible, alors la majorité des vrais positifs ne seront pas détectés par la sélection. Si, d'un autre côté, la spécificité est faible, la majorité des vrais négatifs ne seront pas détectés par la sélection » (Offord, 1987, p. 13 et 14). Par conséquent, il est important « de mettre en balance les effets bénéfiques et les effets potentiellement néfastes (par l'étiquetage) de l'intervention chez les enfants qui ont été correctement ou incorrectement classés comme étant à risque » (Offord, 1987, p. 14). De nombreux problèmes très techniques sont associés à ces considérations et dépassent la portée du présent rapport (pour une analyse plus poussée, voir Derzon, 2001; Furlong et coll., 2001). À la lumière de ces facteurs, une approche à situations et répondants multiples (Lösel, 2002) et une méthode de sélection à multiples étapes (Charlebois, LeBlanc, Gagnon et Larivee, 1994), comme la procédure à deux étapes fondée sur une évaluation des problèmes de comportement par les enseignants et les parents utilisée par le programme Fast Track (Conduct Problems Prevention Research Group, 2011) ou le mécanisme à trois étapes appliqué par la PYS, mériteraient d'être étudiées davantage.

3.0 Principaux facteurs de risque d'un comportement antisocial et délinquant

Dans la présente section, nous présentons les principaux facteurs de risque d'un comportement antisocial et délinquant chez les enfants et les adolescents. Un examen de la documentation existante a permis de cerner les facteurs de risque. Cette documentation comprend des articles publiés, des rapports de recherche non publiés et des études disponibles sur des sites Internet (souvent des sites Internet gouvernementaux), souvent appelés « littérature grise ». Notre analyse de la solidité de la relation entre certains facteurs de risque et des résultats précis est limitée par les points mentionnés précédemment concernant des questions de définition, de méthodologie, d'expérimentation, de statistiques et d'épistémologie. La présentation des facteurs de risque est organisée en cinq domaines : (1) l'aspect personnel; (2) la famille; (3) les pairs; (4) l'école et (5) la collectivité/le quartier. Pour chaque domaine, les facteurs de risque clés cernés dans la documentation sont présentés, ainsi que des preuves de la solidité de leurs relations avec les comportements antisociaux et délinquants. Si possible, la taille de l'effet est également mentionnée.

Dorénavant, de nombreuses données confirment la présence d'un lien étroit entre environ 10 à 15 facteurs de risque et le comportement antisocial et délinquant (p. ex. un comportement antisocial précoce, des associations avec des pairs déviants, des pratiques de discipline dures et punitives, de mauvais résultats scolaires). Des données moins probantes établissent un lien avec dix autres facteurs de risque (p. ex. un conflit familial/marital, des tendances psychopathes). Enfin, d'autres données laissent croire que certains facteurs de risque affichent un lien limité avec les résultats (p. ex. la victimisation par les pairs, une faible estime de soi), mais l'insuffisance ou l'incohérence des recherches dans ce domaine pourraient empêcher de faire des affirmations plus tranchées.

3.1 Domaine de l'aspect personnel

Dans la documentation, une foule de facteurs personnels ont attiré l'attention en raison de leur lien avec la délinquance (Andrews et Bonta, 1998; Case et Haines, 2009; Farrington, 2009; Leschied et coll., 2008). Les principaux facteurs de risque du domaine de l'aspect personnel sont : (1) les caractéristiques démographiques; (2) l'agressivité; (3) les croyances, attitudes et comportements antisociaux; (4) l'impulsivité et (5) le faible niveau d'intelligence (Farrington, Loeber, Jolliffe et Pardini, 2008; Huizinga et coll., 2003; Loeber, Green et Lahey, 2003; Piquero et coll., 2007; White, Loeber et Farrington, 2008).

3.1.1 Caractéristiques démographiques

Âge : L'âge est considéré comme un corrélat important de la délinquance puisque, selon la courbe habituelle de la criminalité selon l'âge, la prévalence de la délinquance augmente au début de l'adolescence et culmine au milieu de l'adolescence, puis subit un déclin constant par la suite (Loeber, Stouthamer-Loeber, Van Kammen et Farrington, 1991; McCord, Widom et Crowell, 2001; Nagin, Farrington et Moffitt, 1995).

Appartenance raciale et ethnique : L'appartenance raciale a également été associée à maintes reprises à la délinquance, et, en particulier, le fait d'être noir est associé à une augmentation du risque de délinquance (p. ex. Leiber et Johnson, 2008). Notamment, Lynam Miller, Vachon, Loeber et Stouthamer-Loeber (2009) ont constaté que le fait de ne pas être blanc était un facteur prédicteur des arrestations et des condamnations. Ces données sont tirées de l'échantillon de la PYS, composé de 388 garçons évalués à l'âge de 13 ans. Après une évaluation du statut socioéconomique, de l'intelligence verbale et de la désinhibition, Parker et Morton (2009) ont signalé que les jeunes dont la délinquance avait commencé tôt étaient plus susceptibles d'être noirs que les jeunes arrêtés à l'âge de 15 ans ou plus tard. Enfin, l'appartenance à la population autochtone (c.-à-d. les Autochtones) a été désignée comme un facteur de risque de délinquance dans des études menées au Canada (Yessine et Bonta, 2009) et en Australie (Livingston et coll., 2008; Marshall, 2006). Par ailleurs, étant donné qu'il s'agit d'une caractéristique immuable, l'appartenance raciale/ethnique serait mieux décrite comme un marqueur fixe que comme un facteur de risque.

Sexe : Une autre variable démographique qui est considérée comme un facteur de risque de délinquance est le sexe. Le risque de délinquance et le risque de commettre des infractions à l'âge adulte est plus élevé chez les hommes que chez les femmes, et cette donnée a été confirmée par les rapports officiels et les auto-évaluations (Bor, Najman, O'Callaghan, Williams et Anstey, 2001; Cottle et coll., 2001; Dodge, Coie et Lynam, 2006; Lipsey et Derzon, 1998; Moffitt, 1993; Shader, 2003; Sprott et Doob, 2003). Toutefois, selon certaines indications, cette association pourrait varier selon le type d'infraction. Par exemple, on a constaté que les garçons étaient responsables d'un nombre disproportionné d'infractions violentes et sexuelles, mais lorsqu'il est question d'infractions contre les biens et de trafic de stupéfiants, le nombre d'infractions est semblable chez les hommes et les femmes (Latimer et coll., 2003). On s'est demandé si le sexe était un facteur de risque ou un marqueur de la délinquance (p. ex. Hawkins, Laub et Lauritsen, 1998; Kraemer et coll., 1997). Toutefois, le Public Health Service des États-Unis (2001) est d'avis que le fait d'être de sexe masculin augmentait le risque au-delà de ce qui était attribuable aux autres facteurs de risque. Néanmoins, le sexe est considéré ici comme un marqueur fixe plutôt que comme un facteur de risque, conformément aux définitions données précédemment dans le présent rapport.

3.1.2 AgressivitéFootnote 1

L'agressivité est l'un des facteurs de risque dynamique de délinquance documenté de la façon la plus constante (Bor et coll., 2001; Farrington, 1989; Laub et Lauritsen, 1993; McGee, Wickes, Corcoran, Bor et Najman, 2011). L'agressivité est considérée comme une caractéristique extrêmement stable, dont les corrélations dans le temps se situent entre 0,21 (Derzon, 2001) et 0,63 (Olweus, 1979). Si un enfant est encore agressif à l'âge de huit ans, il y a de fortes probabilités que le comportement soit encore présent pendant l'adolescence et par la suite (Kazdin, 1995). L'agressivité a été définie concrètement comme un comportement qui fait du mal ou qui vise à faire du mal à une autre personne (Coie et Dodge, 1998). Ce facteur de risque a été mesuré de diverses façons dans des études – évaluations faites par les enseignants ou les parents, auto-évaluations et rapports officiels, comme les documents scolaires – où la concordance entre de multiples techniques de mesure s'avère une méthode idéale (Farrington, 2009). Toutefois, de nombreux gestes agressifs peuvent ne pas être remarqués par les enseignants ou d'autres personnes (p. ex. Craig, Pepler et Atlas, 2000), ce qui appuie la notion selon laquelle ce sont les auto-évaluations qui permettent le mieux d'évaluer l'agressivité. Diverses formes d'agressivité ont été discernées (agressivité verbale et agressivité physique, par exemple), mais parmi ces formes, c'est l'intimidation à l'école qui est la plus clairement conceptualisée et la mieux documentée (Smith, Pepler et Rigby, 2004).

On a constaté que l'intimidation est associée au comportement antisocial et délinquant (Farrington, 1993; Olweus, 1993). L'intimidation comprend l'agression directe ou indirecte lorsqu'il y a une différence de pouvoir entre la personne qui exerce l'intimidation et la victime; l'élément de pouvoir est essentiel à l'intimidation (Olweus, 1993). En étudiant un échantillon d'enfants et d'adolescents canadiens, Debra Pepler et ses collègues ont constaté que le comportement d'intimidation est associé à de la violence ultérieure dans les relations avec les partenaires intimes, y compris les comportements de harcèlement sexuel (Connolly, Pepler, Craig et Taradash, 2000; Pepler, Craig, Connolly, Yuile et McMaster, 2006).

À partir des données de l'ELNEJ, Latimer et ses collègues (2003) ont examiné les corrélats de la délinquance dans un échantillon de 4 293 adolescents canadiens. Dans cette étude représentative du pays, l'agressivité ressort comme un des cinq principaux facteurs associés à la délinquance. En outre, ce résultat était constant entre les sexes et les diverses formes de délinquance (c.-à-d. la délinquance générale, les infractions contre les biens et les infractions avec violence). La continuité des comportements agressifs au cours d'infractions violentes ultérieures a été soulignée par de nombreux auteurs (p. ex. Loeber, 1996). Farrington (1995) a constaté qu'environ 50 % des garçons jugés délinquants en raison d'actes de violence commis entre l'âge de 10 et 16 ans ont été reconnus coupables d'infractions avec violence avant l'âge de 24 ans. Il s'agit d'un contraste frappant avec les jeunes qui n'ont pas été jugés délinquants pour une infraction avec violence, dont seulement 8 % ont commis une infraction avec violence avant l'âge de 24 ans.

Comportement agressif précoce : Quand le comportement agressif se manifeste à un jeune âge, l'agressivité peut constituer un risque particulièrement significatif pendant l'enfance, puisque l'agressivité précoce est associée à des actes de délinquance ultérieurs plus graves et chroniques (Thornberry, Hulzinga et Loeber, 1995; Tolan et Thomas, 1995). En fait, l'agressivité est décrite comme le « trait du comportement social permettant le mieux de prédire un comportement délinquant avant l'âge de 13 ans » (Tremblay et LeMarquand, 2001, p. 141). Par exemple, un comportement agressif qui se manifeste à l'âge de 5 ans constitue l'indicateur le plus pertinent d'un comportement antisocial à l'âge de 14 ans) (Bor et coll., 2001). Les différences entre les sexes semblent indiquer que les résultats des recherches sont moins concluants quant à l'association entre l'agressivité et la délinquance chez les femmes. Même si des résultats similaires entre les hommes et les femmes ressortent de certaines études (Latimer et coll., 2003, par exemple), d'autres désignent l'agressivité comme un facteur de risque de délinquance seulement chez les hommes (Hawkins et coll., 2000; Shader, 2003). Les différences entre les sexes pendant l'adolescence pourraient en partie expliquer cela, puisque l'agressivité diminue plus rapidement chez les filles que chez les garçons pendant cette période (Fontaine, Carbonneau, Barker, Vitaro, Hebert, Cote et Tremblay, 2008).

3.1.3 Croyances, attitudes et comportements antisociaux

Attitudes et croyances antisociales : L'adoption d'attitudes et de croyances antisociales est un facteur prédicteur de la délinquance (Andrews et Bonta, 1998; Hanson et Morton-Bourgon, 2005; Herrenkohl et coll., 2000; Shader, 2003; Wong, Slotboom et Bijleveld, 2010). Cette relation semble plus forte chez les adolescents que chez les enfants âgés de moins de 11 ans (Public Health Service des États-Unis, 2001) et plus forte chez les garçons que chez les filles (Williams, 1994). On a défini concrètement ce facteur de risque de nombreuses façons, en y incluant souvent une ou plusieurs des caractéristiques suivantes : malhonnêteté, non-respect des règles, attitude favorable envers la violence et hostilité envers la police (p. ex. Hawkins, Herrenkohl, Farrington, Brewer, Catalano et Harachi, 1998). Dans d'autres études, les attitudes et les croyances antisociales sont définies de telle sorte qu'elles englobent la consommation de drogues et d'alcool, l'impulsivité et la psychopathie (p. ex. Hanson et Morton-Bourgon, 2005).

Psychopathie/caractère dur ou froid : La psychopathie, facteur de risque lié aux attitudes et aux comportements antisociaux, a suscité un grand intérêt comme indice ou corrélat du comportement criminel (Corrado, Vincent, Hart et Cohen, 2004; Decoene et Bijttebier, 2008; Edens, Skeem, Cruise et Cauffman, 2001; Frick, Cornell, Barry, Bodin et Dane, 2003; Gretton, Hare et Catchpole, 2004; Hare, 2003; Lynam et coll., 2009; Rowe, 2002; Salekin, 2008; Vincent, Vitacco, Grisso et Corrado, 2003). La psychopathie est un construit à plusieurs facettes, qui comprend des facteurs comme la dureté et la froideur, le besoin de stimulation, le mensonge, la manipulation, l'absence de remords ou d'empathie et les problèmes de comportement antisocial (p. ex. Hare, 2003). Notamment, les résultats obtenus à des tests de psychopathie effectués pendant l'adolescence (12 à 18 ans) étaient prédicteurs d'une récidive violente au cours d'un suivi sur dix ans d'un échantillon de garçons (Harris, Rice et Cormier, 1991). Des résultats similaires ont été constatés quant à la relation entre la psychopathie (mesurée entre 9 ans et 18 ans) et la récidive générale et violente quatre ans plus tard (Salekin, 2008).

La recherche menée auprès d'adultes a révélé que la psychopathie est le meilleur indice de récidive violente (p. ex. Hare, 2003). Tandis que bon nombre de ces études ont été menées à l'aide d'échantillons du milieu correctionnel, Vaughn, Litschge, DeLisi, Beaver et McMillen (2008) ont constaté que la présence de psychopathie à l'âge de 16 ans était associée à la délinquance; ils ont pris en compte les facteurs démographiques, la toxicomanie, les traumatismes pendant l'enfance, le soutien familial, la fréquentation de personnes délinquantes et le désordre dans le quartier. Contrairement à ces résultats, Edens et Cahill (2007) ont constaté, dans une étude longitudinale sur 10 ans portant sur des garçons de 13 à 17 ans se trouvant dans un centre correctionnel pour jeunes, que la psychopathie ne permettait pas de prévoir la récidive. Les auteurs avancent que ces résultats pourraient s'expliquer en partie par la composition ethnique de l'échantillon (75 % de non-Blancs). Une méta-analyse de la psychopathie et de la récidive violente portant sur un échantillon d'adolescents de sexe masculin vient appuyer l'hypothèse selon laquelle la race serait un modérateur possible de cette relation (Edens, Campbell & Weir, 2007). Dans cette étude, la relation entre la récidive violente et la psychopathie augmentait substantiellement en fonction de la race, alors que la psychopathie était un indice plus important de récidive dans les échantillons ayant une plus grande proportion de participants Blancs.

Délinquance : La délinquance générale, qui englobe le cambriolage, le vol organisé et la condamnation pour acte délictueux grave, est un indice de délinquance ultérieure et de comportement criminel à l'âge adulte (Gatti, Tremblay et Vitaro, 2009; Hawkins et coll., 2000; Shader, 2003). En fait, l'un des facteurs de risque précoces de délinquance les plus puissants est la participation à des infractions générales avant l'âge de 12 ans, et la taille d'effet peut atteindre 0,38 (Cottle et coll., 2001; Public Health Service des États-Unis, 2001). Les données officielles et celles qui sont tirées des auto-évaluations montrent que l'apparition précoce de la délinquance expose les personnes à un risque accru sur le plan du nombre d'infractions, comparativement aux délinquants dont le comportement est apparu plus tard (Farrington, Loeber, Elliott, Hawkins, Kandel, Klein et Tremblay, 1990; Farrington, Jolliffe, Hawkins, Catalano, Hill et Kosterman, 2003; Krohn, Thornberry, Rivera et LeBlanc, 2001; Piquero et coll., 2007; Tolan et Thomas, 1995). La capacité prédictive de la délinquance générale sur le comportement antisocial semble s'amenuiser après l'âge de 11 ans, peut-être parce que les enfants plus jeunes sont peu susceptibles d'adopter un comportement illégal, quel qu'il soit (p. ex. Hawkins et coll., 2000). Selon la méta-analyse effectuée par Lipsey et Derzon (1998), la délinquance antérieure était l'un des plus importants indices de délinquance ultérieure, particulièrement quand la première infraction survenait au milieu de l'enfance.

Comportement antisocial et problèmes de comportement : Le comportement antisocial et les problèmes de comportement sont considérés comme un facteur de risque de délinquance (Shader, 2003; Vermeiren, Schwab-Stone, Ruchkin, De Clippele et Deboutte, 2002). Toutefois, la prudence est de mise, puisque tout chevauchement dans les mesures des problèmes de comportement et de délinquance (p. ex. vol, agression physique) conduirait à une exagération des corrélations. En général, les problèmes de comportement sont considérés comme un prédicteur du comportement criminel dans de nombreuses études longitudinales des cohortes (Fergusson, Horwood et Ridder, 2005; Sourander, Elonheimo, Niemelä, Nuutila, Helenius, Sillanmäki et Almqvist, 2006). Comme il a été défini dans la documentation, le comportement antisocial et les problèmes de comportement englobent un vaste éventail de comportements dans diverses dimensions (voir, plus haut, la section 2.6), y compris les variables d'infractions criminelles (p. ex. le vol, la destruction de biens, la vente de drogues), la consommation de drogues et d'alcool (p. ex. le tabagisme et la consommation d'alcool avant l'âge légal), les comportements sexuels (p. ex. âge précoce des premiers rapports sexuels) et l'agressivité (Hawkins et coll., 2000). Case et Haines (2007) ont constaté que les attitudes et les comportements antisociaux sont parmi les facteurs de risque de délinquance les plus importants, sans égard au sexe, au type d'infraction ou au groupe d'âge (intervalles de un an, de 11 à 17 ans). Ce facteur consistait à avoir une attitude positive envers le fait de fumer, de consommer de l'alcool et de traîner dans les rues, ainsi que fréquenter des personnes antisociales, consommatrices de drogues ou ayant un comportement criminel. Étant donné la force de la relation entre la délinquance et le fait d'avoir des pairs antisociaux, il est plausible que l'effet pour cette variable soit en grande partie attribuable à la fréquentation de personnes délinquantes.

Consommation de drogues et d'alcool : La consommation de drogues et d'alcool a été considérée comme un facteur de risque de délinquance et de comportement criminel (Armstrong, Hine, Hacking, Armaos, Jones, Klessinger et France, 2005; Case et Haines, 2007; Cottle et coll., 2001; Fraser et Seddon, 2003; Hammersley, Marsland et Reid, 2003; Komro, Williams, Forster, Perry, Farbakhsh et Stigler, 1999; Lipsey et Derzon, 1998; McKeown, Jackson et Vaois 1998; Putnis, 2003; Roe-Sepowitz et Krysik, 2008; Shader, 2003; Wilson, Rojas, Haapanen, Duxbury et Steiner, 2001), et a été associée à une augmentation de la fréquence des comportements délinquants et de la durée de la carrière criminelle (p. ex. Parker et Auerhahn, 1998; Putnis, 2003). Même si la consommation de drogues et d'alcool est associée à un comportement criminel pour toute la durée de la vie, elle peut être particulièrement annonciatrice de délinquance pendant l'adolescence quand elle est observée avant l'âge de 12 ans, c'est-à-dire en cas de consommation précoce de drogues et d'alcool (Hawkins et coll., 2000, par exemple). La consommation de drogues et d'alcool et l'expérimentation pendant l'adolescence sont plutôt normales, mais ce comportement est jugé atypique avant l'âge de 12 ans (Fagan, 1993). Considérées comme une importante préoccupation en matière de santé publique en raison de leurs conséquences négatives et de la fréquence de la consommation chez les populations adolescentes normatives (Johnston, O'Malley, Bachman et Schulenberg, 2005; Rohde, Lewinsohn, Kahler, Seeley et Brown, 2001), la consommation de drogues et d'alcool, la toxicomanie et la dépendance sont présentes à des taux nettement supérieurs chez les jeunes incarcérés. Selon un sondage mené à l'échelle nationale par la Substance Abuse and Mental Health Services Administration (2005), environ 9 % des jeunes âgés de 12 à 17 ans répondaient aux critères de toxicomanie ou de dépendance du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV). Par ailleurs, on estime qu'à peu près 40 % des jeunes incarcérés ont un problème de toxicomanie (Golzari, Hunt et Anoshiravani, 2006). Les différences entre les sexes laissent entrevoir une plus grande probabilité que les femmes consommatrices de drogues et d'alcool voient leur comportement délinquant augmenter que les hommes dans la même situation (Putnis, 2003). Cette différence a été observée sur un échantillon de 447 jeunes âgés de 11 à 19 ans admis dans des centres de détention d'Australie-Méridionale.

3.1.4 Impulsivité

L'impulsivité permet de façon constante de prévoir le comportement délinquant et criminel et est considérée comme un facteur de risque déterminant du comportement déviant chez les enfants âgés de moins de 12 ans (Bacon, Paternoster et Brame, 2009; Brennan, Mednick et Mednick, 1993; Fagan, Van Horn, Hawkins et Arthur, 2007; Farrington et Coid, 2003; Hawkins, Herrekohl et coll., 1998; Klinteberg, Andersson, Magnusson et Sattin, 1993; Latimer et coll., 2003; Lipsey et Derzon, 1998; Parker et Morton, 2009; Pratt, Cullen, Blevins, Daigle et Unnever, 2002; Raine, Moffitt, Caspi, Loeber, Stouthamer-Loeber et Lynam, 2005; Silverthorn, Frick et Reynolds, 2001; Taylor, Iacono et McGue, 2000; White, Moffitt, Caspi, Bartusch, Needles et Stouthamer-Loeber, 1994; Wong et coll., 2010). Les adolescents impulsifs sont plus susceptibles d'être arrêtés et condamnés que ceux qui le sont peu (p. ex. Beaver, DeLisi, Mears et Stewart, 2009). En fait, la théorie générale sur le crime de Gottfredson et Hirshi (1990) pose comme postulat que l'impulsivité est un élément clé de la propension au crime, présumé stable pour toute la vie. Toutefois, les définitions concrètes de l'impulsivité donnée par les chercheurs manquent d'uniformité. Comme l'a formulé Farrington (2009) : « Malheureusement, il existe un nombre effarant de construits faisant référence à la faible capacité de contrôler son comportement » (p. 694). Certaines définitions englobent les impulsions, la réaction aux stimuli sans se soucier des conséquences, une mauvaise maîtrise de soi, un manque de persévérance, l'incapacité à reporter la satisfaction d'un besoin, l'hyperactivité, l'inattention, l'agitation, la recherche de sensations fortes et la prise de risques (p. ex. Carroll, Hemingway, Bower, Ashman, Houghton et Durkin, 2006; Farrington, 2009; Moeller, Barrat, Schmitz et Swann, 2001).

L'impulsivité a été associée à la délinquance dans les études, sans égard à l'âge auquel elle a été mesurée. Par exemple, la présence d'impulsivité à 10 et à 14 ans ferait plus que doubler les probabilités de commettre un acte de violence à l'âge de 18 ans (Herrenkohl et coll., 2000). Lorsqu'elle était présente à l'âge de 16 ans, l'impulsivité continuait d'être un facteur prédicteur d'un comportement violent, même si l'association avait légèrement diminué (RRA = 1,9). La prise de risques à 14 et à 16 ans faisait plus que tripler la probabilité de violence à 18 ans.

Dans l'étude longitudinale prospective menée à Dunedin, en Nouvelle-Zélande, un caractère imprévisible chez un enfant de 3 ans était associé au comportement antisocial; plus précisément, une faible maîtrise de soi (c.-à-d. agitation, impulsivité et capacité d'attention réduite) laissait présager de la délinquance et des condamnations entre 18 et 21 ans. Case et Haines (2007) ont fait état des facteurs de risque pour diverses formes de délinquance (violence à vie, pauvreté à vie et délinquance active [soit au cours de la dernière année]) chez un échantillon de 3 088 élèves gallois de niveau secondaire, de 11 à 16 ans. L'impulsivité s'est classée au deuxième rang des facteurs de risque pour chaque forme de délinquance, pour l'ensemble de l'échantillon, pour chaque groupe d'âge (décomposé en intervalles de un an) et pour les garçons et les filles lorsqu'on les a analysés séparément. Enfin, les garçons présentant des difficultés de concentration et une agitation motrice à l'âge de 13 ans se sont montrés cinq fois plus susceptibles d'être arrêtés avant l'âge de 26 ans que les garçons n'ayant pas ce genre de problèmes (Klinteberg et coll., 1993).

3.1.5 Faible niveau d'intelligence

Le faible niveau d'intelligence, et particulièrement le faible niveau d'intelligence verbale (Q.I.V.), a été reconnu comme un facteur de risque de délinquance et de comportement criminel (Cottle et coll., 2001; Farrington, 1995; Frize, Kenny et Lennings, 2008; Hawkins et coll., 2000; Lipsey et Derzon, 1998; Parker et Morton, 2009; Raine et coll., 2005; Shader, 2003; Taylor et coll., 2000; White, Bates et Buyske, 2001; Wong et coll., 2010). Les méta-analyses ont permis d'observer des effets faibles, mais constants (p. ex., taille d'effet de -0,14 pour le résultat du Q.I. à l'échelle complète, et de -0,11 pour le Q.I.V.) (Cottle et coll., 2001), et l'intelligence mesurée pendant l'enfance, l'adolescence et l'âge adulte a confirmé ce lien. Notamment, un faible Q.I. à l'âge de 3 ans laissait prévoir de la délinquance jusqu'à l'âge de 30 ans, même après la prise en compte du statut socioéconomique (Stattin et Klackenberg-Larsson, 1993); les personnes non délinquantes avaient un Q.I. moyen de 101, alors que les personnes ayant commis au moins quatre infractions avaient un Q.I. moyen de 88. Dans une étude épidémiologique menée auprès de plus de 400 jumeaux âgés de 13 ans, les rapports fournis par les parents et les professeurs qui indiquaient le faible Q.I. de l'enfant étaient prédictifs de problèmes de comportement, sans égard au Q.I. des parents ni à la classe sociale (Goodman, Simonoff et Stevenson, 1995). Cette relation était légèrement modifiée par de moins bons résultats scolaires. La relation entre la délinquance et la déficience intellectuelle (c.-à-d. Q.I. < 70) ou un Q.I. performant (Q.I.P) a également été évaluée, mais les résultats ne sont pas uniformes (p. ex. Cottle et coll., 2001; Frize et coll., 2008).

Lynam et ses collègues (2009) ont constaté que le Q.I.V. mesuré à l'âge de 13 ans était l'une des cinq variables (sur 16) qui affichaient une corrélation unique avec les arrestations entre 18 et 26 ans. En fait, parmi toutes les variables explicatives utilisées, c'est le Q.I.V. qui présentait la corrélation la plus forte avec les arrestations et les condamnations jusqu'à l'âge de 26 ans. Un faible Q.I.V. pourrait indiquer une dysfonction de l'hémisphère gauche et être associé à des déficiences de l'autorégulation du comportement et des émotions, ainsi qu'à d'autres problèmes de communication pouvant être associés à des comportements nuisibles (Moffitt, 1993). Mash et Wolfe (2010, p. 162) ont noté que « les déficiences verbales et linguistiques pourraient contribuer aux problèmes de comportement en interférant avec le développement de la maîtrise de soi, de la régulation émotionnelle ou de la capacité de la reconnaître les émotions chez les autres, ce qui pourrait conduire à un manque d'empathie. »

Quant à l'apparition du comportement criminel, le rôle joué par l'origine ethnique et les différences raciales dans la relation entre le Q.I. et la délinquance a été noté. Au cours de recherches sur l'apparition de la délinquance, le Q.I.V. s'est révélé être nettement inférieur chez les adolescents noirs dont la délinquance était précoce, comparativement aux adolescents noirs dont la délinquance avait commencé après l'âge de 14 ans (Parker et Morton, 2009). Aucune différence significative entre l'intelligence et l'apparition de la délinquance n'a été observée chez les adolescents blancs. Taylor et ses collègues (2000) ont également constaté que le Q.I.V. était plus faible chez les délinquants précoces comparativement à ceux dont la délinquance s'est manifestée plus tard et aux non-délinquants, chez les jeunes Noirs seulement. D'autres études ont révélé que le lien entre un faible Q.I. et la délinquance était plus fort pour les personnes appartenant à une classe sociale inférieure (p. ex. Hogh et Wolf, 1983), et cela pourrait également être lié à l'origine ethnique et à la race.

3.2 Domaine de la famille

Plus de 80 années de recherche ont contribué à établir que les dynamiques familiales constituent un déterminant clé de la délinquance (p. ex. Glueck et Glueck, 1934; McCord, 1979; Piquero et coll., 2009; van der Laan, Veenstra, Bogaerts, Verhulst et Ormel, 2010). Parmi les types de facteurs de risque particulièrement pertinents dans le domaine familial, on trouve : (1) des membres de la famille au comportement antisocial/criminel; (2) la séparation des parents et des enfants; (3) les conflits entre les parents; (4) la mauvaise gestion familiale (p. ex., discipline dure et punitive, manque de surveillance et de supervision parentales); (5) les mauvais traitements pendant l'enfance; (6) une grande fratrie; et (7) un statut socioéconomique faible (Derzon, 2010; Farrington, 2009; Hawkins et coll., 2000; Herrenkohl et coll., 2000; Hoeve, Dubas, Eichelsheim, van der Laan, Smeenk et Gerris, 2009; Loeber et Farrington, 2000). De toute évidence, le manque de liens d'attachement entre les enfants ou les adolescents et des personnes-clés, particulièrement les parents et d'autres personnes chargées des soins de l'enfant, est associé à la délinquance (Chung, Hill, Hawkins, Gilchrist et Nagin 2002).

3.2.1 Membres de la famille ayant un comportement antisocial/criminel

Depuis un bon moment déjà, il a été établi que le comportement criminel des parents tout comme la délinquance au sein de la fratrie étaient liés à la délinquance chez les jeunes (Farrington, 1979; Herrenkohl et coll., 2000). Comme la CSDD le laisse voir, la délinquance est généralement concentrée chez un nombre restreint de familles. Selon cette recherche, 6 % des 400 familles étaient responsables d'environ la moitié de l'ensemble des condamnations criminelles. Cela comprend les condamnations des mères, des pères, des fils et des filles (Farrington, Barnes et Lambert, 1996). Les symptômes associés aux troubles des conduites ont également tendance à se concentrer chez certaines familles, comme le confirme l'Étude sur la santé des enfants de l'Ontario (Szatmari, Boyle et Offord, 1993). Cependant, il semblerait que les parents soient les proches les plus importants lorsqu'il s'agit de prédire la criminalité. Farrington, Jolliffe, Loeber, Stouthamer-Loeber et Kalb (2001) ont observé que l'arrestation du père était un prédicteur de la délinquance chez les hommes, sans égard aux autres membres de la famille. La recherche a donné des résultats contradictoires relativement au risque supplémentaire de délinquance qu'entraînerait l'emprisonnement d'un parent (Murray et Farrington, 2005; Murray, Janson et Farrington, 2007). Cette concentration du comportement délinquant et antisocial chez certaines familles s'explique de diverses façons : continuité intergénérationnelle de l'exposition aux facteurs de risque, mécanismes génétiques, homogamie et influence réciproque des membres de la famille les uns sur les autres (soit les effets de médiation découlant d'autres facteurs de risque, comme le manque de supervision parentale et les préjugés de la police contre les familles criminelles) (Farrington, 2009; Farrington et coll., 2001). En outre, la présence de criminels au sein de la famille pourrait représenter un facteur de risque plus pertinent pour les adolescents âgés de 12 à 17 ans, alors que l'emprisonnement d'un parent pourrait être un facteur de risque plus important pour les préadolescents (Fergusson, Horwood et Nagin, 2000).

Parents antisociaux/criminalité chez les parents : Peu de doute subsiste quant au fait que les parents antisociaux ont tendance à avoir des enfants antisociaux (Lipsey et Derzon, 1998), un effet pris en compte dans diverses définitions concrètes données aux termes « parent antisocial » et « criminalité chez les parents ». Plusieurs études se sont penchées sur la façon dont le trouble de la personnalité antisociale chez les parents est lié au comportement antisocial chez les enfants (p. ex. Cohen, Brook, Cohen, Velez et Garcia, 1990), et d'autres ont évalué la criminalité chez les parents, en s'appuyant sur les arrestations et les condamnations (p. ex. Murray et Farrington, 2005).

Les recherches ont invariablement fait ressortir que le comportement antisocial et la criminalité chez les parents étaient prédicteurs de la délinquance chez l'enfant (Cohen et coll., 1990; Derzon, 2010; Frick Kamphaus, Lahey, Loeber, Christ et Hanson, 1992; Loeber et Farrington, 2000; Loeber, Green, Keenan et Lahey, 1995; Loeber et coll., 1998; Shader, 2003). Il s'agit notamment de multiples projets de recherche longitudinale, comme l'étude prospective PYS (Loeber et coll., 1998) et l'étude des cohortes de Dunedin (Odgers, Milne, Caspi, Crump, Poulton et Moffitt, 2007). L'effet de la criminalité chez les parents sur les comportements antisociaux a aussi été observé chez les jeunes adultes. Baker et Mednick (1984) ont comparé les taux d'arrestations pour crime violent chez un échantillon d'hommes (âgés de 18 à 23 ans) dont le père n'était pas nécessairement criminel et ont constaté que les probabilités d'avoir perpétré des infractions avec violence étaient 3,8 fois plus élevées chez les hommes ayant un père criminel. Chose intéressante, selon certaines données probantes, le comportement antisocial s'acquiert dans des familles criminelles, plutôt que d'être le résultat d'une prédisposition biologique (Moffitt, 1987).

La consommation de substances illicites par les parents s'est également révélée liée au comportement antisocial chez les enfants. Dans une étude portant sur 1 252 participants menée dans le cadre de la Minnesota Twin Family Study, Marmorstein, Iacono et McGue (2009) ont constaté que les jeunes dont les parents avaient une dépendance à l'alcool ou aux drogues étaient environ de deux à trois fois plus susceptibles de présenter un trouble mental extériorisé avant la fin de l'adolescence que les jeunes dont les parents n'avaient pas de dépendance à l'alcool ou aux drogues. De tels effets peuvent autant être le résultat des influences de risques génétiques que de risques environnementaux (p. ex. être élevé par un père toxicomane) (Haber, Bucholz, Jacob, Grant, Scherrer, Sartor Duncan et Heath, 2010).

Délinquance au sein de la fratrie : Le fait d'avoir une sœur ou un frère délinquants a été reconnu comme un facteur de risque de comportement criminel (p. ex. Farrington, 1989; Farrington et Painter, 2004). Cet effet a été observé chez les hommes et les femmes (Wong et coll., 2010), quoique l'effet soit peut-être plus important chez les femmes (Williams, 1994). De plus, la délinquance au sein de la fratrie semble avoir une répercussion négative plus importante pendant l'adolescence que plus tôt dans le développement de la personne (Maguin, Hawkins, Catalano, Hill, Abbott et Herrenkohl, 1995). Dans leur étude longitudinale, Herrenkohl et ses collègues (2000) ont constaté qu'avoir une sœur ou un frère délinquant à l'âge de 16 ans faisait plus que doubler les risques de délinquance à l'âge de 18 ans. Toutefois, cette relation n'était pas significative lorsque la délinquance au sein de la fratrie était observée à l'âge de 10 à 14 ans.

3.2.2 Séparation des parents et des enfants

De nombreuses études ont révélé que la séparation des parents et des enfants (également appelées familles éclatées) est un indicateur du comportement délinquant et criminel (Baron, 2003; Baron et Hartnagel, 1998; Bender, Thompson, McManus, Lantry et Flynn, 2007; Demuth et Brown, 2004; Jonson-Reid et Barth, 2000; Kierkus et Baer, 2002; Lynam et coll., 2009; McCord et coll., 2001; Rebellon, 2002; Ryan, Hong, Herz et Hernandez, 2010; Ryan, Marshall, Herz et Hernandez, 2008; Ryan et Testa, 2004; Sampson et Laub, 1994; Ward et coll., 2010). La documentation comprend plusieurs méta-analyses qui ont produit une taille d'effet faible, quoique significative, allant de 0,18 à 0,07 (Cottle et coll., 2001; Derzon, 2010). Même si de nombreuses définitions ont été appliquées à cette catégorie, de façon générale, elle peut être définie concrètement comme toute séparation permanente ou temporaire d'un enfant d'un de ses parents biologiques pendant la jeunesse, habituellement avant l'âge de 16 ans (p. ex. Farrington, 1992a; Public Health Service des États-Unis, 2001). Les sous-catégories fréquemment étudiées de la séparation des parents et des enfants comprennent les familles brisées (c.-à-d. les parents divorcés ou séparés); les familles monoparentales; le placement en famille d'accueil et en foyer de groupe et les autres formes de placements ainsi que l'itinérance.

Dans une enquête portant sur la relation entre la structure familiale et la délinquance, Kierkus et Hewitt (2009) ont comparé des adolescents vivant dans un foyer non traditionnel (c.-à-d. un parent seul, un parent seul et son nouveau conjoint, un parent seul et un autre membre de la famille) avec des adolescents vivant avec leurs deux parents biologiques. Le fait de vivre dans un foyer non traditionnel était lié à une augmentation des risques de chacun des types de comportements délinquants mesurés, ce qui demeurait pratiquement inchangé avec les variables de contrôle (p. ex. statut socioéconomique, taille de la famille, âge). De plus, le fait d'être séparé des parents avant l'âge de 10 ans a permis de prévoir des condamnations jusqu'à l'âge de 32 ans, sans égard aux autres facteurs comme le revenu familial et les mauvais résultats scolaires (Farrington, 1993).

Lorsqu'on examine l'influence de la séparation des parents et des enfants sur le comportement criminel et la délinquance, il est important de tenir compte du fait que la séparation peut être due à une pléthore d'autres facteurs de stress, qui viennent s'ajouter au conflit parental, aux mauvais traitements infligés aux enfants et à des circonstances économiques peu favorables (Farrington, 2009). Notamment, des jeunes qui vivent avec une famille intacte où il y a d'importants conflits peuvent faire preuve de degrés de délinquance semblables à ceux d'un jeune issu d'une famille brisée (p. ex. Hass, Farrington, Killias et Sattar, 2004). De plus, quand on prend une personne qui a vécu avec une famille intacte et qu'on la compare à une autre qui a vécu avec une famille brisée étant enfant, les différences en matière de délinquance et de comportement criminel à l'âge adulte sont souvent réduites lorsque l'on tient compte du statut socioéconomique (Crockett, Eggebeen et Hawkins, 1993; Hay, Forston, Hollist, Altheimer et Schaible, 2006).

3.2.3 Conflits entre les parents

L'exposition aux conflits entre les parents, y compris la violence familiale, est un facteur prédicteur de la délinquance et du comportement criminel. Même si ce facteur n'a pas été étudié de façon aussi approfondie que d'autres facteurs de risque du domaine de la famille relativement à la délinquance chez les jeunes et chez les jeunes adultes, des études ont révélé que l'exposition à des conflits entre les parents est un facteur de risque de délinquance (Buehler, Anthony, Krishnakumar, Stone, Gerard et Pemberton, 1997; Derzon, 2010; Henry, Caspi, Moffitt et Silva, 1996; Jenkins et Smith, 1991; Loeber et coll., 1998; West et Farrington, 1973). De plus, les études ont montré que le fait d'être témoin d'actes de violence conjugale posés par le père était un prédicteur de la délinquance chez les hommes et les femmes, même après la prise en compte des influences possibles des autres facteurs de risque comme le revenu familial, les punitions corporelles par les parents et la criminalité chez ces derniers (Fergusson et Horwood, 1998). Les recherches laissent supposer que les conflits entre les parents peuvent revêtir une importance particulièrement grande pendant l'adolescence. Dans une étude prospective du risque de violence chez les jeunes, qui utilisait les données du SSDP, les facteurs de risque de violence potentiels à l'âge de 18 ans étaient mesurés à 10, 14 et 16 ans. Alors que les conflits familiaux avaient une incidence négligeable à l'âge de 10 ans (risque relatif rapproché de 1,05), leur force à titre d'indice de violence augmentait pendant l'adolescence (le risque relatif rapproché à 14 et à 16 ans était respectivement de 1,61 et de 2,16) (Herrenkohl et coll., 2000). Certaines données semblent indiquer que des différences entre les sexes pourraient également exister dans la relation entre les conflits parentaux et la délinquance, et que cette relation serait plus forte chez les femmes que chez les hommes (Kosterman et coll., 2001).

3.2.4 Mauvaise gestion familiale

La mauvaise gestion familiale est associée à une augmentation de la délinquance grave pendant l'enfance et l'adolescence, ainsi qu'à un comportement criminel à l'âge adulte (p. ex. Elliott, Huizinga et Ageton, 1985; Fagan et coll., 2007; Hawkins, Herrekohl et coll., 1998, McCord, Widom et Crowell, 2001; Roitberg et Menard, 1995; Wasserman et Seracini, 2001). Des examens méta-analytiques ont révélé qu'une mauvaise gestion familiale représentait un facteur de risque dont la taille d'effet était de faible à modérée (Derzon, 2010; Hoeve et coll., 2009). Cependant, on observe des variations importantes et manifestes dans la façon dont est mesurée la gestion familiale selon les différentes études. Par exemple dans le SSDP, la mauvaise gestion familiale englobe un manque de supervision, le fait de ne pas appliquer les règlements de façon constante et une discipline sévère (Herrenkohl et coll., 2000), et, dans les analyses liées à l'International Youth Development Study, la mauvaise gestion familiale comprend des éléments comme le manque de clarté des règlements au sein de la famille et le manque de surveillance parentale (Herrenkohl McMorris, Catalano, Abbott, Hemphill et Toumbourou, 2007). De même, un rapport préparé par le Public Health Service des États-Unis (2001) décrivait d'une façon très large les mauvaises relations familiales comme étant une discipline punitive et inégale, un manque de présence, de supervision et de chaleur de la part des parents, des attitudes négatives envers l'enfant, de mauvaises relations entre les parents et l'enfant, de mauvaises pratiques parentales et une discipline sévère envers l'enfant.

Le terme mauvaises relations avec la famille a également été utilisé et englobe les notions de règlements confus, un manque d'intérêt, un manque de consultation, une discipline inégale, un manque de supervision et de mauvaises relations (Case et Haines, 2007). Enfin, dans une méta-analyse effectuée par Cottle et ses collègues (2001), les problèmes familiaux occupaient la quatrième place sur le plan de la taille de l'effet (0,28), mais ce facteur n'était toutefois pas défini clairement. Dans l'ensemble, il semblerait qu'il y ait, dans la documentation, beaucoup de confusion entourant les définitions conceptuelles et concrètes d'une mauvaise gestion familiale et de ses sous-catégories. Les éléments sur lesquels les recherches portent habituellement pour ce qui est de la mauvaise gestion familiale en tant que facteur de risque de délinquance sont : (1) un manque de surveillance et de supervision; (2) une discipline sévère, inégale ou relâchée et (3) un faible soutien parental.

Surveillance et supervision parentales insuffisantes : Le manque de surveillance et de supervision parentales est peut-être le plus important et le plus reproductible des facteurs liés à la gestion familiale qui sont prédicteurs de la délinquance (Smith et Stern, 1997; Farrington, 2009) chez les garçons comme chez les filles (Fagan et coll., 2007; Latimer et coll., 2003). Des études empiriques ont régulièrement fait ressortir cette relation, selon laquelle plus les jeunes sont surveillés par leurs parents, moins ils sont susceptibles d'adopter un comportement délinquant (p. ex. Chesney-Lind, 1987; Derzon, 2010). La surveillance parentale, y compris les connaissances parentales, la surveillance active par les parents ou le fait que l'enfant se confie à ses parents, a été fortement liée au comportement criminel, chez tous les groupes d'âge et de la façon attendue (taille d'effet allant de 0,23 à -0,31) (Hoeve et coll., 2009). De plus, on a constaté que la surveillance effectuée par la mère et celle qui est effectuée par le père étaient toutes deux négativement corrélées avec la délinquance (Cota-Robles et Gamble, 2006).

Toutefois, ce n'est pas nécessairement le cas dans toutes les circonstances. Par exemple, un contrôle parental accru et la perception d'un manque de supervision parentale ont été associés à une augmentation du comportement criminel au début de l'âge adulte (Scholte, 1999). Latimer et ses collègues (2003) ont également constaté qu'il y avait des relations différentes entre la surveillance parentale et la délinquance. Dans leur analyse des données de l'ELNEJ, la surveillance était positivement corrélée avec le trafic de stupéfiants, négativement corrélée avec les crimes violents et les infractions sexuelles, et n'avait aucune corrélation avec les infractions générales et contre les biens. Il est important de souligner que les études qui examinent la fréquentation de délinquants ont constaté que le manque de supervision parentale augmente la probabilité de fréquenter des personnes délinquantes (Aseltine, 1995; Ingram, Patchin, Huebner, McCluskey et Bynum, 2007; Sampson et Laub, 1993; Warr, 2005). À cet égard, le lien entre le fait de fréquenter des délinquants et le comportement délinquant peut se trouver modéré par la surveillance parentale; ainsi, les jeunes qui fréquentent des délinquants risquent davantage de commettre des crimes s'il y a un manque de surveillance parentale que s'il y a une surveillance parentale satisfaisante. Autrement dit, la surveillance parentale a un effet modérateur sur la relation entre la fréquentation de personnes délinquantes et le comportement délinquant.

Discipline sévère, inégale et/ou relâchée : Une discipline inappropriée – pratiques parentales relâchées ou permissives (p. ex. le fait de ne pas imposer suffisamment de limites) et pratiques parentales inégales et/ou sévères (y compris les punitions corporelles) – a été désignée comme un facteur de risque de délinquance (p. ex. Haapasalo et Pokela, 1999; Hawkins, Herrenkohl et coll., 1998; Loeber et coll., 1998; Patterson et coll., 1989). Derzon (2010) a mentionné que la discipline (qui comprend une discipline égale pas opposition à une discipline inégale, une discipline paternelle punitive, la fréquence des gifles ou de la fessée) était un indice à la fois du comportement criminel et du comportement violent.

Certains auteurs ont étudié les différents styles de comportement parental et ont constaté que l'éducation autoritaire était l'un des facteurs de risque les plus importants d'infraction avec violence (Farrington, 1991; 1994), bien que la taille de l'effet varie d'une étude à l'autre (Loeber et Stouthamer-Loeber, 1986). On entend par éducation autoritaire des méthodes de discipline coercitives, fermes et restrictives, comme les punitions dures et le retrait de l'affection (Baumrind, 1971); cette définition peut empiéter sur le faible soutien parental et le degré élevé d'autorité et de supervision parentales.

Faible soutien parental : Il s'agit d'une des dimensions clés utilisées pour évaluer la qualité des comportements en matière d'éducation des enfants est le soutien parental - soutien affectif, faible empathie de la part des parents, acceptation-rejet et réceptivité (Hoeve et coll., 2009). Ce facteur consiste en des comportements parentaux qui font en sorte que l'enfant se sent accepté, à l'aise et approuvé (Rollins et Thomas, 1979). Certains ont avancé que le soutien parental fait partie d'un continuum unidimensionnel (p. ex. Ten Haaf, Janssens et Gerris, 1994) et peut être défini par un éventail d'aspects comportementaux du soutien, comme l'acceptation, les soins attentifs, l'affection, l'hostilité et le rejet. Par exemple, une méta-analyse englobant 22 études et portant sur le faible soutien parental a révélé qu'il s'agissait d'un facteur prédicteur du comportement criminel (Derzon, 2010). Ce facteur de risque a été appelé affection et relation et comprenait ce qui suit : l'acceptation ou le rejet de la part du parent, l'identification de l'enfant au parent, le fait d'être proche des parents, les conflits dans la relation avec le père, le peu ou l'absence d'affection démontrée par la mère envers l'enfant, les nombreux conflits entre les parents et l'enfant et le rejet de l'enfant par le père. Par exemple, Rothbaum et Weisz (1994) ont constaté qu'il y a un lien entre le renforcement obtenu des parents et leur réceptivité et le comportement antisocial chez les enfants. En outre, l'existence d'attitudes parentales cruelles, passives ou négligentes, une discipline inégale ou dure ou un manque de supervision mesurés à l'âge de huit ans doublait plus ou moins le risque de délinquance juvénile (West et Farrington, 1973). Enfin, la dépression chez la mère minerait l'efficacité du comportement parental (Kim-Cohen, Moffitt, Taylor, Pawlby et Caspi, 2005) et l'auto-efficacité parentale (Weaver, Shaw, Dishion et Wilson, 2008), ce qui entraîne un risque accru de comportement antisocial chez les enfants. Dans l'ensemble, le soutien des parents est lié négativement à la délinquance et à la récidive (Barnes et Farrell, 1992; Juang et Silbereisen, 1999; Scholte, 1999; Wong et coll., 2010).

Des différences entre les sexes ont été constatées dans nombre d'études, quoique de façon inégale. Par exemple, alors que les soins attentifs de la part des parents ont été négativement corrélés avec la délinquance chez les hommes, mais pas chez les femmes (Latimer et coll., 2003), le manque d'attachement au sein de la famille a été plus fortement lié à la délinquance chez les femmes que chez les hommes (Heimer et DeCoster, 1999). Il semblerait cependant que le lien entre le soutien parental et la délinquance pourrait être plus prononcé dans les paires parent-enfant de même sexe. Une analyse longitudinale du soutien parental a révélé que la délinquance chez les femmes était liée au manque de soutien maternel, mais pas au manque de soutien paternel. Dans le même ordre d'idées, la délinquance chez les hommes n'était pas associée à un manque de soutien maternel (Landsheer et Van Dijkum, 2005). Dans ce qui est peut-être l'étude la plus complète sur la délinquance et le soutien et le contrôle parentaux, Hoeve et ses collègues (2009) ont constaté que le soutien parental était fortement lié au comportement de délinquant chez les hommes comme chez les femmes. Quand on prend en considération l'influence du sexe, le lien entre le manque de soutien parental et le comportement délinquant était à son plus fort entre les mères et les filles et entre les pères et les fils. De plus, le comportement de soutien de la part du père était plus fortement lié à la délinquance que les comportements de soutien de la part de la mère.

Attachement : En comparaison, il y a eu moins de recherches sur l'association entre l'attachement et la délinquance, mais les résultats semblent tout de même indiquer que l'attachement parental pourrait être un facteur de protection (Cernkovich et Giordano, 1987; Sampson et Laub, 1994). Par exemple, l'attachement entre la mère et son enfant a été associé à une diminution du risque de délinquance, particulièrement chez les hommes (Cota-Robles et Gamble, 2006). Toutefois, les définitions de l'attachement sont très diverses. De plus, si les parents sont antisociaux, l'attachement parental peut en fait empirer la délinquance (Hawkins, Herrenkohl et coll., 1998).

3.2.5 Mauvais traitements pendant l'enfance

Les mauvais traitements pendant l'enfance ont été intégrés à l'étiologie de la délinquance, c'est-à-dire qu'il a été observé que des antécédents de négligence sur le plan affectif et physique, ou de violence physique, sexuelle ou psychologique faisaient augmenter les probabilités de comportement antisocial et délinquant (Bender, 2010; Bergen, Martin, Richardson, Allison et Roeger, 2004; Chang, Chen et Brownson, 2003; Crooks, Scott, Wolfe, Chiodo et Killip, 2007; Malinosky-Rummell et Hansen, 1993; Ryan et Testa, 2004; Scudder, Blount, Heide, Silverman, 1993; Stewart, Dennison et Waterson, 2002; Swanston, Parkinson, O'Toole, Plunkett, Shrimpton et Oates, 2003; Verrecchia, Fetzer, Lemmon et Austin, 2010; Zingraff, Leiter, Myers et Johnsen, 1993). Cet effet a été invariablement documenté dans les méta-analyses, et des tailles d'effet plus grandes ont été observées pour le comportement non violent par rapport au comportement violent (p. ex. tailles d'effet de 21 et 0,10, respectivement) (Derzon, 2010). Les jeunes pourraient être exposés à un risque accru de délinquance quand ils sont victimes de multiples formes de mauvais traitements (Cuevas, Finkelhor, Ormrod et Turner, 2009; Ford, Elhai, Connor et Frueh, 2010).

En ce qui concerne l'âge de l'enfant au moment du mauvais traitement, de plus en plus de données probantes laissent croire que l'apparition tardive des mauvais traitements pourrait constituer un facteur de risque de délinquance particulièrement nuisible. En étudiant la durée et la fréquence des mauvais traitements, Thornberry, Ireland et Smith (2001) ont constaté qu'ils avaient une incidence sur les résultats comme la délinquance et la violence chez les jeunes ayant été victimes de mauvais traitements à répétition pendant l'enfance et l'adolescence, ou pendant l'adolescence seulement, mais pas chez les jeunes victimes de mauvais traitements pendant l'enfance seulement. On a observé que les mauvais traitements reçus pendant l'adolescence augmentaient les risques de délinquance au début de l'âge adulte, même si on tient compte des effets liés aux aspects démographiques, à la famille et à d'autres facteurs de risque (Smith, Ireland et Thornberry, 2005). En fait, des mauvais traitements qui commencent pendant l'adolescence représentent l'un des éléments contribuant le plus à l'incarcération juvénile (Jonson-Reid et Barth, 2000).

Les différences entre les sexes semblent indiquer que les mauvais traitements infligés à un enfant pourraient avoir une plus grande d'influence négative sur les filles que sur les garçons pour ce qui est de la délinquance (p. ex. Hubbard et Pratt, 2002; Rivera et Widom, 1990). Toutes les recherches menées sur les femmes incarcérées et les filles délinquantes révèlent qu'elles ont vécu davantage de violence et de négligence, pendant de plus longues périodes, que les femmes et les filles non délinquantes (Moffitt, Caspi, Rutter et Silva, 2001) et les échantillons d'hommes délinquants ou incarcérés (McClellan, Farabee et Crouch, 1997; Miller, Trapani, Fejes-Mendoza, Eggleston et Dwiggins, 1995). En outre, une étude canadienne effectuée par Latimer et ses collègues (2003) révèle que le fait d'être une victime (être menacé ou attaqué physiquement) occupait le troisième rang pour l'importance de la variation relative à la délinquance générale chez plus de 30 000 jeunes. Toutefois, des analyses portant plus précisément sur le sexe ont révélé que cette variable était significative seulement pour les femmes. Les parents qui menacent de frapper ou qui frappent les enfants étaient également une variable propre aux femmes. Une comparaison qualitative des mauvais traitements et de la délinquance a indiqué que selon plus de la moitié des femmes, le fait d'avoir été une victime avait eu une influence sur leur délinquance, tandis que deux cinquièmes des hommes croyaient que les mauvais traitements qu'ils avaient subis avaient mené à des problèmes de délinquance (Belknap et Holsinger, 2006).

La négligence physique pourrait être la forme la plus criminogène des mauvais traitements infligés aux enfants. La plupart des études portant sur l'incidence relative des sous-types de mauvais traitements pendant l'enfance mettent en évidence le fait que la négligence produit les effets les plus importants sur la délinquance et l'incarcération (p. ex. Jonson-Reid et Barth, 2000; Smith, Ireland et Thornberry, 2005; Verrecchia et coll., 2010). Cette association avec le comportement criminel pourrait s'expliquer en partie par le manque de supervision parentale, car les enfants victimes de négligence sont moins susceptibles de faire l'objet d'une supervision et d'une surveillance parentale adéquates que les enfants qui ne sont pas négligés (p. ex. Lemmon, 1999).

3.2.6 Grande fratrie

Selon certaines études, le fait de provenir d'une famille de quatre enfants et plus augmentait le risque de délinquance (Derzon, 2010; Farrington et Loeber, 1999; Newson, Newson et Adams, 1993; Wasserman et Seracini, 2001). Dans une étude, le pourcentage de garçons délinquants faisant partie de la National Survey of Health and Development menée en Angleterre passe de 24 %, quand les familles comptent au moins quatre enfants, à 9 %, pour les familles comptant un seul enfant (Wadsworth, 1979). Farrington (1979, 1992b) a également constaté que les grandes fratries était un prédicteur de condamnations, tant pour les jeunes que pour les adultes. Après avoir analysé l'influence que pourraient avoir divers autres facteurs de risque, comme le manque de supervision, la séparation des parents et des enfants, la criminalité chez les parents et la privation socioéconomique, Brownfield et Sorenson (1994) ont conclu que l'association la plus plausible entre une grande fratrie et la délinquance était la présence de frères ou de sœurs délinquants.

3.2.7 Statut socioéconomique (SSE) peu élevé

« Il est évident qu'un nombre disproportionné d'enfants antisociaux sont issus de familles de SSE peu élevé » (Farrington, 2009, p. 701). L'une des variables les plus étudiées dans la relation entre les facteurs de risque familiaux et le comportement criminel est le SSE familial. Derzon (2010) a analysé le lien entre le SSE et le comportement criminel après avoir vu cette relation signalée 533 fois dans 46 échantillons indépendants. Au total, 133 525 personnes ont contribué à une taille d'effet globale de 0,17. Même si une poignée d'études arrivent à la conclusion qu'il n'y a pas de lien entre une situation économiquement défavorable et la délinquance (White et coll., 2001; Wilkström et Loeber, 2000), le fait d'être issu d'une famille de SSE peu élevé est considéré comme un facteur de risque de délinquance (Hay et coll., 2006; Kierkus et Hewitt, 2009; Latimer et coll., 2003; Lipsey et Derzon, 1998; Parker et Morton, 2009; Raine et coll., 2005). Des différences entre les sexes ont été constatées en ce qui a trait à cette relation; le SSE familial semble être lié davantage à la délinquance chez les femmes (Farrington et Painter, 2004; Latimer et coll., 2003). Selon les différentes études, le SSE familial peut faire référence au revenu familial, au type d'habitation, à l'éducation des parents ou au prestige lié à la profession. Toutefois, Farrington (1992a; 1992b; 2009) a déterminé que le faible revenu familial et les mauvaises conditions d'habitation constituaient d'excellents indices de mesures pour prédire la délinquance des jeunes et des adultes.

Même si le SSE familial est habituellement mesuré dans le cas de jeunes, la privation socioéconomique du délinquant devenu adulte peut par la suite être liée à son comportement criminel (Farrington, 2009). Par exemple, Farrington (1986b) a constaté que l'instabilité en matière d'emploi à l'âge de 18 ans était l'indice indépendant le plus important des condamnations entre l'âge de 21 et de 25 ans. Cela pourrait également contribuer à des résultats non significatifs pour ce qui est de la délinquance dans des échantillons de jeunes en fin d'adolescence et au début de l'âge adulte dont on a mesuré le SSE familial plutôt que le SSE personnel (p. ex. Fergusson, Swain-Campbell et Horwood, 2004). De même, certains ont affirmé qu'un SSE inférieur a davantage de répercussions sur le maintien – plutôt que sur l'apparition – de la délinquance en raison du fait que les personnes vivant dans la pauvreté ont moins d'occasions de réussir des transitions prosociales à l'âge adulte (Elliot, 1994).

3.3 Domaine des pairs

Lorsque les jeunes passent de l'adolescence au début de l'âge adulte, à l'influence de leurs parents et de leur famille s'ajoute l'influence de leurs pairs et de leur groupe d'amis (certains diraient que l'influence des parents est supplantée) (DiLalla, Bell et Long, 2009; Ingram et coll., 2007). Les principaux facteurs appartenant au domaine des pairs sont : (1) la fréquentation de personnes antisociales/délinquantes; (2) l'appartenance à un gang; et (3) l'exclusion par les pairs (Herrenkohl, Guo, Kosterman, Hawkins, Catalano et Smith, 2001; Shader, 2003; Thornberry et Krohn, 2003; Public Health Service des États-Unis, 2001; van Lier et Koot, 2008). La délinquance au sein de la fratrie a également été intégrée à cette catégorie par de nombreux chercheurs (p. ex. Loeber et Farrington, 2000), comme il a été indiqué dans la section précédente sur le domaine de la famille.

3.3.1 Fréquentations de personnes antisociales/délinquantes

La fréquentation de personnes antisociales a été définie comme un facteur de risque important de délinquance (Andrews et Bonta, 1998; Bender, 2010; Fagan et coll., 2007; Loeber et Farrington, 1998; Maguin et coll., 1995; McCord et coll., 2001; Piquero, Gover, MacDonald et Piquero, 2005; Scholte, 1999). Inversement, passer du temps avec des pairs qui désapprouvent les comportements antisociaux peut être un facteur de protection contre la délinquance ultérieure et à l'âge adulte (Elliot, 1994). La fréquentation de personnes antisociales consiste à avoir des amis proches qui ont des comportements antisociaux, comme voler ou se battre (Fagan et coll., 2007). Le comportement délinquant au sein des groupes antisociaux peut être une façon de tenter de gagner le respect, d'acquérir de la popularité ou d'éviter le ridicule (Ness, 2004; Warr, 2002). Le processus par lequel les groupes d'amis antisociaux renforcent le comportement délinquant est appelé formation à la déviance (Dishion et Piehler, 2007). La formation à la déviance a été observée dans une étude intéressante effectuée par Tom Dishion et ses collègues (Dishion, Spracklen, Andrews et Patterson, 1996). Dans cette étude, 186 paires de garçons (un jeune à haut risque, accompagné d'un ami) amenés dans un laboratoire de recherche devaient, ensemble, mener à bien diverses tâches de résolution de problèmes. Leurs échanges ont été enregistrés par les chercheurs, puis codifiés. Les chercheurs ont pu ainsi évaluer les discussions conformes et celles qui visaient à enfreindre les règlements pendant la tâche. Les réactions des garçons pendant les échanges et les discussions recevaient un code positif (c.-à-d. caractérisées par le rire) ou négatif (c.-à-d. caractérisées par des pauses dans la conversation). Enfin, le comportement criminel des garçons a été suivi pendant deux ans ou plus, par des auto-évaluations et des rapports de police. Les résultats indiquaient que les paires de garçons qui ont eu par la suite un casier judiciaire (c.-à-d. que les deux garçons avaient été arrêtés) avaient passé davantage de temps à discuter de sujets déviants et moins de temps à parler de sujets conformes que les paires où aucun des garçons observé n'avait été arrêté, ou qu'un seul l'avait été. Dans les paires où les deux garçons ont été arrêtés, on avait également davantage d'approbation pour les sujets déviants (par le rire). Dishion et ses collègues (1996) ont conclu que les types d'échanges sociaux qui favorisent les discussions visant à enfreindre les règles observés pendant leur étude (c.-à-d. approuver et accepter les valeurs et les attitudes antisociales) sont des indices de la formation à la déviance qui se produit dans les groupes de délinquants dans la rue.

Les effets de la fréquentation de personnes délinquantes peuvent être particulièrement marqués pour les personnes âgées de 12 à 17 ans (Lipsey et Derzon, 1998). Il se pourrait que les amis délinquants aient moins d'influence au début du développement, soit pendant l'enfance (Hawkins et coll., 2000; Moffitt, 1993). Fleming et ses collègues (Fleming, Catalano, Haggerty et Abbott, 2010) donnent un exemple de résultats disparates selon l'âge au moment de la fréquentation de personnes délinquantes. Dans cette étude longitudinale portant sur 1 040 élèves inscrits dans des écoles publiques, le fait d'avoir des amis délinquants (défini par la participation des pairs à des bagarres, la consommation d'alcool et un ensemble de comportements négatifs) en 5e année n'était pas associé au fait de commettre un crime avant l'âge de 19 ans. Par contre, la fréquentation de personnes délinquantes de la 9e à la 12e année était liée de façon significative au crime, dans la direction attendue. Chez les adolescents, un examen de la documentation sur les facteurs de risque (Hawkins, Herrenkohl et coll., 1998) a permis de déterminer que le comportement antisocial des pairs était le prédicteur le plus important de violence avant l'âge de 14 ans. De même, la fréquentation de personnes délinquantes occupait le deuxième rang pour l'importance de la variation concernant la délinquance en général dans un échantillon de plus de 4 000 adolescents âgés de 12 à 15 ans (Latimer et coll., 2003). Les infractions sexuelles seraient une exception, car les délinquants sexuels adolescents semblent avoir significativement moins de pairs délinquants que les délinquants non sexuels (Seto et Lalumière, 2010).

Pour ce qui est des différences entre les sexes, comme c'est le cas avec nombre d'études sur le comportement criminel, davantage de recherches sur le lien entre les fréquentations de personnes antisociales et la délinquance ont été menées auprès des hommes qu'auprès des femmes. Alors que les résultats pour les jeunes hommes indiquent qu'il y a une relation positive constante entre les pairs antisociaux et la délinquance, les études qui incluent les jeunes femmes n'ont pas produit de résultats si clairs. Dans certains cas, les résultats donnaient à penser que les pairs antisociaux avaient un effet semblable, peu importe le sexe (Fergusson, Swain-Campbell et Horwood, 2002; Wong et coll., 2010); selon d'autres études, il y aurait une plus grande influence des pairs antisociaux sur la délinquance des hommes (p. ex. Fagan et coll., 2007).

3.3.2 Appartenance à un gang

Même si l'appartenance à un gang peut recouper de façon importante la fréquentation de personnes délinquantes, selon certaines recherches l'appartenance à un gang augmente la délinquance au-delà du risque lié à la fréquentation de personnes délinquantes qui n'appartiennent pas à un gang (Battin, Hill, Abbott, Catalano et Hawkins, 1998; Thornberry, 1998). D'autres études ont révélé que l'appartenance à un gang contribuait au risque de délinquance en général (Dishion, Véronneau et Myers, 2010; Shader, 2003). Dans une étude longitudinale portant sur la violence, l'appartenance à un gang à l'âge de 14 à 16 ans se révélait être un prédicteur de violence à l'âge de 18 ans à la fois chez les jeunes hommes et les jeunes femmes (Manguin et coll., 1995). Une étude ultérieure fondée sur le même ensemble de données du SSDP est arrivée à la même conclusion; elle a aussi déterminé que l'appartenance à un gang à l'âge de 16 ans faisait plus que tripler les risques de violence ultérieure et que l'appartenance à un gang à l'âge de 14 ans quadruplait les risques (Herrenkohl et coll., 2000). Aucune étude décrivant les possibles effets, selon le sexe, de l'appartenance à un gang sur la délinquance ni de l'appartenance à un gang avant l'âge de 12 ans n'a pu être trouvée.

3.3.3 Exclusion par les pairs

L'exclusion par les pairs est un processus au cours duquel l'enfant est activement rejeté par ses pairs. Ce processus est différent du repli sur soi, qui est habituellement plus passif et asocial plutôt qu'antisocial. Alors que le repli sur soi est associé à la timidité et à des sentiments ultérieurs (qui dureront peut-être pour la vie) de solitude, l'exclusion par les pairs est plutôt associée à une multitude de problèmes d'adaptation, y compris les problèmes de santé mentale et la délinquance (van Lier et Koot, 2008). On estime que de 5 à 10 % des enfants vivent une exclusion chronique par les pairs (Boivin et Vitaro, 1995). L'exclusion par les pairs n'est pas nécessairement associée au fait d'être la victime des pairs, qui est définie ici comme le fait d'être intimidé (explicitement par l'agression physique ou implicitement par l'agression relationnelle) par ses pairs. La progression de l'exclusion par les pairs à la délinquance semble liée au comportement agressif précoce qui amène l'enfant à emprunter un long cheminement caractérisé par des expériences relationnelles supposant de nouvelles exclusions par les pairs, le fait d'être une victime et un comportement agressif d'un degré élevé et constant. En soi, l'exclusion par les pairs ne cause pas l'agressivité : c'est plutôt l'agressivité qui cause l'exclusion par les pairs et cette exclusion maintient le comportement agressif. Autrement dit, l'agressivité précoce est un facteur de risque d'une exclusion future par les pairs, qui devient alors un facteur de risque de comportement délinquant ultérieur. Il semblerait que les liens de causalité entre l'exclusion par les pairs et la délinquance sont les suivants : (a) traitement déformé de l'information sociale et erreurs d'attribution hostile et (b) impossibilité d'adopter un comportement prosocial et de « désapprendre » le comportement social agressif (van Lier et Koot, 2008). Soulignons que l'exclusion par les pairs peut également être corrélée à d'autres facteurs de risque individuels, scolaires ou environnementaux, comme l'impulsivité, l'hyperactivité avec déficit d'attention, les problèmes d'apprentissage, les mauvais résultats scolaires et un SSE peu élevé. Enfin, selon certaines données probantes, plus les enfants sont jeunes plus ils plus sensibles aux effets négatifs de l'exclusion par les pairs.

3.4 Domaine de l'école

À l'école, les facteurs de risque qui suivent se sont révélés être associés au comportement antisocial des délinquants : (1) les piètres résultats scolaires; (2) le manque d'assiduité scolaire (c.-à-d. la suspension, l'expulsion, l'absentéisme et le décrochage) et (3) le faible lien d'attachement avec l'école (p. ex. Loeber et coll., 2008; Loeber, Slot et Stouthamer-Loeber, 2008; Valois, MacDonald, Bretous et Fischer, 2002).

3.4.1 Rendement scolaire médiocre

Le rendement scolaire médiocre (ou mauvais résultats scolaires) est lié à la délinquance et aux condamnations criminelles (Blum, Ireland et Blum, 2003; Chang et coll., 2003; Crosnoe, Erickson et Dornbusch, 2002; Fagan et coll., 2007; Herrenkohl et coll., 2000; Herrenkohl et coll., 2001; Resnick, Ireland et Borowsky, 2004; Zingraff, Leiter, Johnsen et Myers, 1994). Même si les effets sont minces, un rendement scolaire médiocre a constamment permis de prévoir des comportements délinquants ultérieurs (p. ex. Denno, 1990; Farrington, 1989; Maguin et Loeber, 1996; McCord et coll., 2001; Public Health Service des États-Unis, 2001). Ce facteur de risque semble commencer à avoir un effet plus intense au début de l'adolescence (Hawkins et coll., 2000). Par exemple, Herrenkohl et ses collègues (2000) ont constaté que de faibles résultats scolaires, mesurés à 10, 14 et 16 ans, constituaient un facteur de risque significatif de comportements violents à l'âge de 18 ans et que le risque de devenir violent augmentait avec l'âge (le RRA est respectivement de 0,65, 2,5 et 2,7). En soi, l'échec scolaire a été décrit comme un facteur de risque de comportements délinquants pouvant davantage s'appliquer aux personnes âgées de 12 ans et plus (Latimer et coll., 2003; Maguin et coll., 1995; Shader, 2003). Les résultats scolaires sont habituellement mesurés à partir des résultats que les jeunes disent avoir obtenus ou des résultats déclarés par les professeurs dans divers domaines, comme la lecture, les langues et les mathématiques (p. ex. Fleming et coll., 2010; Herrenkohl et coll., 2007).

Parallèlement, la relation entre le rendement scolaire et le comportement antisocial et délinquant pourrait démentir une chaîne causale complexe allant des facteurs de risque distaux aux facteurs de risque plus proximaux. Par exemple, McGee et ses collègues (2011, p. 4) ont noté que la relation entre un rendement scolaire médiocre pendant l'adolescence et le comportement délinquant « pourrait être le résultat de difficultés cumulées, liées à un comportement agressif au début de l'enfance ».

Dans un examen portant sur les effets des facteurs liés à la famille, à l'école et au tempérament pendant la préadolescence sur la délinquance à l'adolescence, les résultats scolaires se sont avérés à la fois un facteur de protection et un facteur de risque de comportements délinquants graves. Les faibles résultats étaient négativement associés à l'appartenance à un groupe non délinquant (van der Laan et coll., 2010). En analysant les données du SSDP, Kosterman et ses collègues (2001) ont constaté que les résultats scolaires précoces, mesurés à 10 ans, sont les meilleurs prédicteurs de violence persistante à l'âge adulte, tout comme le fait d'être de sexe masculin et les influences antisociales (également mesurés à l'âge de 10 ans). Concrètement, ce facteur était défini comme la moyenne en lecture, en mathématiques et en langue du California Achievement Test. Il a également été observé que la violence augmente lorsque les difficultés d'apprentissage sont plus importantes (Blum et coll., 2003). Pour ce qui est des différences entre les sexes, le rendement scolaire médiocre pourrait être un facteur de risque plus important pour les femmes, mais les résultats sont partagés (p. ex. Hawkins et coll., 2000; Wong et coll., 2010). L'ELNEJ a révélé une corrélation unique entre le fait d'avoir redoublé et la délinquance chez les femmes, le deuxième prédicteur en importance, après le comportement négatif à l'école (Latimer et coll., 2003).

3.4.2 Manque d'assiduité scolaire

La recherche soutient habituellement l'hypothèse selon laquelle le manque d'assiduité scolaire (c.-à-d. la suspension, l'expulsion, l'absentéisme et le décrochage) est un facteur de risque de délinquance (Chang et coll., 2003; Hawkins et coll., 2000; Lederman, Dakof, Larrea et Li, 2004; Lipsey et Derzon, 1998; McCord et coll., 2001; Zhang, Katsiyannis, Barrett et Willson, 2007). Habituellement, dans le cadre des recherches à ce sujet, on mesure la fréquence des suspensions, des expulsions et de l'absentéisme et/ou l'incapacité de terminer le secondaire. Au cycle III de l'ELNEJ, l'absentéisme et la suspension, autodéclarés pour les 12 mois qui ont précédé le moment où le questionnaire a été donné à remplir, comptaient pour la plus grande variation dans la délinquance générale chez les 12 à 15 ans. De même, cette variable représentait la variation la plus importante en matière de trafic de drogues, de délinquance avec violence et de régression chez les hommes et les femmes pour ce qui est de la délinquance générale (Latimer et coll., 2003).

De plus, l'absentéisme expose les jeunes au risque de délinquance à l'âge adulte (p. ex. McCluskey, Bynum et Patchin, 2004). Farrington (1989) a constaté qu'un taux élevé d'absentéisme entre l'âge de 12 et 14 ans était prédicteur d'un comportement violent pendant l'adolescence. Le décrochage scolaire avant l'âge de 15 ans était également associé à un taux accru de délinquance plus les jeunes avancent en âge. Les jeunes placés en famille d'accueil sont exposés à un plus grand risque de délinquance s'ils sont suspendus de l'école (Ryan, Testa et Zhai, 2008) et sont plus susceptibles d'avoir une trajectoire de délinquance chronique s'ils ne sont pas inscrits à l'école que les jeunes placés en famille d'accueil qui sont inscrits à l'école (Ryan, Hernandez et Herz, 2007). Il faut faire preuve de prudence lorsque l'on tire des conclusions sur l'effet indépendant du manque d'assiduité scolaire sur la délinquance puisqu'il pourrait être lié à d'autres facteurs prédicteurs de comportement antisocial, comme les conflits dans la famille, un SSE peu élevé et le lien d'attachement avec l'école (p. ex. Hawkins et coll., 2000).

3.4.3 Faible lien d'attachement avec l'école

Un faible lien d'attachement avec l'école (aussi appelé engagement envers l'école) est considéré comme un facteur de risque de délinquance chez les hommes et les femmes (Catalano et Hawkins, 1996; Frey, Ruchkin, Martin et Schwab-Stone, 2009; Kosterman et coll., 2001; Williams, 1994; Zingraff et coll., 1994). Ce facteur correspond à un amalgame d'éléments qui comprennent : les aspirations scolaires, une attitude positive envers l'école, les professeurs, les classes et les résultats scolaires, l'effort fourni et l'intérêt pour l'école, et/ou l'achèvement des travaux et des devoirs (p. ex. Fleming et coll., 2010; Kosterman et coll., 2001).

Le Raising Healthy Children Project a suivi 1 040 enfants en première et en deuxième année jusqu'en douzième année au moyen de rapports fournis par la famille et les professeurs et d'auto-évaluations. Fleming et ses collègues (2010) ont constaté que des degrés plus faibles de lien d'attachement avec l'école entre la cinquième et la huitième année et entre la neuvième et la douzième année étaient liés à un plus grand risque de comportement criminel à l'âge de 19 ans. Un niveau peu élevé d'aspirations scolaires, mesuré à 14 et à 16 ans (mais pas à 10 ans), semble accroître le risque d'adopter un comportement violent à l'âge de 18 ans (Herrenkohl et coll., 2000; Maguin et coll., 1995).

Des résultats similaires ont été consignés pour le faible engagement envers l'école, qui faisait grimper la possibilité de délinquance violente ou grave à l'âge de 18 ans de 1,9 et 1,8 (engagement mesuré à 14 et à 16 ans respectivement) (Herrenkohl et coll., 2000). De plus, des liens solides avec l'école peuvent empêcher les jeunes de poursuivre dans la voie de la délinquance. La formation ultérieure de liens d'attachement après l'apparition de la délinquance semble aider à faire disparaître certains comportements criminels à la fin de l'adolescence (Chung et coll., 2002). Une différence entre les sexes a été constatée : le lien entre la délinquance et l'attachement à l'école pourrait être plus important pour les femmes que pour les hommes (Latimer et coll., 2003; Hart, O'Toole, Price-Sharps et Shaffer, 2007), mais aucune différence n'a été constatée entre les hommes et les femmes en ce qui a trait à la relation entre les facteurs scolaires et la délinquance si l'on prend en compte les études européennes seulement (Wong et coll., 2010).

Le chevauchement des construits est particulièrement évident pour ce facteur de risque, puisque plusieurs auteurs ont mesuré le faible lien d'attachement avec l'école en y incluant les éléments liés au redoublement d'une année, le retrait précoce de l'école et le fait de manquer des cours (Herrenkohl et coll., 2007; McCord et coll., 2001; Thornberry, Lizotte, Krohn, Farnworth et Jang, 1991). Shader (2003) et Hawkins et ses collègues (2000) ont constaté que l'attitude envers l'école et les résultats à l'école étaient un facteur de risque de délinquance chez les jeunes âgés de 6 à 11 ans et de 12 à 14 ans.

3.5 Domaine de la collectivité/du quartier

Dans le domaine de la collectivité/du quartier, deux facteurs semblent influer sur le comportement antisocial et délinquant : un quartier défavorisé d'une part et la sécurité/la violence dans la collectivité d'autre part (p. ex. DeCoster, Heimer et Wittrock, 2006; Ingoldsby et Shaw, 2002; Lynam, Caspi, Moffitt, Wilkström, Loeber et Novack, 2000; Sampson, Raudenbush et Earls, 1997). Toutefois, malgré un examen de la documentation, il semble encore difficile d'établir les effets directs, indirects et modérés des variables liées à la collectivité sur le comportement délinquant (Farrington, 2009; Rosario, Salzinger, Feldman et Ng-Mak, 2003). Un grand nombre des conclusions présentées dans la littérature étaient de nature corrélationnelle (Ingoldsby et Shaw, 2002), et il faudrait effectuer des analyses plus détaillées pour cerner et tester de possibles enchaînements de causalité, particulièrement dans un cadre axé sur le développement. Certains chercheurs sont d'avis que les domaines dans lesquels les recherches pourraient être poussées seraient l'examen des variables des collectivités liées à l'ethnicité, au sexe, au comportement parental et la capacité de réagir des enfants (Ingoldsby et Shaw, 2002; Rosario et coll., 2003). En outre, il a été mentionné que les effets de la collectivité sur la délinquance de l'enfant seront faibles si on les compare à d'autres variables comme un mauvais comportement parental ou la violence dont l'enfant est témoin à la maison ou à l'école, en raison de sa relation moins étroite avec l'enfant. Cette théorie est conforme au modèle écologique de Bronfenbrenner (Mrug et Windle, 2010). Cependant, cette affirmation n'a pas toujours été soutenue dans la documentation (McCabe, Lucchini, Hough, Yeh et Hazen, 2005).

3.5.1 Quartier défavorisé

On croit que la collectivité dans laquelle les jeunes et les jeunes adultes vivent a une influence sur le comportement criminel (p. ex. Bursik et Grasmick, 1993; Loeber et Farrington, 2000; McCord et coll., 2001; Osgood et Chambers, 2000; Thornberry et coll., 1995; van der Merwe et Dawes, 2007). Plus particulièrement, le fait de vivre dans un quartier défavorisé a peu d'effet sur la délinquance pour les jeunes âgés de plus de 11 ans (taille d'effet de 0,17) (Public Health Service des États-Unis, 2001). Par exemple, DeCoster et ses collègues (2006) ont constaté que le fait de vivre dans des quartiers défavorisés avait pour effet d'augmenter la probabilité de violence juvénile de la septième à la douzième année. De même, les écarts entre les jeunes adultes afro-américains et blancs (18 à 25 ans) en matière de perpétration d'actes de violence s'expliquaient par les différences raciales sur le plan de l'exposition à des facteurs de risque, particulièrement le fait de vivre dans des quartiers défavorisés (Sampson, Morenoff et Raudenbush, 2005).

Le caractère défavorisé d'un quartier est un construit multidimensionnel, généralement défini par une combinaison des aspects suivants de la collectivité : (1) la proportion de la population dont le revenu est sous le seuil de la pauvreté; (2) le revenu médian des ménages; (3) le taux de chômage chez les adultes; (4) le taux de chômage chez les hommes; (5) la proportion de ménages dirigés par des femmes; (6) la composition raciale ou l'hétérogénéité culturelle; (7) la stabilité résidentielle; (8) la concentration d'immigrants; (9) la proportion de familles vivant de l'aide sociale et (10) le taux de décrochage scolaire dans le quartier (p. ex. Elliott, Wilson, Huizinga, Sampson, Elliott et Rankin, 1996; Morenoff, Sampson et Raudenbush, 2001; Peeples et Loeber, 1994; Piquero et Lawton, 2002; Sampson et coll., 1997). Soulignons que ces caractéristiques font référence à des éléments structuraux du quartier. Dernièrement, des chercheurs ont commencé à examiner l'influence d'éléments de processus social dans le quartier, comme l'efficacité collective, sur le comportement antisocial (Odgers, Moffitt, Tach, Sampson, Taylor, Matthews et Caspi, 2009; Sampson et coll., 1997). Enfin, il a également été constaté que le caractère défavorisé du quartier peut interagir avec l'impulsivité, en augmentant ses effets nuisibles. Autrement dit, comme il est noté à la section 2.4, la force d'un facteur de risque peut être augmentée par son interaction avec la variable d'un autre risque. Même si les conclusions sont quelque peu inégales (ce qui indique peut-être que d'autres variables de médiation et de modération jouent un rôle), des études ont révélé que les enfants impulsifs grandissant dans une privation relative étaient susceptibles d'obtenir de moins bons résultats que les enfants impulsifs grandissant dans des quartiers relativement avantagés (Lynam et coll., 2000).

Même s'il a été régulièrement établi qu'un nombre disproportionné de délinquants vivent dans des quartiers défavorisés, il est difficile de déterminer dans quelle mesure le quartier, en soi, influe sur le comportement criminel (Farrington, 2009). De plus, les facteurs personnels, les caractéristiques des parents et les processus familiaux peuvent être des éléments beaucoup plus prédictifs du comportement antisocial que les caractéristiques du quartier (McGee et coll., 2011). Certains auteurs ont d'ailleurs avancé que les facteurs liés à la collectivité n'auraient qu'un effet indirect (p. ex. Gottfredson, McNeil et Gottfredson, 1991). Grâce à la modélisation par équation structurelle, une étude a prouvé que la vie dans un quartier défavorisé exerce un effet sur la délinquance en raison du dysfonctionnement familial et de la dépression chez la mère, qui conduisent à de mauvaises pratiques parentales et, plus tard, à de moins bons résultats pour l'enfant (Kohen, Leventhal, Dahinter et McIntosh, 2008). En outre, Tolan, Gorman-Smith et Henry (2003) ont constaté que la relation entre les caractéristiques de la collectivité et la violence ont tendance à être modifiées par les facteurs de risque de la famille et des pairs (pratiques parentales, appartenance à un gang et violence chez les pairs). De plus, une étude s'appuyant sur les données de recensement du Bureau of Statistics d'Australie, ainsi que sur les données longitudinales de l'étude sur la grossesse du Mater University, a révélé que le caractère défavorisé d'un quartier, mesuré à l'âge de 14 ans, n'était pas un indice significatif du comportement antisocial. Enfin, selon les données de la PYS, ce sont les caractéristiques du quartier qui pourraient avoir les répercussions les plus importantes sur la criminalité chez les jeunes présentant les plus importants facteurs de protection. Autrement dit, les garçons chez qui on a décelé le plus grand risque de délinquance étaient plus susceptibles de devenir des délinquants coupables d'infractions graves, quel que soit l'endroit où ils vivaient, alors que ceux qui avaient des résultats élevés de protection étaient plus susceptibles d'adopter un comportement délinquant quand ils vivaient dans un quartier défavorisé (Wilkström et Loeber, 2000).

3.5.2 Sécurité ou violence dans la collectivité

On a constaté qu'il y avait un lien entre la sécurité ou la violence dans la collectivité et le comportement antisocial et délinquant (p. ex. Mrug et Windle, 2010). Notamment, Zinzow, Ruggiero, Hanson, Smith, Saunders et Kilpatrick (2009) ont constaté que le fait d'être témoin à répétition de violence dans la collectivité (p. ex. de vols avec agression dans la rue, de menaces avec arme ou de volées de coups) augmentait le risque de délinquance chez les jeunes (RRA = 2,96) dans un échantillon de la population composée de 3 614 jeunes. En outre, Ingoldsby et Shaw (2002) sont d'avis que, au milieu de l'enfance, les enfants sont particulièrement vulnérables et que les facteurs liés à la sécurité dans la communauté peuvent avoir une influence négative sur le début de la délinquance.

3.6 Facteurs de risque pour les femmes

Nous concluons cette analyse des principaux facteurs de risque de comportement antisocial et délinquant avec des commentaires et des observations sur les facteurs de risque propres aux femmes.

3.6.1 Santé mentale

Lorsqu'il est question de comportement antisocial, les problèmes de santé mentale sont particulièrement pertinents pour les femmes. La recherche a montré de façon constante que les délinquantes sont plus souvent atteintes de psychopathologie que les délinquants de sexe masculin et que les femmes dans la population générale (Domalanta, Risser, Roberts et Risser, 2003; Golzari et coll., 2006; Loeber et Keenan, 1994). Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne la symptomatologie dépressive (Calhoun, 2001; Daigle, Cullen et Wright, 2007; Teplin, Abram, McClelland, Dulcan et Mericle, 2002). En outre, les études ont démontré que les femmes présentant un nombre élevé de symptômes dépressifs sont plus susceptibles de devenir des délinquantes (p. ex. Daigle et coll., 2007; Koons, Burrow, Morash et Bynum, 1997; Obeidallah et Earls, 1999). Les délinquantes sont également plus susceptibles d'être atteintes de symptomatologie d'intériorisation et d'idées suicidaires que les délinquants (p. ex. Aalsma et Lapsley, 2001; Miller et coll., 1995). McCabe, Lansing, Garland et Hough (2002) ont effectué des recherches en psychopathologie sur les différences entre les sexes auprès d'un échantillon de 625 délinquants qui avaient été jugés et dont l'âge moyen était de 16 ans. Les résultats obtenus révèlent que les femmes étaient significativement plus susceptibles que les hommes de répondre aux critères diagnostiques de trouble dépressif majeur du DSM-IV et que, de façon générale, les femmes présentaient des symptômes psychologiques plus graves pour tous les genres de troubles, comparativement aux hommes.

3.6.2 Relations intimes

La documentation sur la RFR accorde une certaine place aux relations amoureuses, et des études ont révélé qu'elles étaient un facteur de risque particulier aux femmes (p. ex. Agnew et Brezina, 1997; Cauffman, 2008; Haynie, 2003; Moffitt et coll., 2001). Notamment, le comportement délinquant autodéclaré par les femmes était lié à un degré élevé d'encouragement antisocial de la part de leur partenaire amoureux du moment (Cauffman, Farruggia et Goldweber, 2008). En outre, l'influence parentale sur la délinquance peut être réduite quand les adolescents vivent une relation intime (Meeus, Branje et Overbeek, 2004).

Chez les hommes adultes, le fait d'être marié est associé à un abandon du comportement criminel. Cette tendance est moins commune chez les femmes, et le fait d'être dans une relation amoureuse peut même renforcer les comportements antisociaux (Cauffman, 2008; Sampson, Laub et Wimer, 2006). Il est possible que les différences dans l'échantillonnage des partenaires en relation expliquent certains des écarts entre les délinquants hommes et femmes. Étant donné que la participation des hommes à des activités criminelles est plus importante, la probabilité qu'un ancien délinquant de sexe masculin marie une femme à caractère sociable sans passé criminel est bien plus grande que celle qu'une femme délinquante s'associe à un homme à caractère sociable (Sampson et Laub, 2005). Les femmes sont plus susceptibles de choisir des partenaires amoureux dans divers groupes que les hommes, selon les différentes expériences de délinquance et de vie, particulièrement lorsqu'elles retournent dans des quartiers où le taux de criminalité est élevé (Leverentz, 2006). Alors que, bien souvent, les hommes épousent une femme qui les aide à se conformer aux normes sociales (Warr, 1998), les femmes ayant un passé criminel ont souvent des relations avec d'anciens toxicomanes et d'anciens délinquants (Leverentz, 2006). En soi, les partenaires intimes des délinquantes pourraient ne pas fournir la stabilité et l'influence dont elles auraient besoin pour s'écarter de la criminalité.

4.0 Questions types pour mesurer les facteurs de risque

Nous avons puisé dans diverses sources pour trouver des éléments types pour chacun des facteurs de risque majeurs qui suivent. Ces sources comprennent des documents publiés et trois études longitudinales à large spectre, soit la PYS, la DYS et l'ELNEJ. En ce qui concerne cette dernière, le projet de prévention et de recherche de grande envergure, Partir d'un bon pas pour un avenir meilleur (Partir d'un bon pas), mené en Ontario, pourrait être utile au projet du CNPC. Plus particulièrement, l'Annexe C (p. 148-151) de la récente monographie de la SRCD de Ray DeV. Peters et ses collègues (Peters, Bradshaw, Petrunka, Nelson, Herry, Craig et coll., 2010) présentent une liste détaillée des variables mesurées et des sources qui ont été utilisées pour le projet Partir d'un bon pas. Nombre d'entre elles provenaient de l'ELNEJ. Toutefois, en raison du manque d'information précise quant aux éléments utilisés pour créer les différentes échelles de l'ELNEJ, ce document n'a pas été consulté pour choisir des éléments des échelles énumérées plus bas. Ces renseignements précis auraient sans doute pu être fournis par Ray Peters.

4.1 Aspect personnel

Facteur de risque :
Comportement antisocial (déclaration par l'enfant) (la version du parent est également disponible)
Échelle :
Self-report Antisocial Behavior Scale (SRA) [Échelle de comportement antisocial autodéclaré]
Source :
PYS (Directeur d'étude : Dr Rolf Loeber)
Groupe d'âge :
5 à 9 ans
Nombre d'éléments :
32 éléments
Ex. d'éléments :
Au cours des six derniers mois... avez-vous volontairement brisé ou endommagé quelque chose appartenant à vos parents ou à une autre personne de votre famille? Pris quelque chose dans un magasin sans le payer? Frappé, giflé ou poussé un autre enfant ou participé à une bagarre avec un enfant?
Facteur de risque :
Comportement antisocial (déclaration par l'enfant) (la version du parent est également disponible)
Échelle :
Self-report Delinquency Scale (SRD) [Échelle de délinquance autodéclarée]
Source :
PYS (Directeur d'étude : Dr Rolf Loeber)
Groupe d'âge :
10 à 17 ans
Nombre d'éléments :
32 éléments
Ex. d'éléments :
Au cours des six derniers mois… avez-vous manqué des cours ou l'école sans avoir une bonne raison? Transporté une arme cachée? Frappé une personne en ayant l'intention de lui faire mal?
Facteur de risque :
Comportement antisocial (déclaration par l'enfant) (autre échelle)
Source :
ELNEJ, Cycle 8, Questionnaires du jeune (2008-2009), livre 2. Accessible à l'adresse http://www.statcan.gc.ca/imdb-bmdi/instrument/4450_Q3_V7-fra.pdf
Groupe d'âge :
12 à17 ans
Nombre d'éléments :
Éléments choisis, tirés de l'ELNEJ
Ex. d'éléments :
Je vole des choses à la maison; je me bats souvent; je fais du vandalisme.
Facteur de risque :
Toxicomanie (déclaration par l'enfant)
Source :
Centre de toxicomanie et de santé mentale (2009). Sondage sur la consommation de drogues et la santé des élèves de l'Ontario (SCDSEO). La version la plus récente du sondage est accessible en ligne à l'adresse http://www.camh.net/research/osdus.html (en anglais seulement).
Groupe d'âge :
12 à 18 ans
Nombre d'éléments :
Éléments choisis, tirés du SCDSEO
Ex. d'éléments :
Au cours des 12 derniers mois, à quelle fréquence avez-vous fait usage de... cannabis? Cocaïne sous forme de crack? MDMA ou ecstasy?
Facteur de risque :
Attitudes antisociales (déclaration par l'enfant) (d'autres échelles liées à ce construit, y compris des échelles portant sur l'attitude des parents envers les comportements antisociaux de l'enfant, sont accessibles dans le PYS et le DYS; directeur d'étude : David Huizinga)
Échelle :
Attitudes Toward Delinquent Behavior [attitudes envers le comportement délinquant]
Source :
PYS (Directeur d'étude : Dr Rolf Loeber)
Groupe d'âge :
5 à 9 ans
Nombre d'éléments :
12 éléments
Ex. d'éléments :
À quel point cela est-il mal pour une personne de ton âge … de manquer l'école sans avoir de bonnes raisons? Prendre quelque chose dans un magasin sans le payer? Frapper un adulte, par exemple un professeur ou un parent?
Facteur de risque :
Attitudes antisociales (déclaration par l'enfant) (d'autres échelles liées à ce construit sont accessibles dans le PYS et le DYS; directeur d'étude : David Huizinga)
Échelle :
Attitudes Toward Delinquent Behavior [attitudes envers le comportement délinquant]
Source :
PYS (Directeur d'étude : Dr Rolf Loeber)
Groupe d'âge :
10 à 17 ans
Nombre d'éléments :
15 éléments
Ex. d'éléments :
À quel point cela est-il mal pour une personne de ton âge de … manquer l'école sans avoir de bonnes raisons? De voler quelque chose d'une valeur de 50 $? D'utiliser une arme, la force ou l'intimidation pour obtenir de l'argent ou des choses d'une autre personne?
Facteur de risque :
Impulsivité (déclaration par l'enfant)
Échelle :
Échelle d'impulsivité de Barratt – 11e version (BIS-11)
Source :
Patton, J. H., M. S. Stanford, et E. S. Barratt. « Factor structure of the Barrett Impulsiveness Scale », Journal of Clinical Psychology, no 51, 1995, p. 768-774.
Groupe d'âge :
12 ans et plus
Nombre d'éléments :
30 éléments
Ex. d'éléments :
Je planifie mes tâches avec soin. Je me maîtrise. Je prépare mon avenir.
Facteur de risque :
Problèmes d'attention (déclaration par l'enfant et le parent) (l'ASEBA mesure également les comportements agressifs et délinquants)
Échelle :
Liste de contrôle du comportement des enfants (CBCL), formulaire d'évaluation de l'enseignant (TRF), autodéclaration par l'enfant (YSR)
Source :
Achenbach, R. « Achenbach System of Empirically Based Assessment (ASEBA) », dans T. Grisso, G. Vincent et D. Seagrave (dir.), Mental health screening et assessment for juvenile justice, New York, Guilford, 2005, p. 187-205.
Groupe d'âge :
6 à 18 ans
Nombre d'éléments :
11 éléments (tirés des diverses échelles)
Ex. d'éléments :
A un comportement trop infantile pour son âge; ne peut rester tranquille, est agité ou hyperactif; est impulsif ou agit sans réfléchir.
Facteur de risque :
Caractère dur ou froid (déclaration par le parent)
Source :
ELNEJ, Cycle 8, Questionnaires du parent, de l'enfant et du jeune (2008/2009), livre 1. Accessible à l'adresse http://www.statcan.gc.ca/imdb-bmdi/instrument/4450_Q2_V7-fra.pdf
Groupe d'âge :
Habituellement jusqu'à 17 ans
Nombre d'éléments :
Éléments choisis dans l'ELNEJ
Ex. d'éléments :
À quelle fréquence diriez-vous que cet enfant… ne semble pas avoir de remords après s'être mal conduit? Ne change pas sa conduite après avoir été puni? Est impulsif, agit sans réfléchir? A des crises de colère ou se fâche vite?
Facteur de risque :
Psychopathie/caractère dur et froid (déclaration par l'enfant et le parent)
Échelle :
Antisocial Process Screening Device [échelle d'évaluation des traits antisociaux] (des versions pour le parent, pour le professeur et d'autodéclaration sont disponibles)
Source :
Frick, P. J. et R. Hare. Toronto (Canada), Multi-Health Systems, 2001.
Groupe d'âge :
6 à 13 ans
Nombre d'éléments :
20 éléments
Ex. d'éléments :
Ment facilement et avec habileté; s'ennuie facilement; participe à des activités risquées ou dangereuses.
Facteur de risque :
Mauvais traitement infligé à l'enfant (déclaration par l'enfant)
Échelle :
Child Trauma Scale [échelle des traumatismes chez l'enfant] (CTS)
Source :
Bernstein, D. P., J. A. Stein, M. D. Newcomb, E. Walker, D. Pogge, T. Ahluvalia, W. Zule « Development et validation of a brief screening version of the Childhood Trauma Questionnaire », Child Abuse et Neglect, no 27, 2003, p. 169-190.
Groupe d'âge :
12 ans et plus
Nombre d'éléments :
28 éléments
Ex. d'éléments :
Quand j'étais petit… je me sentais aimé; je crois que j'ai été victime de violence physique; quelqu'un m'a agressé sexuellement.
Facteur de risque :
Intelligence (évalué auprès de l'enfant)
Échelle :
Un test de QI normalisé, comme le W.I.S.C. ou les matrices progressives de Raven
Source :
p. ex. Raven, J., J. Court et J. Raven. Manual for the Raven’s Progressive Matrices et Vocabulary Scales, Oxford Psychological Press, 1979.
Groupe d'âge :
6 à 24 ans
Nombre d'éléments :
Varie selon l'échelle et la sous-échelle
Ex. d'élément :

4.2 Famille

Facteur de risque :
Gestion familiale (déclaration par le parent)
Source :
ELNEJ, Cycle 8, Questionnaires du parent, de l'enfant et du jeune (2008/2009), livre 1. Accessible à l'adresse http://www.statcan.gc.ca/imdb bmdi/instrument/4450_Q2_V7 fra.pdf
Groupe d'âge :
6 et 7 ans
Nombre d'éléments :
Éléments choisis, tirés de l'ELNEJ
Ex. d'éléments :
À quelle fréquence croyez-vous avoir de la difficulté, à vous y prendre avec cet enfant en général? Lorsque vous punissez cet enfant, à quelle fréquence ne tient-il pas compte de la punition que vous lui infligez? À quelle fréquence devez-vous punir cet enfant à maintes reprises pour la même chose? En tant que parent, lorsque cet enfant ne respecte pas les règles établies ou fait des choses qu'il ne doit pas faire, dans quelle mesure réagissez-vous de l'une des façons suivantes… lui infliger des punitions corporelles?
Facteur de risque :
Séparation de la famille (mélange d'éléments déclarés par le parent/par l'enfant)
Source :
ELNEJ, Cycle 8, Questionnaires du parent, de l'enfant et du jeune (2008/2009), livre 1. Accessible à l'adresse http://www.statcan.gc.ca/imdb-bmdi/instrument/4450_Q2_V7-fra.pdf
Groupe d'âge :
6 à 24 ans pour les éléments déclarés par le parent, 18 ans et plus pour les éléments déclarés par l'enfant
Nombre d'éléments :
Éléments choisis, tirés de l'ELNEJ
Ex. d'éléments :
Selon l'information que nous avons recueillie concernant les relations qui existent entre les gens qui font partie de ce ménage, cet enfant ne vit pas actuellement avec son père/sa mère/ses parents biologiques/adoptifs. Est-ce pour une autre raison? Avez-vous déjà quitté vos parents ou tuteurs?
Facteur de risque :
Affection pour les parents (déclaration par l'enfant)
Source :
Chung, I. J., K. G. Hill, J. D. Hawkins, L. D. Gilchrist et D. S. Nagin. « Childhood predictors of offense trajectories », Journal of Research in Crime and Delinquency, no 39, 2002, p. 60-90.
Groupe d'âge :
10 à 12 ans
Nombre d'éléments :
4 éléments
Ex. d'éléments :
Aimeriez-vous être le genre de personne qu'est votre mère/votre père? Confiez-vous vos pensées et vos sentiments à votre mère/votre père?
Facteur de risque :
Discorde familiale (déclaration par le parent)
Source :
ELNEJ, Cycle 8, Questionnaires du parent, de l'enfant et du jeune (2008/2009), livre 1. Accessible à l'adresse http://www.statcan.gc.ca/imdb-bmdi/instrument/4450_Q2_V7-fra.pdf
Groupe d'âge :
6 à 24 ans
Nombre d'éléments :
Éléments choisis, tirés de l'ELNEJ
Ex. d'éléments :
Nous exprimons nos sentiments les uns aux autres. Il y a beaucoup de sentiments négatifs dans notre famille. Nous ne nous entendons pas bien les uns avec les autres.
Facteur de risque :
Soutien du parent/proximité avec le parent (déclaration par l'enfant)
Source :
ELNEJ, Cycle 8, Questionnaires du jeune (2008/2009), livre 2. Accessible à l'adresse http://www.statcan.gc.ca/imdb-bmdi/instrument/4450_Q2_V7-fra.pdf
Groupe d'âge :
14 à 17 ans
Nombre d'éléments :
Éléments choisis, tirés de l'ELNEJ
Ex. d'éléments :
À quel point sentez-vous que votre mère vous comprend? En général, comment décririez-vous votre relation avec votre mère? À quel point pensez-vous que votre père vous traite de façon juste?
Facteur de risque :
Violence familiale (déclaration par le parent)
Source :
DYS (Directeur d'étude : David Huizinga)
Groupe d'âge :
7 à 17 ans
Nombre d'éléments :
28 éléments
Ex. d'éléments :
Au cours de la dernière année, combien de fois votre conjoint/partenaire… vous a giflé/e (avez-vous giflé votre conjoint/partenaire?); vous a étranglé (avez-vous étranglé votre conjoint/partenaire); vous a menacé (vous avez menacé votre conjoint/partenaire) avec un couteau ou une arme à feu?
Facteur de risque :
Violence familiale (déclaration par le parent) (autre échelle)
Source :
ELNEJ, Cycle 8, Questionnaires du parent, de l'enfant et du jeune (2008/2009), livre 1. Accessible à l'adresse http://www.statcan.gc.ca/imdb-bmdi/instrument/4450_Q2_V7-fra.pdf
Groupe d'âge :
6 à 24 ans
Nombre d'éléments :
Éléments choisis, tirés de l'ELNEJ
Ex. d'éléments :
À quelle fréquence cet enfant voit à la maison des adultes ou des adolescents se battre, se frapper ou tenter de faire du mal à d'autres?
Facteur de risque :
Supervision et surveillance parentales (les versions de l'enfant et du parent sont disponibles)
Source :
DYS (Directeur d'étude : David Huizinga)
Groupe d'âge :
7 à 17 ans
Nombre d'éléments :
Six éléments
Ex. d'éléments :
Est-ce que vos parents parlent avec vous de ce que vous avez fait pendant la journée? Est-ce que vos parents savent avec qui vous êtes quand vous n'êtes pas à la maison? Savez-vous comment joindre vos parents s'ils ne sont pas à la maison?
Facteur de risque :
Criminalité dans la famille (déclaration par le parent)
Source :
MacDonald, J. M., A. Haviland et A. R. Morral. « Assessing the relationship between violent et nonviolent criminal activity among serious adolescent offenders », Journal of Research in Crime and Delinquency, no 46, 2009, p. 553-580.
Groupe d'âge :
13 à17 ans
Ex. d'éléments :
Éléments dichotomiques (oui-non) permettant de déterminer si l'un des parents du répondant (la mère ou le père, y compris les nouveaux conjoints des parents), des frères ou des sœurs, des tantes ou des oncles, ou tout autre proche, ont déjà été emprisonnés.
Facteur de risque :
Comportement criminel dans la famille (déclaration par le parent) (autre échelle)
Source :
DYS (Directeur d'étude : David Huizinga)
Groupe d'âge :
6 à 24 ans
Nombre d'éléments :
17 éléments
Ex. d'éléments :
Au cours de la dernière année, avez-vous… volé ou essayé de voler de l'argent ou des objets d'une valeur supérieure à 50 $? Pénétré ou essayé de pénétrer dans un immeuble pour voler quelque chose? Conduit une voiture alors que vous étiez en état d'ébriété?
Facteur de risque :
Aspirations des parents pour l'enfant en matière d'éducation (déclaration par le parent) (consulter le livre 1 de l'ELNEJ pour obtenir d'autres éléments)
Source :
PYS (Directeur d'étude : Dr Rolf Loeber)
Groupe d'âge :
5 à 17 ans
Nombre d'éléments :
Deux éléments (choisis à partir d'une échelle de 30 éléments portant sur les objectifs de vie)
Ex. d'éléments :
Jusqu'où aimeriez-vous qu'il ou elle se rende dans ses études? Jusqu'où pensez-vous qu'il ou elle se rendra dans ses études?
Facteur de risque :
Âge de la mère à la naissance (déclaration par le parent)
Source :
(insérer la formulation suggérée par les auteurs)
Groupe d'âge :
6 à 24 ans
Ex. d'éléments :
Quel âge aviez-vous quand ___________ est né(e)? (17 ans ou moins est le point de découpage)
Facteur de risque :
Niveau de scolarité du parent (déclaration par le parent)
Source :
ELNEJ, Cycle 8, Questionnaires du parent, de l'enfant et du jeune (2008/2009), livre 1. Accessible à l'adresse http://www.statcan.gc.ca/imdb-bmdi/instrument/4450_Q2_V7-fra.pdf
Nombre d'éléments :
Un élément
Groupe d'âge :
6 à 24 ans
Ex. d'éléments :
Quel est le plus haut niveau de scolarité que vous avez atteint ou complété?
Facteur de risque :
Statut socioéconomique (SSE) du ménage (déclaration par le parent)
Source :
ELNEJ, Cycle 8, Questionnaires du parent, de l'enfant ou du jeune (2008/2009), livre 1. Accessible à l'adresse http://www.statcan.gc.ca/imdb-bmdi/instrument/4450_Q2_V7-fra.pdf
Groupe d'âge :
6 à 24 ans
Nombre d'éléments :
Éléments choisis, tirés de l'ELNEJ
Ex. d'éléments :
Est-ce que le revenu total du ménage, si l'on compte toutes les sources, était de…? Est-il déjà arrivé à cet enfant d'avoir faim parce que la famille était à court de nourriture ou n'avait plus d'argent pour en acheter?

4.3 Pairs

Facteur de risque :
Fréquentation d'un groupe délinquant ou déviant (déclaration par l'enfant)
Source :
MacDonald, J. M., A. Haviland et A. R. Morral. « Assessing the relationship between violent et nonviolent criminal activity among serious adolescent offenders », Journal of Research in Crime and Delinquency, no 46, 2009, p. 553-580.
Groupe d'âge :
13 à 17 ans
Nombre d'éléments :
Huit éléments
Ex. d'éléments :
Combien, parmi toutes les personnes avec qui vous « vous tenez » régulièrement… ont participé à des activités illégales? Ont consommé des drogues au cours de la dernière année? Ont crié, se sont disputés ou se sont battus?
Facteur de risque :
Fréquentation d'un groupe délinquant ou déviant (déclaration par l'enfant) (autre échelle)
Source :
PYS (Directeur d'étude : Dr Rolf Loeber)
Groupe d'âge :
5 à 17 ans
Nombre d'éléments :
12 éléments
Ex. d'éléments :
Au cours des six derniers mois, est-ce qu'au moins un de vos amis… a manqué l'école sans raison valable? A pris chez lui de l'argent qui ne lui appartenait pas, par exemple dans le porte-monnaie de sa mère? A consommé des drogues?
Facteur de risque :
Appartenance à un gang (déclaration par l'enfant)
Source :
ELNEJ, Cycle 8, Questionnaires du parent, de l'enfant et du jeune (2008/2009), livre 1. Accessible à l'adresse http://www.statcan.gc.ca/imdb-bmdi/instrument/4450_Q2_V7-fra.pdf
Groupe d'âge :
6 à 24 ans
Nombre d'éléments :
Éléments choisis, tirés de l'ELNEJ
Ex. d'éléments :
Au cours des 12 derniers mois, avez-vous fait partie d'un gang qui a enfreint la loi en volant, en frappant quelqu'un, en faisant du vandalisme, etc.?

4.4 École

Facteur de risque :
Réussite scolaire (déclaration par l'enfant)
Source :
Chung, I. J., K.G. Hill, J. D. Hawkins, L. D. Gilchrist et D.S. Nagin. « Childhood predictors of offense trajectories », Journal of Research in Crime and Delinquency, no 39, 2002, p. 60-90.
Groupe d'âge :
10 à 12 ans
Nombre d'éléments :
Deux éléments (les chercheurs ont également utilisé les résultats du California Achievement Test, tirés des dossiers scolaires)
Ex. d'éléments :
Comment sont vos notes, si vous les comparez à celles de la plupart des enfants de votre classe? Comparativement aux autres enfants de votre âge, lisez-vous bien?
Facteur de risque :
Engagement scolaire (déclaration par l'enfant)
Source :
Chung, I. J., K.G. Hill, J. D. Hawkins, L. D. Gilchrist et D.S. Nagin. « Childhood predictors of offense trajectories », Journal of Research in Crime and Delinquency, no 39, 2002, p. 60-90.
Groupe d'âge :
10 à12 ans
Nombre d'éléments :
Deux éléments (les chercheurs ont également utilisé les résultats du California Achievement Test, tirés des dossiers scolaires)
Ex. d'éléments :
En classe, je fais du travail supplémentaire par moi-même. Quand j'ai un devoir à faire, j'y travaille jusqu'à ce qu'il soit fini.
Facteur de risque :
Lien d'attachement avec l'école (déclaration par l'enfant)
Source :
Chung, I. J., K.G. Hill, J. D. Hawkins, L. D. Gilchrist et D.S. Nagin. « Childhood predictors of offense trajectories », Journal of Research in Crime and Delinquency, no 39, 2002, p. 60-90.
Groupe d'âge :
10 à12 ans
Nombre d'éléments :
Quatre éléments (les chercheurs ont également utilisé les résultats du California Achievement Test, tirés des dossiers scolaires)
Ex. d'éléments :
J'aime l'école. La plupart des matins, j'ai hâte de me rendre à l'école. Cette année, j'aime mon professeur. Cette année, j'aime ma classe.
Facteur de risque :
Lien d'attachement avec l'école (mélange d'éléments déclarés par le parent et par l'enfant) (autre échelle)
Source :
ELNEJ, Cycle 8, Questionnaires du parent, de l'enfant et du jeune (2008/2009), livre 1. Accessible à l'adresse http://www.statcan.gc.ca/imdb-bmdi/instrument/4450_Q2_V7-fra.pdf
Groupe d'âge :
6 à17 ans
Nombre d'éléments :
Éléments choisis, tirés de l'ELNEJ
Ex. d'éléments :
En ce qui a trait à l'attitude de cet enfant envers l'école, à quelle fréquence a-t-il hâte d'aller à l'école? Depuis le début de l'année scolaire, avez-vous été suspendu de l'école? Au cours du dernier mois, avez-vous manqué un cours sans permission?
Facteur de risque :
Aspirations scolaires de l'enfant (déclaration par l'enfant)
Source :
PYS (Directeur d'étude : Dr Rolf Loeber)
Groupe d'âge :
5 à 17 ans
Nombre d'éléments :
Un élément (choisi à partir d'une échelle de 30 éléments portant sur les objectifs de vie)
Ex. d'éléments :
Jusqu'où aimeriez-vous vous rendre dans vos études? Jusqu'où pensez-vous vous rendre dans vos études? À quel point est-ce important pour vous... d'obtenir un diplôme d'études secondaires? De suivre une formation de niveau collégial?

4.5 Collectivité/quartier

Facteur de risque :
Possibilité d'obtenir des drogues (déclaration par l'enfant)
Source :
Chung, I. J., K.G. Hill, J. D. Hawkins, L. D. Gilchrist et D.S. Nagin. « Childhood predictors of offense trajectories », Journal of Research in Crime and Delinquency, no 39, 2002, p. 60-90.
Groupe d'âge :
10 à 12 ans
Nombre d'éléments :
Trois éléments
Ex. d'éléments :
Connaissez-vous quelqu'un qui a essayé la marijuana? Avez-vous déjà eu l'occasion d'essayer la marijuana? Si vous aviez l'argent et que vous vouliez acheter de la marijuana, pensez-vous que vous pourriez réussir à en obtenir?
Facteur de risque :
Sécurité du quartier (déclaration par le parent)
Source :
DYS (Directeur d'étude : David Huizinga)
Groupe d'âge :
7 à 17 ans
Nombre d'éléments :
31 éléments
Ex. d'éléments :
Veuillez m'indiquer si vous croyez que chacun des points ci-dessous constitue un problème dans votre quartier ou l'endroit où vous avez vécu la majeure partie de la dernière année? Le taux de chômage élevé? Le jeu? Les voies de fait, les vols avec violence dans la rue?
Facteur de risque :
Sécurité du quartier (déclaration par le parent) (autre échelle)
Source :
ELNEJ, Cycle 8, Questionnaires du parent, de l'enfant et du jeune (2008-2009), livre 2. Accessible à l'adresse http://www.statcan.gc.ca/imdb-bmdi/instrument/4450_Q3_V7-fra.pdf
Groupe d'âge :
6 à 24 ans
Nombre d'éléments :
Éléments choisis dans l'ELNEJ
Ex. d'éléments :
On peut marcher seul dans ce quartier en toute sécurité après la tombée de la nuit? Les enfants peuvent jouer dehors durant la journée en toute sécurité. Il y a des parcs, des terrains de jeu et des endroits pour jouer qui sont sécuritaires dans ce quartier.

Bibliographie


Liste des tableaux

Tableau 1 – Liste de termes relatifs aux facteurs de risque et aux résultats
Corrélat : Un corrélat est une variable qui présente un lien significatif avec le résultat, mais pour laquelle l'antériorité n'a pas été établie.
Facteur de risque : Un facteur de risque est une condition antérieure liée à une augmentation de la probabilité qu'il y ait une mauvaise adaptation.
Facteur de risque causal : Un facteur de risque causal est un facteur de risque qui, selon des données empiriques, produit un résultat. Autrement dit, la modification du facteur de risque peut changer la probabilité qu'un résultat survienne, de même que la nature ou la gravité de ce résultat.
Facteurs de risque internes et externes : Un facteur de risque peut être interne à la personne, comme le tempérament ou l'intelligence, ou lui être externe, comme l'exposition à un comportement parental dur et punitif.
Facteurs de risque proximaux et distaux : Un facteur de risque peut être soit proximal, c'est-à-dire proche, en temps, de l'événement ou de l'apparition du comportement (comme vivre un événement stressant peu avant de commettre un crime), soit distal, c'est-à-dire être présent bien avant l'événement, comme vivre de multiples placements en famille d'accueil au début de l'enfance.
Facteurs de risque statiques et dynamiques : Un facteur de risque peut être soit statique, c'est-à-dire immuable, comme le fait de naître avec les effets de l'alcoolisme fœtal, soit dynamique, c'est-à-dire malléable ou sensible au changement, comme le fait de consommer des drogues pour surmonter des événements stressants.
Marqueur : Un marqueur est une variable qui est liée au résultat, sans être considérée comme un facteur causal (p. ex. la calvitie par rapport aux maladies coronariennes).
Facteur de risque représentatif : Un facteur de risque représentatif est une variable qui est fortement liée à un facteur de risque important d'un résultat, mais qui, en soi, n'a pas nécessairement de lien avec ce résultat (p. ex. la violence physique d'un parent est un facteur de risque représentatif de mauvais comportement parental, qui peut conduire au trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention).
Facteur de protection : Un facteur de protection est une condition antérieure associée à une baisse de la probabilité qu'il y ait une mauvaise adaptation.
Facteur de promotion : Un facteur de promotion est lié aux facteurs de protection et est une variable associée à une faible probabilité de comportement antisocial et délinquant, même en l'absence de facteurs de risque.
Tableau 2 – Classement des facteurs de risque selon leur force comme prédicteurs du comportement antisocial et délinquant
Facteurs ayant une grande valeur prédictive ou pouvant être reproduit de façon fiable, ayant fait l'objet de recherche ou s'appuyant sur des méta-analyses
  • Personne de sexe masculin
  • Jeune âge à l'apparition du comportement agressif et antisocial
  • Hyperactivité, déficit d'attention, impulsivité et prise de risque
  • Faible Q.I. (verbal)
  • Délinquance générale (largement inspirée des études américaines portant sur les démêlés précoces avec le système judiciaire)
  • Consommation précoce de drogues et d'alcool (particulièrement au milieu de l'enfance)
  • Attitudes et croyances antisociales
  • Criminalité chez les parents/délinquance au sein de la fratrie
  • Mauvaise gestion familiale
    • Manque de surveillance et de supervision, discipline sévère et inégale, manque de présence, de soutien et de soins attentifs de la part du parent
  • Séparation des parents
    • Famille brisée, famille monoparentale, placement en famille d'accueil, itinérance, autres types de familles non traditionnelles
  • Mauvais traitements pendant l'enfance
  • Mauvais résultats scolaires
    • Absentéisme et décrochage (reflètent le manque d'attachement ou d'égard envers l'école)
  • Fréquentation de personnes délinquantes/appartenance à un gang
  • Situation économique défavorable
Facteurs prometteurs, mais recherches limitées ou confusion entourant les définitions concrètes d'une étude à l'autre
  • Manque d'empathie (peu d'études, mais elles sont prometteuses)
  • Exposition à la violence à la télévision (observée chez les enfants)
  • Appartenance raciale/ethnique
  • Tempérament difficile
  • Psychopathie/caractère dur ou froid
  • Peu de présence de la part des parents et faible degré d'attachement entre les parents et l'enfant
  • Conflits familiaux et conjugaux
  • Grande fratrie
  • Désorganisation de la collectivité et faible lien d'attachement avec le quartier (peu d'études)
  • Disponibilité de drogues dans la collectivité (peu d'études)
  • Présence, dans le quartier, d'adultes participant à des activités criminelles (peu d'études)
  • Exposition à des préjugés raciaux (peu d'études)
  • Milieu urbain par opposition à milieu rural
Facteurs ayant une assez bonne valeur prédictive ou n'ayant pas la même valeur dans les diverses études
  • Immaturité psychosociale (peu d'études)
  • Faible estime de soi (résultats partagés)
  • Attitudes favorables des parents envers le comportement antisocial ou violent (recherches insuffisantes)
  • Consommation de drogues et d'alcool ou psychopathologie chez le parent
  • Temps consacré à des activités familiales
  • Faible niveau de scolarité des parents
  • Aspirations scolaires peu élevées ou manque de soutien parental pour l'éducation
  • Exposition à la violence dans la collectivité
Indices qui ne sont pas suffisamment importants pour permettre de cerner un risque
  • Complications pendant la grossesse et l'accouchement
  • Maturation pubertaire précoce
  • Rythme cardiaque lent au repos
  • Problèmes médicaux ou physiques
  • Troubles d'intériorisation (p. ex. anxiété et dépression)
  • Événements familiaux stressants
  • Mobilité résidentielle ou déménagements fréquents
  • Nombre restreint d'amis
  • Fréquentation de personnes qui consomment de la drogue
  • Victime des pairs
  • Changements d'école fréquents
Tableau 3 – Facteurs de risque par domaine pour trois groupes d'âge
Domaine 6 à 11 ans 12 à 17 ans 18 à 24 ans
Aspect personnel
  • Comportement agressif précoce
  • Âge au moment de la première infraction
  • Délinquance générale
  • Agressivité
  • Consommation précoce de drogues et d'alcool
  • Impulsivité
  • Sexe (masculin)
  • Problèmes de comportement précoces
  • Faible Q.I. (verbal)
  • Croyances ou attitudes antisociales
  • Appartenance raciale (non-Blanc)
  • Caractère dur ou froid
  • Délinquance générale
  • Impulsivité1
  • Agressivité
  • Âge au moment de la première infraction
  • Comportement antisocial
  • Psychopathie/caractère dur ou froid
  • Croyances ou attitudes antisociales
  • Consommation de drogues et d'alcool
  • Faible Q.I. (verbal)
  • Sexe (masculin)
  • Appartenance raciale (non-Blanc)
  • Psychopathie
  • Impulsivité
  • Consommation de drogues et d'alcool
  • Âge au moment de la première infraction
  • Attitudes et croyances antisociales
  • Consommation de drogues et d'alcool/toxicomanie/dépendance
  • Sexe (masculin)
  • Appartenance raciale (non-Blanc)
Famille
  • Manque de surveillance/de supervision parentale
  • SSE familial peu élevé
  • Parents antisociaux/criminalité chez les parents
  • Discipline dure, inégale, relâchée
  • Manque de soutien/ d'empathie des parents
  • Séparation des parents et des enfants/placement dans un foyer d'accueil ou ailleurs
  • Famille brisée/déménagements fréquents
  • Mauvais traitements pendant l'enfance
  • Consommation de drogues et d'alcool, toxicomanie ou dépendance chez les parents
  • Délinquance au sein de la fratrie
  • Grande fratrie
  • Mère adolescente
  • Faible niveau de scolarité des parents
  • Manque de soutien/ d'empathie des parents
  • Manque de surveillance/de supervision parentale
  • Conflits parentaux/familiaux
  • Mauvais traitements pendant l'enfance
  • Discipline dure, inégale, relâchée
  • Parents antisociaux/criminalité chez les parents
  • Séparation des parents et des enfants/placement dans un foyer d'accueil ou ailleurs
  • Délinquance au sein de la fratrie
  • Séparation des parents et des enfants
  • SSE familial peu élevé
  • Grande fratrie
  • Parents antisociaux/criminalité chez les parents
  • Délinquance au sein de la fratrie
  • Grande fratrie
  • Conflits parentaux/familiaux
  • Manque de soutien/d'empathie des parents
  • Mauvais traitements pendant l'enfance
École
  • Rendement scolaire médiocre
  • Suspension/expulsion/absentéisme
  • Faible lien d'attachement avec l'école
  • Faible présence à l'école
  • Rendement scolaire médiocre
  • Échec scolaire
  • Faible lien d'attachement avec l'école et désengagement de la part de l'école
  • Rendement scolaire médiocre
  • Incapacité à terminer le secondaire
Pairs
  • Pairs antisociaux
  • Victime des pairs
  • Pairs antisociaux
  • Appartenance à un gang
  • Consommation de drogues et d'alcool par les pairs
  • Pairs antisociaux
  • Appartenance à un gang
Collectivité/ quartier
  • Quartier défavorisé
  • Violence ou sécurité dans la collectivité
  • Quartier défavorisé
  • Présence de gangs dans le quartier
  • Possibilité d'obtenir des drogues
  • Quartier défavorisé
  • Présence de gangs dans le quartier
  • Possibilité d'obtenir des drogues

1 Certains facteurs de risque, comme l'impulsivité, l'agressivité et le faible Q.I. verbal, vont au-delà des périodes de développement et mènent à des effets de risque cumulés (voir également le tableau 9.1 dans Loeber et coll., 2008).


Liste des figures

Figure 1 – Facteurs de risque propres au sexe ou qui n'y sont pas liés

Figure 1 – Facteurs de risque propres au sexe ou qui n'y sont pas liés

Description d'image

Le diagramme qui précède présente les facteurs de risque propres au sexe en lien avec le comportement antisocial et délinquant chez les enfants et les jeunes ainsi que les facteurs qui ne sont pas propres à un sexe.

Le diagramme est constitué de trois cercles qui se chevauchent.

En haut, il y a un grand cercle contenant la liste des facteurs qui ne sont pas propres à un sexe : l'agressivité, les croyances, les attitudes et les comportements antisociaux, l'impulsivité, le faible quotient intellectuel, la présence de personnes antisociales au sein de la famille, la séparation des parents et des enfants, la mauvaise gestion familiale, une grande fratrie, le statut socioéconomique (SSE), un rendement scolaire médiocre, le manque d'assiduité scolaire, l'appartenance à un gang et la désorganisation de la collectivité. Ces facteurs sont tous indépendants de ceux inclus dans les deux petits cercles du bas.

Le cercle de gauche est consacré aux facteurs qui sont particulièrement pertinents pour les garçons, soit l'agressivité précoce et la fréquentation de pairs antisociaux. Ces deux facteurs font aussi partie du grand cercle.

Le cercle de droite est divisé en deux.

La partie qui est intégrée au cercle du haut contient les facteurs particulièrement pertinents pour les filles, soit les mauvais traitements pendant l'enfance, la consommation de drogues et d'alcool, les conflits parentaux et les liens d'attachement avec l'école.

La partie inférieure, qui n'est pas intégrée au grand cercle, contient les facteurs propres aux filles, soit la santé mentale et les relations intimes.


Footnotes

  1. 1

    L'agressivité peut faire référence autant à un comportement qu'à un trait de caractère. Dans la documentation, ce facteur de risque est perçu comme un comportement et est mesuré par des échelles de cotation comme la Liste de comportement pour les enfants (LCE; Achenbach, 2005). Toutefois, les échelles liées à l'agressivité et les résultats liés à la délinquance peuvent se chevaucher, et les chercheurs devraient remédier à ce problème en retirant les éléments communs des mesures d'agressivité et de délinquance. Il serait pertinent de mesurer l'agressivité présente comme trait de caractère chez les enfants (p. ex. l'hostilité, la susceptibilité à la colère) comme un facteur de risque de délinquance à venir.

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