Pratiques efficaces pour réduire la récidive
Rapport sur la revue systématique des revues (R004-2026)
Remarque des auteurs
Les opinions exprimées dans le présent rapport sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement celles de Sécurité publique Canada.
Tables des matières
Résumé
La récidive, définie comme étant toute reprise de contact entre des clients ayant eu des démêlés avec la justice et le système de justice pénale, est un problème mondial aux conséquences sociales, psychologiques et économiques considérables. Pour les atténuer, de nombreux travaux de recherche ont été consacrés à la détermination d'interventions correctionnelles efficaces dans les établissements correctionnels et les milieux correctionnels communautaires. Toutefois, en raison de l'abondance d'évaluations portant sur divers types d'interventions correctionnelles et de l'utilisation de méthodologies différentes, les résultats obtenus ne sont pas toujours cohérents. Par conséquent, une synthèse systématique de la recherche est nécessaire pour intégrer les résultats de chaque étude dans une mesure commune afin de quantifier et de qualifier l'efficacité de ces interventions. Pour y parvenir, nous avons procédé à une revue systématique.
La présente étude consiste en une synthèse de revues systématiques indépendantes (simplement appelée « revue des revues » [RdR]) portant sur l'étude des effets de divers types d'intervention sur différentes formes de récidive. Les revues systématiques qui figurent dans la présente étude comportaient généralement des résultats sur les éléments suivants :
- Récidive générale : La commission de toute nouvelle infraction criminelle après une implication antérieure dans le système judiciaire, peu importe la nature ou la catégorie de l'infraction. Cette catégorie comprend les résultats explicitement classés sous la catégorie générale de récidive, ainsi que ceux pour lesquels le type de récidive n'a pas été précisé. Dans les cas où les résultats d'une revue systématique étaient associés à un sous-type particulier d'infraction — tel que les infractions sexuelles, violentes, la violence entre partenaires ou domestique, ou les infractions liées aux drogues — ces résultats ont été classés exclusivement dans les catégories de sous-types correspondantes ci-dessous.
- Récidive sexuelle : La commission d'une nouvelle infraction sexuelle à la suite de démêlés antérieurs avec la justice, ce qui comprend les infractions avec contact (p. ex. agression sexuelle) et les infractions sans contact (p. ex. voyeurisme).
- Récidive violente : La commission d'une nouvelle infraction violente à la suite de démêlés antérieurs avec la justice, ce qui comprend généralement le recours ou la menace d'un recours à la force contre une autre personne (p. ex. agression, vol, homicide).
- Récidive de violence familiale/entre partenaires intimes (VF/VPI) : La commission d'une nouvelle infraction violente ou sexuelle à l'encontre d'un membre de la famille ou du ménage (violence familiale) ou dans le cadre d'une relation amoureuse ou sexuelle (violence entre partenaires intimes).
- Récidive liée à l'usage de drogue : La commission d'une nouvelle infraction impliquant la possession ou le trafic de stupéfiants, la conduite avec facultés affaiblies par l'alcool ou d'autres drogues, et la violation des conditions de mise en liberté liées à la consommation de drogue.
Les auteurs de la présente étude ont donc effectué une recherche systématique complète et bilingue dans plusieurs bases de données en ligne, comme MEDLINE, CINAHL, AMED, PROSPERO, la base des revues systématiques Cochrane, PsycINFO et la base de données bibliographiques Criminal Justice Abstracts, en se conformant aux lignes directrices PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-analyses). La recherche a identifié 141 rapports et 513 effets d'interventions distinctes.
Dans l'ensemble, 60 % des effets recensés ont indiqué que les interventions correctionnelles étaient associées à une réduction de la récidive. Plus particulièrement, les interventions qui intègrent des aspects de la théorie cognitive et de la psychothérapie (c'est-à-dire la thérapie cognitivo-comportementale, la formation axée sur les aptitudes cognitives, d'autres formes de psychothérapie) se sont révélées systématiquement efficaces pour contrer la récidive générale, ainsi que les récidives sexuelles, violente, liée à la VF/VPI et à l'usage de drogue. Ces approches peuvent être particulièrement efficaces lors de leur mise en œuvre, en raison du fait que les praticiens adoptent une méthode cognitivo-comportementale axée sur l'acquisition d'aptitudes sociales, qui cible directement les attitudes et les modes de pensée favorables à la criminalité.
Outre les interventions cognitives et psychothérapeutiques, d'autres types d'intervention ont été associés à des réductions de chaque sous-type de récidive particulier. Les interventions associées à des réductions d'une ampleur au moins modérée sont énumérées ci-dessous :
- Récidive générale : gestion de la colère, programme adapté à l'infraction et pharmacologie
- Récidive sexuelle : thérapie comportementale
- Récidive violente : gestion de la colère, thérapie comportementale, thérapie de groupe
- Récidive de VF/VPI : counseling, thérapie de groupe, psychoéducation
En ce qui concerne la récidive liée à l'usage de drogue, seuls les « autres » types d'intervention (notamment les antidémarreurs) ont permis d'obtenir une réduction au moins modérée de la récidive. Ce résultat doit toutefois être interprété avec prudence, car il pourrait être dû à un nombre plus restreint de publications consacrées spécifiquement à la récidive liée à l'usage de drogue, plutôt qu'à l'efficacité réelle des interventions en général.
Par ailleurs, les résultats de cette étude ont montré que les interventions étaient associées à une réduction des cinq types de récidive dans différents contextes, notamment les établissements de détention, les établissements communautaires, les hôpitaux et les cadres imposés par les tribunaux. Dans la mesure où cela ne compromet pas la sécurité publique (voir le principe du risque), la présente recherche suggère par conséquent que le traitement pourrait être administré en dehors d'un cadre carcéral et entraîner des réductions efficaces de la récidive. De plus, l'étude montre que les interventions en milieu hospitalier ont été associées à des réductions de la récidive générale d'une ampleur au moins modérée, ce qui confirme le fait que les interventions menées dans des environnements axés sur le traitement pourraient s'avérer particulièrement efficaces pour réduire la récidive.
Cette étude comporte d'importantes considérations méthodologiques et mises en garde. Premièrement, certaines études primaires ont été répétées dans les revues systématiques échantillonnées, ce qui pourrait avoir entraîné une surestimation ou une sous-estimation des résultats. Deuxièmement, et surtout, les auteurs n'ont pas pu évaluer de manière fiable la qualité des interventions — en particulier, le respect des principes d'intervention correctionnelle efficace (c.-à-d. RBR; Bonta & Andrews, 2024), ni la fidélité avec laquelle une intervention a été mise en œuvre. Par conséquent, les résultats reflètent l'effet global des interventions correctionnelles sur la récidive, sans tenir compte de la qualité des interventions ou des traitements.
Il est à noter que l'étude a tout de même révélé que les interventions étaient efficaces, ce qui suggère que les effets observés pourraient être des estimations prudentes. Cela implique que des interventions de meilleure qualité — celles qui sont plus étroitement alignées avec les principes fondés sur des données probantes et mises en œuvre avec une plus grande fidélité — pourraient potentiellement entraîner une réduction encore plus importante de la récidive. Il est donc recommandé que les recherches futures codent de manière fiable les aspects liés à la qualité des interventions afin de mieux évaluer l'impact des caractéristiques des programmes sur l'efficacité des interventions.
Troisièmement, en raison de la nature de la revue de revues (RdR), les auteurs n'ont pas pu comparer l'efficacité des différents types d'interventions et contextes, et il est donc impossible de tirer des conclusions sur l'efficacité d'un type ou d'un contexte d'intervention par rapport à un autre. Enfin, la catégorisation des crimes dépendait de la manière dont les auteurs des revues systématiques incluses dans cette RdR avaient spécifié les crimes. Ainsi, l'effet spécifique de chaque intervention et de chaque contexte sur des crimes particuliers (p. ex. importation ou exportation de substances illégales, conduite avec facultés affaiblies) est seulement déduit à partir de l'efficacité des interventions sur des groupes de crimes plus généraux (p. ex. récidive liée aux drogues).
Contexte et objectif
La récidive criminelle, ou la répétition d'infractions, est un problème mondial qui a de graves répercussions sur l'économie, la politique et la sécurité publique. Parmi les personnes condamnées à une peine fédérale, environ 35 % ont été à nouveau condamnées dans les trois ans qui ont suivi leur mise en liberté dans la collectivité (Stewart et coll., 2019). Une récente étude a également révélé que, dans cinq provinces canadiennes (à savoir l'Ontario, l'Alberta, la Colombie-Britannique, la Saskatchewan et la Nouvelle-Écosse), sur près de 70 000 adultes mis en liberté après une détention dans un établissement provincial ou amorçant une peine à purger dans la collectivité, 50 % ont été à nouveau condamnés dans les trois années qui ont suivi (Pedneault et coll., 2024)Notes de bas de page 1. Des taux comparables de nouvelles condamnations après deux ou trois ans ont été observés dans d'autres pays occidentaux, notamment en Australie (53 %), au Danemark (63 %), en Angleterre (48 %), en Allemagne (46 %), aux Pays-Bas (46 %), en Nouvelle-Zélande (60 %), en Suède (61 %) et aux États-Unis (60 %) (Fazel et Wolf, 2015; Yukhnenko et coll., 2020).
Les taux élevés de récidive constituent une menace importante pour la sécurité publique. Cela indique notamment une constance dans le comportement criminel qui, malgré le système correctionnel, peut mettre en péril le bien-être de la population canadienne. Étant donné que, dans une large proportion, les infractions sont commises par un nombre relativement faible de récidivistes (Ministère de la Justice Canada, 2019; Falk et coll., 2014), la détermination d'interventions efficaces permettant de réduire la récidive est essentielle pour accroître la sécurité publique.
Chaque incident criminel entraîne également un fardeau économique substantiel. Par exemple, l'estimation moyenne des coûtsNotes de bas de page 2 par incident en 2014 allait de 45 030 dollars canadiens, pour une fraude, à 5,9 millions de dollars canadiens, pour un homicide (Gabor, 2015). Par ailleurs, selon une étude sur le coût de la criminalité fondée sur une cohorte d'hommes à haut risque en Ontario (Day et coll., 2015), on estime que le coût moyen associé à un délinquant chronique à taux élevé de criminalité sur une période de 15 ans se situe entre 12 et 17 millions de dollars canadiens, comparativement à 3,5 millions de dollars canadiens pour une personne qui ne commet qu'un seul crime ou dont la fréquence du comportement criminel est très faible. La réduction de la récidive pourrait donc permettre de réaliser d'importantes économies en diminuant le nombre d'incidents criminels coûteux.
L'identification d'interventions efficaces constitue un domaine de recherche important en matière correctionnelle depuis plusieurs décennies. Depuis les années 1990, la recherche empirique sur la psychologie du comportement criminel a abouti à une formulation des principes des interventions correctionnelles efficaces, mis en application en fonction des principes du risque, des besoins et de la réceptivité (RBR; Bonta et Andrews, 2024). Les principes du modèle RBR visent à fournir un cadre dans lequel les personnes ayant eu des démêlés avec la justice sont mises en relation avec le traitement le mieux adapté à leurs besoins particuliers. En résumé, le principe du risque détermine « qui » traiter (c'est-à-dire les cas à haut risque) à l'aide d'outils d'évaluation empiriques; le principe du besoin détermine « quoi » traiter, sur la base de facteurs de risque précis (c'est-à-dire les besoins liés aux facteurs criminogènes); enfin, le principe de la réceptivité est utilisé pour déterminer « comment » traiter, suggérant que le traitement d'une personne devrait être adapté à ses capacités particulières (pour plus de détails sur les principes du modèle RBR, veuillez consulter Andrews et Bonta, 2010; Bonta et Andrews, 2024).
Au-delà du respect des principes directeurs susmentionnés, le choix d'une intervention appropriée est un processus complexe en raison du nombre considérable de types d'interventions existants et des différents contextes dans lesquels ces interventions peuvent être mises en œuvre. Il existe une abondante documentation comprenant des évaluations indépendantes de l'efficacité des programmes correctionnels selon le type d'intervention (p. ex. thérapie cognitivo-comportementale, counseling, gestion de cas, camps de type militaire, programmes d'éducation ou de formation professionnelle; Beaudry et coll., 2021; Bozick et coll., 2018; Newton et coll., 2018) et le type de récidive (p. ex. générale, sexuelle, violente, de violence familiale/entre partenaires intimes et liée à l'usage de drogue; Clarke et coll., 2015; de Andrade et coll., 2018; Zarling et Russell, 2022).
Les rapports primaires les plus solides consistent en des essais contrôlés aléatoires, dans lesquels les individus ont été répartis de manière aléatoire dans un groupe ayant été exposé à une intervention ou un groupe témoin n'ayant fait l'objet d'aucune intervention (Blonigen et coll., 2022; Eddy et coll., 2022; Zarling et Russell, 2022). La récidive est ensuite comparée entre ces groupes, dans l'hypothèse où tous les facteurs extérieurs au traitement sont les mêmes. Les variations des facteurs criminogènes sont mesurées à différents moments (p. ex. avant, pendant et après le traitement), ce qui permet de tirer des conclusions sur la relation entre les variations à court et à long terme des facteurs criminogènes et la récidive (Brown et coll., 2009; Serin et coll., 2013).
Le grand nombre d'études indépendantes menées sur l'efficacité des différents types d'interventions correctionnelles, comportant chacune des caractéristiques et des paramètres d'échantillonnage différents, peut donner lieu à des résultats contradictoires ou non concluants. Dans ce scénario, il est avantageux de procéder à une revue systématique afin d'intégrer les résultats des études indépendantes dans une mesure agrégée regroupée, qui reflète l'efficacité globale de types particuliers d'interventions correctionnelles (Belur et coll., 2020; Edwards et coll., 2022). Ces revues s'appuient sur une stratégie de recherche détaillée et exhaustive visant à répertorier, à évaluer et à synthétiser les résultats de toutes les études pertinentes sur un sujet donné (Uman, 2011). Les revues systématiques peuvent également consister en une méta-analyse, soit une analyse statistique quantitative qui génère une mesure synthétique agrégée pour représenter un effet particulier (p. ex. l'effet d'une intervention correctionnelle). En réduisant le risque de biais, les revues systématiques ont un avantage sur les revues narratives typiques, lesquelles sont essentiellement des documents descriptifs d'un sous-ensemble d'études sur un sujet donné (p. ex. les pratiques exemplaires visant à réduire la récidive). À ce jour, plusieurs revues systématiques ont fourni des indications sur les interventions dont l'efficacité est avérée et celles qui ne fonctionnent pas, jetant ainsi les bases de modèles correctionnels largement adoptés, de même que sur les principes liés à l'efficacité des interventions correctionnelles, énoncés ci-dessus (Bonta et Andrews, 2024; Chadwick et coll., 2015; Paparozzi et Gendreau, 2005).
Après des décennies de recherche sur les pratiques et les principes liés à l'efficacité des interventions correctionnelles, les chercheurs et les praticiens sont confrontés non seulement à des milliers d'études primaires, mais aussi à des centaines de revues systématiques, dont la portée, la méthodologie et, parfois, les constatations et les conclusions comportent des différences (p. ex. Bastian et coll., 2010; Ioannidis, 2016; Smith et coll., 2011). Par conséquent, une méthode particulière, appelée « revue des revues » (RdR), peut permettre de synthétiser ces résultats afin de recenser les stratégies appliquées les plus efficaces en matière de politique et de pratique. La force d'une RdR réside dans sa capacité à synthétiser les résultats des revues les plus rigoureuses de la littérature scientifique, et à réduire le risque de biais en intégrant en outre des recherches qui ne figurent pas dans les publications scientifiques (Petrosino et Lavenberg, 2007; Petticrew et Roberts, 2006; Welsh et Rocque, 2014).
La méthodologie des RdR a déjà été appliquée aux interventions correctionnelles, mais ces études sont de plus en plus obsolètes. Le dernier rapport de recherche sur les interventions correctionnelles ayant été publié en 2018 (Barnett et Howard), une mise à jour est nécessaire pour tenir compte des recherches ultérieures. Par ailleurs, les revues précédentes n'ont pas nécessairement tiré pleinement parti des atouts de la méthodologie des RdR. Par exemple, Welsh et Rocque (2014) ont publié une RdR de 15 revues systématiques issues de la bibliothèque électronique de la Campbell Collaboration. Les résultats ont montré que presque toutes les interventions évaluées n'ont essentiellement aucun effet sur la récidive, mais ceux-ci émanent d'une étude qui comporte des limites, notamment le fait qu'elle se fonde sur une recherche non exhaustive à partir d'un seul répertoire de revues systématiques.
De même, Barnett et Howard (2018) ont mené une RdR qui a permis d'évaluer 21 revues systématiques émanant de plusieurs bases de données de revues systématiques publiées entre 2012 et 2016. Ce critère strict d'inclusion a donné lieu à l'analyse d'un nombre relativement faible de sources, ce qui ne permet pas de tirer des conclusions fiables. Malgré ces limites, les résultats de cette étude suggèrent que la thérapie cognitivo-comportementale, le counseling et l'éducation sont des voies prometteuses pour les interventions correctionnelles.
La RdR la plus complète et rigoureuse à ce jour a permis de synthétiser les résultats d'un échantillon de 118 revues systématiques publiées jusqu'en 2015 (Weisburd et coll., 2017). Malgré une variabilité appréciable entre les différentes revues systématiques, en ce qui concerne les effets des interventions correctionnelles, le rapport de recherche fait état d'un lien entre la réduction du taux de récidive et les interventions psychothérapeutiques (p. ex. thérapie cognitivo-comportementale), le traitement des troubles liés à l'usage de drogue et les méthodes de dissuasion particulières (p. ex. antidémarreur pour empêcher la conduite avec facultés affaiblies). Il convient de souligner que Weisburd et ses collègues n'ont évalué l'efficacité des interventions que pour la réduction de la récidive générale, sans tenir compte de leur efficacité pour des sous-types de récidive (p. ex. récidive sexuelle ou violente). Par conséquent, il est difficile de déterminer si ces résultats témoignent de la réduction d'un sous-type de récidive en particulier ou d'une réduction plus cohérente de tous les types de récidive.
Objectif de la présente étude
L'objectif de la présente RdR était de synthétiser les résultats de ce vaste corpus de recherche et de mieux comprendre l'efficacité des différents types d'interventions correctionnelles. Elle tentait également de déterminer si les interventions recensées dans la littérature étaient plus ou moins efficaces en fonction du sous-type de récidive (générale, sexuelle, violente, de violence familiale/entre partenaires intimes, ou liée à l'usage de drogue). Contrairement aux RdR précédentes, la présente étude consiste également en une recherche systématique de revues plus exhaustive, dans plusieurs bases de données savantes portant sur des interventions réalisées dans différents contextes à l'échelle internationale.
Méthode
Stratégie de recherche
Une RdR a été menée conformément aux lignes directrices « Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses » (Page et coll., 2021). Des recherches documentaires systématiques ont été effectuées en ligne dans sept bases de données mondiales afin de recenser les revues systématiques réalisées avant mars 2022 sur l'efficacité des interventions correctionnelles dans la réduction de la récidive chez les adultes ayant eu des démêlés antérieurs avec la justice. Plusieurs bases de données en ligne, dont MEDLINE, CINAHL, AMED, PROSPERO, la base des revues systématiques Cochrane, PsycINFO et la base de données bibliographiques Criminal Justice Abstracts ont été consultées à l'aide d'opérateurs booléens (*) et les termes de recherche suivants (d'autres orthographes ont également été incluses) : (recidivism OR re-imprisonment OR reconviction OR repeat offending OR reoffend OR rearrest OR recontact OR recidiv* OR re imprisonment OR reconviction* OR repeated offending OR re offend OR rearrest* OR recontact* OR re-offend) AND (systematic review OR review literature OR qualitative systematic review OR evidence synthesis OR realist synthesis OR qualitative AND (synthesis OR meta) OR meta*). Des recherches en français ont également été effectuées dans les mêmes bases de données en utilisant des traductions françaises de la terminologie de recherche : (récidive OU récidivisme OU réincarcération OU nouvelle* incarcération* OU nouvelle* condamnation* OU réinfraction OU nouvelle* infraction* OU nouvelle* arrestation* OU réarrestation) ET (revue systématique OU recension systématique OU méta-analy* OU revue systématique qualitative OU recension systématique qualitative OU synthèse de* données OU synthèse réaliste OU synthèse qualitati* OU méta-synthèse OU méta synthèse OU métasynthèse OU méta-ethnographie OU métaethnographie OU méta ethnographie OU méta-étude OU méta étude OU métaétude).
Critères d'inclusion et d'exclusion
Voici les critères d'inclusion et d'exclusion de cette revue :
- L'étude doit être une revue systématique évaluant l'effet d'une ou plusieurs interventions correctionnelles conçues pour des adultes ayant eu des démêlés avec la justice (18 ans ou plus)
- Les études portant principalement ou exclusivement sur des jeunes ont été exclues
- Les études portant uniquement sur les sanctions juridiques, les politiques ou les mesures administratives ont été exclues (p. ex. la durée de la peine, l'isolement cellulaire, les visites dans les prisons), étant donné que l'objectif de la présente RdR portait sur les interventions fondées sur le traitement
- L'étude doit comporter des mesures directes de la récidive, à l'aide d'un large éventail de paramètres possibles (p. ex. le contact avec le système de justice pénale, le non-respect des conditions, une nouvelle arrestation, une nouvelle condamnation, la réincarcération)
- Les études reposant uniquement sur la récidive autodéclarée ont été exclues afin de réduire la subjectivité des mesures de la récidive retenues
- L'étude doit comporter un groupe témoin (c'est-à-dire la grande majorité d'un groupe non exposé à une intervention) afin d'accroître la confiance dans le fait que les divergences entre les résultats sont attribuables aux interventions
- Les rapports comportant un ensemble d'études avec ou sans groupe témoin ont été inclus
- Les rapports comportant un ensemble d'études comparant un groupe exposé à une intervention, un groupe témoin exposé à une intervention différente et un groupe sans intervention ont été inclusNotes de bas de page 3
- Les rapports qui ne comportaient que des modèles avant/après et à échantillon unique ont été exclus
- L'étude devait être publiée en anglais ou en français
- Seules les études publiées à partir de 1990 ont été retenues, ce qui correspond à l'introduction officielle du modèle fondé sur les principes du risque, des besoins et de la réceptivité (RBR) (Andrews et coll., 1990)
Sélection des études
Deux évaluateurs indépendants ont procédé à la sélection des titres et des résumés. À la suite de cette première étape, la sélection du texte intégral a été effectuée par quatre évaluateurs (dont deux avaient également procédé à la sélection des résumés). Tout désaccord entre les évaluateurs a été résolu par des réunions de consensus.
Extraction des données
Deux types vastes de variables ont été codés pour chaque rapport répondant aux critères d'inclusion (N = 141).
- Les variables agrégées ont permis d'opérationnaliser les facteurs méthodologiques de chaque rapport, y compris le pays d'origine et les critères de l'évaluation de la qualité méthodologique des revues systématiques (Shea et coll., 2017). Ces critères comprenaient notamment le statut du rapport en matière de publication, la réalisation et la communication d'une évaluation interévaluateurs, d'une évaluation de la qualité, d'une recherche documentaire exhaustive dans au moins deux bases de données et d'une mesure du risque, ainsi que la communication des caractéristiques de l'échantillon
- Les variables désagrégéesNotes de bas de page 4 ont permis d'opérationnaliser les caractéristiques distinctives des effets des interventions. Ceux-ci ont été opérationnalisés comme la différence de récidive entre un groupe exposé à une intervention et un groupe non exposé (c'est-à-dire un groupe témoin; l'opérationnalisation est décrite ci-dessous). Le type d'intervention, le contexte de l'intervention, le type de récidive (p. ex. générale, violente) et la mesure de la récidive (p. ex. nouvelle arrestation, nouvelle condamnation) ont été codés pour chaque effet. Les effets multiples d'une même revue systématique ont été extraits comme des points de données distincts du même rapport s'ils reflétaient des types d'interventions, des contextes, des types ou des mesures de récidive différents. Pour les revues systématiques sans méta-analyse, si deux effets ou plus de la même revue systématique reflétaient les mêmes types d'interventions, ainsi que des contextes, types ou mesures de récidive similaires, l'effet avec lequel les études les plus primaires ont été incorporées a été extrait. Pour les revues systématiques avec méta-analyse, si deux effets ou plus de la même revue systématique reflétaient les mêmes types d'interventions, ainsi que des contextes, types ou mesures de récidive similaires, l'effet ayant la taille la plus importante (sur la base de l'ampleur de l'effet ou du nombre d'études primaires individuelles) a été extrait. L'application d'une méthodologie qui tient compte des tailles d'effet provenant d'études publiées et non publiées a permis d'éviter le risque d'un biais de publication. Par ailleurs, la taille de l'effet la plus importante a été prise en compte, que celle-ci soit associée à une réduction ou à une augmentation de la récidive. Le risque de biais de sélection a donc également été atténué. Comme nous le verrons plus loin, la majorité des effets indiquent que les interventions correctionnelles sont associées à une réduction de la récidive. Par conséquent, comme les tailles de l'effet les plus importantes ont été extraites, ces estimations peuvent fournir un scénario d'efficacité optimal pour chaque type d'intervention, de contexte et de résultat en matière de récidive
Analyse
Les rapports admissibles comprenaient des revues systématiques avec et sans méta-analyse. Une revue systématique sans méta-analyse est un résumé qualitatif des données probantes sur un sujet clairement défini, fondé sur une méthodologie reproductible et des méthodes critiques pour évaluer la qualité des études comprises. En revanche, une revue systématique avec méta-analyse consiste à la fois en une revue systématique de la littérature et une analyse statistique quantitative visant à regrouper les résultats en une seule estimation sommaire de l'effet. Au total, 513 effets sur la récidive ont été extraits des rapports admissibles (N = 141, voir figure 1), dont 138 (26,9 %) provenaient de revues systématiques sans méta-analyse et 375 (73,1 %) de revues systématiques avec méta-analyse.
La présente étude a permis d'évaluer l'effet des interventions par rapport à une condition de contrôle sans intervention, communément appelée « traitement habituel ». Toutes les conditions de contrôle évaluées consistaient en une peine sans intervention (p. ex. incarcération ou probation sans traitement – bien qu'un petit nombre d'effets reflétaient des divergences entre un groupe exposé à une intervention, un groupe témoin exposé à une intervention différente et un autre groupe témoin n'ayant été exposé à aucun traitement). Pour déterminer si les interventions ont été associées à une réduction, à une augmentation ou à un maintien de la récidive, la présente RdR a synthétisé la divergence entre les taux de récidive du groupe de personnes ayant des démêlés avec la justice qui ont été exposées à une ou plusieurs interventions et le groupe témoin. Si les taux de récidive étaient inférieurs dans le groupe ayant été exposé à une intervention, la réduction de la récidive a été attribuée à celle-ci.
La présente étude est la plus vaste RdR réalisée à ce jour sur le thème de la récidive. Pour synthétiser les résultats du nombre sans précédent de revues systématiques et leurs effets, les auteurs de la présente RdR ont mis au point une nouvelle méthode de quantification des résultats. Pour les revues systématiques sans méta-analyse, ils ont ainsi calculé le nombre et le pourcentage des effets qui démontrent une réduction, une augmentation, une absence d'effet ou les effets mixtes d'une intervention particulière, et classé celle-ci en conséquence. Ainsi, si plus de 50 % des effets associés à un type d'intervention donné démontraient une orientation particulière du changement dans la récidive (c'est-à-dire une réduction, une augmentation ou aucun changement), l'efficacité globale était indiquée comme telle. Lorsqu'aucune direction unique ne représentait plus de 50 % des effets, l'intervention était classée comme ayant des résultats mixtes. Pour les revues systématiques comportant une méta-analyse, la taille d'effet moyenne (combinée) et le test d'hypothèse statistique associé permettaient de révéler à la fois l'orientation et l'ampleur de l'effet d'une intervention données sur la récidive. Une taille d'effet non significative indiquait un taux de récidive inchangé. Pour déterminer les interventions ayant un effet modéré ou plus important sur la récidive, les effets des revues systématiques avec méta-analyse ont été classés séparément comme étant de faible ampleur ou au moins d'ampleur modérée, selon que le coefficient de la taille de l'effet (p. ex. rapports de cotes, d de Cohen, r de Pearson) dépassait ou non un seuil relatif (conformément aux lignes directrices de Rosenthal, 1996)Notes de bas de page 5.
Figure 1 : Description de l'image
Organigramme intitulé « Détermination des études au moyen de bases de données et des registres » illustrant le processus de sélection des études aux étapes de détermination, sélection et inclusions.
Détermination des études au moyen de bases de données et de registres
Détermination
Une boîte à gauche indique :
Nombre total de dossiers identifiés : 2 069
- Cochrane Database of Systematic Reviews (CDSR) : 85
- PROSPERO : 178
- MEDLINE : 245
- Criminal Justice Abstracts : 475
- PsycINFO : 1 086
Une boîte reliée à droite indique :
Documents supprimés avant sélection : 691
- Versions en double supprimées : 647
- Documents publiés avant 1990 : 44
Une flèche descend vers :
Sélection
Résumés examinés : 1 378
Une boîte reliée à droite indique :
Documents exclus : 1 073
- Population jeunes : 519
- Pas de mesure de la récidive : 158
- Ne constitue pas une revue systématique : 257
- Pas d'intervention : 138
- Autre : 1
Une flèche descend vers :
Textes intégraux recherchés pour extraction : 305
Une boîte reliée à droite indique :
Rapports non extraits : 22
Une flèche descend vers :
Textes intégraux évalués pour déterminer leur admissibilité : 284
- Textes complets saisis dans la recherche en anglais : 283
- Textes intégraux en anglais saisis dans la recherche en français : 1
Une boîte reliée à droite indique :
Rapports exclus : 138
- Population jeunes : 15
- Ne constitue pas une revue systématique : 72
- Pas de mesure de la récidive : 14
- Pas de groupe témoin : 15
- Pas d'intervention : 18
- Autre : 4
Inclusions
Une flèche descend vers la boîte finale :
Rapports inclus dans la revue : 146
- Données extraites : 141
- Informations insuffisantes pour l’extraction des données : 5
Le processus montre que 2 069 documents ont été initialement repérés dans cinq bases de données et registres. Après le retrait de 691 documents avant le dépistage, 1 378 résumés ont été examinés. À la suite du dépistage et de l’évaluation de l’admissibilité, 146 rapports ont été inclus dans la revue. Des données ont été extraites de 141 rapports, tandis que 5 rapports ne contenaient pas suffisamment d’information pour permettre l’extraction des données.
Remarque : La plupart des rapports de langue française admissibles avaient également été publiés en anglais et figuraient donc déjà dans les rapports de langue anglaise. Seuls deux rapports admissibles avaient été rédigés uniquement en français, aucune comparaison linguistique n'a donc été effectuée.
Fiabilité inter-évaluateurs
On a évalué la fiabilité de l'extraction et du codage des données en déterminant la fiabilité inter-évaluateurs entre deux codeurs indépendants. À cette fin, 33 rapports ont été sélectionnés au hasard parmi les 141 documents admissibles.
La fiabilité inter-évaluateurs a été mesurée pour les variables agrégées et désagrégées. La statistique κ de Cohen et le pourcentage d'accord ont été choisis comme mesures appropriées pour évaluer le niveau d'accord entre les évaluateurs sur les variables nominales (c'est-à-dire le pays d'origine des études primaires incluses et la question de savoir si une double extraction de données faisant l'objet d'une concordance inter-évaluateurs a été calculée; si une recherche documentaire exhaustive a été effectuée; si la revue a été publiée [statut de publication]; si la qualité scientifique a été évaluée; si un biais de publication ou un conflit d'intérêts ont été signalés, ainsi que les types d'interventions utilisés; le contexte des interventions; la mesure de la récidive)Notes de bas de page 6. Pour ces variables, la fiabilité inter-évaluateurs s'est avérée très élevée, l'accord s'échelonnant entre 94 % et 100 % (médiane = 97 %, n variable = 28) et κ allant de 0,653 à 1,00 (médiane = 0,931, n variable = 28). Aucune variable n'a été exclue en raison d'une fiabilité inter-évaluateurs inacceptable.
Résultats
Résultats de la recherche
Les revues figurant dans cette étude portaient principalement sur des recherches primaires menées aux États-Unis (80,1 %), au Canada (49 %), au Royaume-Uni (31,2 %) et en Australie (23,4 %) (voir le tableau 1). Par ailleurs, la plupart des rapports respectaient les pratiques exemplaires, conformément à l'évaluation de la qualité méthodologique des revues systématiques (Shea et coll., 2017), y compris la fiabilité entre deux évaluateurs (56,0 %), l'exhaustivité des recherches documentaires des études primaires à partir de différents formats de publication (p. ex. thèses et rapports gouvernementaux; 91,5 %), et les caractéristiques des études primaires incluses dans leur base de données (p. ex. les données démographiques de l'échantillon, les détails de l'intervention et les résultats en matière de récidive; 83,7 %; voir les tableaux 2 jusqu'à 13).
| Pays | Nombre | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| États-Unis | 113 | 80,1 |
| Canada | 69 | 49,0 |
| Royaume-Uni | 44 | 31,2 |
| Australie | 33 | 23,4 |
| Nouvelle-Zélande | 16 | 11,4 |
| Pays nordiques (p. ex. Suède, Islande) | 18 | 12,8 |
| Europe occidentale (p. ex. Allemagne, Belgique) | 22 | 15,6 |
| Europe du Sud (p. ex. Espagne, Portugal) | 8 | 5,7 |
| Asie de l'Est (p. ex. Taïwan) | 7 | 5,0 |
| Moyen-Orient (p. ex. Iran) | 2 | 1,4 |
| Autres (p. ex. Amérique du Sud, Afrique) | 6 | 4,3 |
| Non précisé | 20 | 14,2 |
|
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| Années | Nombre | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| 1991–2000 | 13 | 9,2 |
| 2001–2010 | 44 | 31,2 |
| 2011–2020 | 71 | 50,4 |
| 2021–2022 | 13 | 9,2 |
| Réponse | Nombre | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Non | 62 | 44,0 |
| Oui | 79 | 56,0 |
| Réponse | Nombre | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Non | 12 | 8,5 |
| Oui | 129 | 91,5 |
| Réponse | Nombre | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Non | 42 | 29,8 |
| Oui | 99 | 70,2 |
| Réponse | Nombre | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Aucune liste n'a été fournie | 11 | 7,8 |
| La liste fournie ne comprenait que les études incluses | 119 | 84,4 |
| La liste fournie comprenait les études incluses et exclues | 11 | 7,8 |
| Réponse | Nombre | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Non | 23 | 16,3 |
| Oui | 118 | 83,7 |
| Réponse | Nombre | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Non | 51 | 36,2 |
| Oui | 90 | 63,8 |
| Réponse | Nombre | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Non | 96 | 68,1 |
| Oui | 45 | 31,9 |
| Réponse | Nombre | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Non | 92 | 65,3 |
| Oui | 0 | 0,0 |
| Incertain | 49 | 34,7 |
| Réponse | Nombre | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Non | 126 | 89,4 |
| Oui | 15 | 10,6 |
| Réponse | Nombre | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Non | 22 | 15,6 |
| Oui | 117 | 83,0 |
| Incertain | 2 | 1,4 |
| Réponse | Nombre | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Non | 6 | 4,3 |
| Oui | 135 | 95,7 |
Résultats en matière de récidive
L'effet des interventions correctionnelles sur la récidive a d'abord été étudié en considérant la récidive comme une mesure agrégée. Il a ensuite fait l'objet d'un examen en fonction des cinq types de récidive recensés dans les rapports admissibles : récidive générale, sexuelle, violente, de violence familiale/entre partenaires intimes et liée à l'usage de drogue. La récidive générale désigne la commission de toute nouvelle infraction. Il s'agit d'une vaste catégorie englobant tout comportement criminel à la suite de démêlés antérieurs avec la justice. Elle comprend les effets précisés dans la catégorie générale de récidive ainsi que les cas où le type de récidive étudié n'a pas été précisé. Par conséquent, cette catégorie comprend des effets pouvant renvoyer à des types de récidive plus précis (c'est-à-dire récidive sexuelle, violente, de violence familiale/entre partenaires intimes et liée à l'usage de drogue). Dans les cas où les résultats des revues systématiques étaient précisés pour un sous-type particulier d'infraction, ces résultats étaient classés exclusivement dans la catégorie correspondante de sous-type. La récidive violente est définie comme la commission d'une nouvelle infraction violente à la suite de démêlés antérieurs avec la justice. Une infraction violente comprend généralement le recours ou la menace d'un recours à la force contre une autre personne (p. ex. agression, vol, homicide). La récidive sexuelle est définie comme la commission d'une nouvelle infraction sexuelle avec contact (p. ex. agression sexuelle) ou sans contact (p. ex. attentat à la pudeur, voyeurisme), à la suite de démêlés antérieurs avec la justice. La récidive de violence familiale ou entre partenaires intimes (VF/VPI) désigne une récidive de violence à l'encontre d'un membre de la famille ou du ménage ou dans le cadre d'une relation amoureuse ou sexuelle, laquelle donne lieu à des préjudices physiques, psychologiques ou sexuels. Enfin, la récidive liée à l'usage de drogue comprend les cas répétés de possession ou de trafic de stupéfiants ou de conduite avec facultés affaiblies due à la consommation d'alcool ou de drogue. Il peut également s'agir d'une violation des conditions de mise en liberté liées à la consommation de drogue.
Mis à part le type de récidive, les rapports ont permis d'opérationnaliser la récidive de plusieurs façons, comme la révocation des mises en liberté sous condition, les nouvelles arrestations, les nouvelles accusations, les nouvelles condamnations, les réincarcérations, les réadmissions à l'hôpital et les autodéclarations ou les déclarations de la victimeNotes de bas de page 7. Le nombre et le pourcentage d'effets associés à chaque mesure de la récidive sont présentés dans le tableau 14Notes de bas de page 8. Il est important de souligner que des analyses complémentaires ont révélé que les résultats en matière de récidive ne variaient pas en fonction de la mesure de la récidive utilisée.
| Mesures | Générale | Sexuelle | Violente | VF/VPI | Liée à l'usage de drogue |
|---|---|---|---|---|---|
| Totale (nombre) | 371 | 49 | 25 | 37 | 31 |
| Nouvelle arrestation (nombre) | 241 | 35 | 5 | 10 | 10 |
| Nouvelle arrestation (pourcentage) | 65.0 % | 71.4 % | 20.0 % | 27.0 % | 32.3 % |
| Nouvelle condamnation (nombre) | 218 | 27 | 4 | 27 | 4 |
| Nouvelle condamnation (pourcentage) | 58.8 % | 55.1 % | 16.0 % | 73.0 % | 12.9 % |
| Réincarcération (nombre) | 156 | 5 | 2 | 8 | 2 |
| Réincarcération (pourcentage) | 42.0 % | 10.2 % | 8.0 % | 21.6 % | 6.5 % |
| Réadmission (nombre) | 17 | 1 | 0 | 0 | 0 |
| Réadmission (pourcentage) | 4.6 % | 2.0 % | 0.0 % | 0.0 % | 0.0 % |
| Révocations (nombre) | 57 | 5 | 1 | 1 | 0 |
| Révocation (pourcentage) | 15.4 % | 10.2 % | 4.0 % | 2.7 % | 0.0 % |
| Nouvelles accusations (nombre) | 66 | 4 | 3 | 13 | 4 |
| Nouvelle accusations (pourcentage) | 17.8 % | 8.2 % | 12.0 % | 35.1 % | 12.9 % |
| Autodéclarations/déclarations des victimes (nombre) | 21 | 4 | 11 | 1 | 1 |
| Autodéclarations/déclarations des victimes (pourcentage) | 5.7 % | 8.2 % | 44.0 % | 2.7 % | 3.2 % |
| Autres (nombre) | 39 | 7 | 19 | 12 | 2 |
| Autres (pourcentage) | 10.5 % | 14.3 % | 76.0 % | 32.4 % | 6.5 % |
| Non précisé (nombre) | 72 | 13 | 0 | 10 | 15 |
| Non précisé (pourcentage) | 19.4 % | 26.5 % | 0.0 % | 27.0 % | 48.4 % |
| Remarque. Les pourcentages représentent la proportion d'effets dans la colonne. Les nombres des effets (et les pourcentages) dépassent le nombre total d'effets pour chaque type de récidive parce que ceux-ci peuvent avoir été opérationnalisés en fonction de plusieurs mesures de la récidive et non d'une seule. La catégorie « Autres » comprend les paramètres mentionnés dans moins de dix revues systématiques admissibles. Il s'agit notamment du nombre de mises en détention (c'est-à-dire les rapports d'arrestation), des cas de mauvaise conduite au sein de l'établissement ou d'« autres résultats de la justice pénale », tels que précisés par les auteurs de l'étude. Les mesures de la récidive « non précisées » comprennent celles de rapports sur la récidive sans définition opérationnelle qui ne peuvent donc être catégorisées. | |||||
Effets des interventions sur la récidive
Dans l'ensemble, 60,0 % (n = 308) du nombre total d'effets ont démontré que les interventions correctionnelles étaient associées à une réduction de la récidive, quel qu'en soit le type. Cela indique que, dans l'ensemble, un pourcentage plus faible de personnes ayant eu des démêlés avec la justice et ayant participé à l'intervention ont récidivé par rapport au groupe témoin. Seuls 4,3 % des effets (n = 22) sont associés à une augmentation de la récidive, 32,7 % (n = 168) n'ont démontré aucune relation avec la récidive et 2,9 % (n = 15) sont liés à des résultats mitigés. Selon les revues systématiques accompagnées d'une méta-analyse, 59,0 % des effets (n = 221) ont démontré que les interventions réduisaient significativement la récidive, et environ la moitié d'entre eux – soit un tiers du nombre total (29,1 %; n = 109) – ont indiqué une réduction au moins modérée de la récidive. Bien que 18 (4,8 %) effets issus de revues systématiques avec méta-analyse aient démontré que les interventions augmentaient la récidive, seuls trois d'entre eux (0,8 %) ont indiqué une augmentation au moins modérée de la récidive.
Néanmoins, malgré la connaissance généralisée du modèle RBR et des principes liés à l'efficacité des interventions correctionnelles (Bonta et Andrews, 2024), il est important de noter que toutes les interventions ne sont pas alignées avec ces principes – ce qui soulève des préoccupations quant à la qualité de certaines interventions échantillonnées. Bien que la présente étude n'ait pas examiné directement la qualité des interventions, des recherches plus larges dans le domaine ont démontré que certaines interventions — en particulier celles qui ne respectent pas les principes fondés sur des données probantes — peuvent, dans certains cas, entraîner une augmentation de la récidive. Ces risques soulignent l'importance d'évaluer à la fois le contexte et la qualité de la mise en œuvre des programmes correctionnels.
La plupart des effets ont démontré que les interventions (dans l'ensemble) étaient systématiquement associées à une réduction des cinq types de récidive (de 53,1 % pour la récidive sexuelle à 64,0 % pour la récidive en matière de VF/VPI; voir le tableau 15). Les résultats des revues systématiques avec méta-analyse concordent (50,0 % pour la récidive violente et 64,0 % pour la récidive en matière de VF/VPI; tableau 16). Toutefois, seuls 25,0 % (pour la récidive liée à l'usage de drogue) et 48,0 % des effets (pour la récidive en matière de VF/VPI) ont indiqué une réduction au moins modérée de la récidive. Un faible pourcentage des effets a démontré que les interventions augmentaient la récidive générale, sexuelle, en matière de VF/VPI et violente (de 2,0 % pour la récidive sexuelle à 10,8 % pour la récidive violente). Les effets des revues systématiques accompagnées d'une méta-analyse ont révélé pour leur part que la quasi-totalité de ces augmentations était de faible ampleur.
| Fréquence et pourcentage | Générale | Sexuelle | VF/VPI | Violente | Liée à l'usage de drogue |
|---|---|---|---|---|---|
| Totale d'effets (nombre) | 371 | 49 | 25 | 37 | 31 |
| Diminution de la récidive (nombre) | 226 | 26 | 16 | 21 | 19 |
| Diminution de la récidive (pourcentage) | 60.9 % | 53.1 % | 64.0 % | 56.8 % | 61.3 % |
| Augmentation de la récidive (nombre) | 16 | 1 | 1 | 4 | 0 |
| Augmentation de la récidive (pourcentage) | 4.3 % | 2.0 % | 4.0 % | 10.8 % | 0.0 % |
| Maintien de la récidive (nombre) | 119 | 19 | 8 | 12 | 10 |
| Maintien de la récidive (pourcentage) | 32.1 % | 38.8 % | 32.0 % | 32.4 % | 32.3 % |
| Effets mixtes (nombre) | 10 | 3 | 0 | 0 | 2 |
| Effets mixtes (pourcentage) | 2.7 % | 6.1 % | 0.0 % | 0.0 % | 6.5 % |
| Remarque :Les pourcentages représentent la proportion d'effets dans la colonne qui montrent l'orientation du changement dans le type de récidive précisé. | |||||
| Fréquence et pourcentage | Générale | Sexuelle | VF/VPI | Violente | Liée à l'usage de drogue |
|---|---|---|---|---|---|
| Totale d'effets (nombre) | 276 | 32 | 25 | 26 | 16 |
| Réduction significative (nombre) | 155 | 18 | 16 | 13 | 9 |
| Réduction significative (pourcentage) | 56.2 % | 56.3 % | 64.0 % | 50.0 % | 56.3 % |
| ≥ réduction modérée (nombre) | 72 | 10 | 12 | 11 | 4 |
| ≥ réduction modérée (pourcentage) | 26.1 % | 31.3 % | 48.0 % | 42.3 % | 25.0 % |
| Augmentation significative (nombre) | 12 | 1 | 1 | 4 | 0 |
| Augmentation significative (pourcentage) | 4.4 % | 3.1 % | 4.0 % | 15.4 % | 0.0 % |
| ≥ augmentation modérée (nombre) | 3 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| ≥ augmentation modérée (pourcentage) | 1.1 % | 0.0 % | 0.0 % | 0.0 % | 0.0 % |
| Remarque: Frequencies and percentages are the effects of systematic reviews with meta-analyses assessing the type of recidivism specified in each column. | |||||
Types d'interventions et récidive
Au-delà de l'estimation de l'efficacité globale des interventions correctionnelles, un objectif important de la présente étude était de séparer les données par type d'intervention afin de déterminer leur capacité relative de réduction de la récidive. Chaque type d’intervention recensé dans les rapports admissibles est défini ci-dessous. Les interventions ayant des racines théoriques ou des pratiques similaires ont été regroupées en une seule catégorie (p. ex. les tribunaux de la santé mentale et les tribunaux de traitement de la toxicomanie ont été regroupés en une seule catégorie, « Déjudiciarisation »).
Types d'interventions indiqués dans les revues systématiques et les méta-analyses
- Service d'assistance postpénale
- Programmes s'appliquant aux personnes concernées après leur mise en liberté d'un établissement correctionnel et conçus pour assurer un suivi et fournir les compétences et les ressources nécessaires à la réussite de leur réinsertion sociale.
- Gestion de la colère
- Thérapie offerte dans un cadre individuel ou en groupe visant à fournir des méthodes pour reconnaître les éléments déclencheurs, maîtriser la colère et déterminer des stratégies pour atténuer les sentiments qui y sont associés.
- Thérapie comportementale
- Manipulations comportementales et environnementales visant à aider la personne ayant eu des démêlés avec la justice à réapprendre les normes sociales (p. ex. économie de jetons).
- Camp de type militaire/formations correctionnelles
- Régime intense et militarisé pour certaines personnes incarcérées ayant des démêlés avec la justice.
- Thérapie cognitivo-comportementale (TCC)
- Cible la relation entre les cognitions et les comportements dysfonctionnels afin de perturber les schémas comportementaux inadaptés et d'établir des schémas plus sains et prosociaux.
- Formation axée sur les aptitudes cognitives
- Programmes de formation visant à améliorer les capacités en matière de résolution de problèmes, l'attention et la concentration, la mémoire, le traitement du risque et de la récompense, et les analyses coût-bénéfice.
- Counseling
- Écoute empathique des personnes afin de les encourager à s'exprimer et à atteindre leurs objectifs. L'« entretien motivationnel » est une approche humaniste particulièrement importante; il s'agit d'une technique de counseling reposant sur des entretiens qui renforcent la motivation intrinsèque en résolvant l'ambivalence à l'égard du changement et en donnant à la personne les moyens d'opérer un changement positif.
- Déjudiciarisation
- Stratégies qui détournent les personnes ayant des démêlés avec la justice des systèmes judiciaires traditionnels en les amenant devant des tribunaux qui imposent des programmes de traitement ciblant les facteurs sous-jacents à l'infraction criminelle. Il peut s'agir de l'usage de drogue (p. ex. les tribunaux de traitement de la toxicomanie), de maladies mentales et de symptômes (p. ex. les tribunaux de la santé mentale), ou de tribunaux axés sur des types de crimes en particulier (p. ex. les tribunaux en matière de VF/VPI).
- Modèle Duluth
- Programme destiné expressément aux auteurs de violence familiale ou entre partenaires intimes. Ce modèle vise à explorer et à traiter les origines de l'agression chez la personne, en ce qui concerne plus particulièrement son ou sa partenaire, et à enseigner des méthodes permettant de gérer et d'atténuer ces agressions.
- Formation/profession
- Programmes d'éducation en établissement, de formation pratique, de placement à l'extérieur ou formations visant à accroître les qualifications éducatives et professionnelles des personnes ayant des eu démêlés avec la justice.
- Thérapie de groupe
- Approche de groupe où le soutien des pairs fait partie intégrante du processus de traitement (p. ex. thérapie de groupe, Alcooliques/Narcotiques anonymes, autres programmes en 12 étapes).
- Traitement médical/chirurgical
- Castration chirurgicale et chimique. Ce service n'est généralement offert qu'aux personnes condamnées pour une infraction de nature sexuelle.
- Thérapie multisystémique
- Approche thérapeutique communautaire ou à domicile qui intègre des caractéristiques de la thérapie familiale et de la TCC pour traiter les facteurs de risque de récidive, ainsi que pour fournir aux membres du réseau social de la personne ayant eu des démêlés avec la justice les outils nécessaires pour favoriser sa réinsertion, après sa condamnation. Cette intervention est généralement proposée aux jeunes de 12 à 17 ans, mais ses effets peuvent également être évalués à long terme, de la délinquance juvénile à la criminalité adulte.
- Programmes adaptés aux infractions
- Adaptés à des types particuliers de récidive. En général, les types d'interventions intégrés dans ces programmes n'étaient pas précisés.
- Autres psychothérapies
- Collection réduite de psychothérapies qui ne font pas partie des thérapies comportementale, multisystémique et de groupe, de la TCC et de la psychoéducation, désignées comme étant des psychothérapies (sans autre précision) ou mentionnées dans moins de dix revues systématiques admissibles. Celles-ci comprennent la thérapie psychodynamique, la thérapie fondée sur l'introspection, la psychothérapie rationnelle émotionnelle et la thérapie de renforcement de la motivation.
- Pharmacologie
- Administration d'une substance exogène, y compris des médicaments et des hormones. Les thérapies pharmacologiques comprennent les agonistes opioïdes et les agonistes partiels, ainsi que l'utilisation de médicaments psychiatriques prescrits pour d'autres troubles mentaux. La « castration chimique » a également été incluse dans la catégorie des traitements médicaux/chirurgicaux.
- Psychoéducation
- Fournit aux personnes ayant eu des démêlés avec la justice des connaissances et un point de vue sur la maladie mentale ou le trouble lié à l'usage de drogue dont elles peuvent être atteintes. Il s'agit d'informations sur l'étiologie, la symptomatologie, le risque de rechute, les stratégies d'adaptation, les stratégies de traitement offertes, la nécessité d'adhérer au traitement, le pronostic et la déstigmatisation.
- Formation axée sur les aptitudes psychosociales
- Programmes de formation sur l'adaptation, la résilience et le soutien.
- Justice réparatrice
- Pratiques qui constituent des solutions de rechange au système traditionnel de justice pénale permettant un dialogue entre la personne accusée et la victime de l'infraction. Ces pratiques visent à réparer les dommages en facilitant la communication entre les responsables et les victimes afin d'aider la personne ayant des démêlés avec la justice à comprendre et à accepter la responsabilité des dommages qu'elle a causés, et d'aider les victimes à réduire leur anxiété et leur sentiment d'impuissance face à leur victimisation.
- Formation axée sur les aptitudes sociales
- Programmes de formation en vue de l'acquisition de certaines compétences, telles que la communication, les interactions interpersonnelles et la résolution de problèmes interpersonnels.
- Supervision
- Supervision modérée ou intensive ou suivi attentif des personnes ayant des démêlés avec la justice au sein de leur collectivité. La supervision peut être assurée par des agents de probation ou des membres de la famille, ce qui est le cas dans le cadre de la détention à domicile. La surveillance peut également comprendre le recours à un équipement de surveillance électronique, tel qu'un bracelet électronique.
- Autres
- Interventions mentionnées dans moins de dix revues systématiques admissibles et n'entrant dans aucune autre catégorie. Il s'agit notamment de la thérapie des schémas, de la formation en gestion des risques, de la désintoxication et des efforts autonomes.
- Non précisé
- Utilisation du terme générique « intervention », sans en préciser le type.
Un objectif important de cette RdR était de déterminer si chaque type d'intervention était principalement associé à une réduction de la récidive, une augmentation de la récidive, une absence d'effet ou des résultats mixtes en matière de récidive. À cette fin, le nombre et le pourcentage des effets ont été calculés pour chaque direction d'association — réduction, augmentation, aucun effet ou résultats mixtes. Il est à noter que, bien que certaines interventions aient été associées à une augmentation de la récidive dans des cas individuels, aucune intervention n'a présenté une majorité d'effets (c.-à-d. plus de 50 %) indiquant une augmentation de la récidive pour un type d'intervention donné.
Le tableau 17 indique les types d'interventions principalement associés à une réduction de la récidive, ou au maintien de la récidive, selon l'orientation de la relation entre le type d'intervention et la récidive reflétée par la majorité des effets (c.-à-d. plus de 50 %). Si aucune direction — réduction ou absence de changement — ne représentait plus de 50 % des effets, l'intervention était classée comme ayant des résultats mixtes.
Selon le tableau 17, presque tous les types d'interventions étaient associés à une réduction de la récidive générale, de sorte que le groupe ayant reçu l'intervention était moins susceptible de récidiver comparativement au groupe témoin. De plus, comme mentionné ci-dessus, aucun type d'intervention unique n'a présenté une majorité d'effets indiquant une augmentation de la récidive. Les seuls types d'interventions qui n'ont pas entraîné de réduction de la récidive générale, selon la majorité des effets, étaient les camps militaires, la méthode Duluth, la justice réparatrice (bien que cette dernière ait permis de réduire efficacement la récidive sexuelle et violente), et la surveillance intensive. Cela suggère que la plupart des types d'interventions correctionnelles sont plus efficaces que les interventions ayant un objectif de réhabilitation limité (p. ex. les camps militaires et la surveillance intensive), ainsi que les peines correctionnelles sans composante de traitement.
| Intervention | Générale | Sexuelle | Violente | VF/VPI | Drogue |
|---|---|---|---|---|---|
| Service d'assistance postpénale | Oui | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Gestion de la colère | Oui | s.o. | Oui | s.o. | s.o. |
| Thérapie comportementale | Oui | Oui | Oui | s.o. | s.o. |
| Camps de type militaire | Non | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Thérapie cognitivo-comportementale | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui * (interpréter avec prudence) |
| Formation en aptitudes cognitives | Oui | Oui | Oui | Oui | s.o. |
| Counseling | Oui | s.o. | Non | Oui | Oui |
| Déjudiciarisation | Oui | s.o. | Oui | s.o. | Oui |
| Modèle Duluth | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui | s.o. |
| Études et formation professionnelle | Oui | s.o. | s.o. | s.o. | Oui |
| Thérapie de groupe | Oui | Non | Oui | Oui | Oui * (interpréter avec prudence) |
| Traitement médical/chirurgical | Oui | s.o. | Oui * (interpréter avec prudence) | s.o. | s.o. |
| Thérapie multisystémique | Oui | Oui | Non * (interpréter avec prudence) | s.o. | s.o. |
| Programmes adaptés aux infractions | Oui | s.o. | s.o. | Non * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) |
| Autres psychothérapies | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Pharmacologie | s.o. | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | s.o. | Non |
| Psychoéducation | s.o. | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui | s.o. |
| Formation axée sur les aptitudes psychosociales | Oui | s.o. | s.o. | Oui * (interpréter avec prudence) | Non * (interpréter avec prudence) |
| Justice réparatrice | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui | s.o. | s.o. |
| Formation axée sur les aptitudes sociales | Oui | s.o. | s.o. | Oui | s.o. |
| Supervision | s.o. | s.o. | s.o. | Non | s.o. |
| Autres | Oui | Oui | s.o. | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui |
| Non précisé | Oui | s.o. | s.o. | Oui | s.o. |
| Remarque. La catégorie « Autres » comprenait les interventions mentionnées dans moins de dix revues systématiques admissibles et qui ne correspondaient à aucune autre catégorie. Celles-ci incluaient la thérapie des schémas, la formation en gestion des risques, la désintoxication et l'entraide. La catégorie « Non précisé » comprenait les cas où le terme « intervention » était utilisé comme terme générique, sans précision quant au type. | |||||
Le tableau 18 indique si la taille de l'effet d'une intervention atteignait une ampleur suggérant au moins une réduction modérée de la récidive, selon que la majorité des effets issus de revues systématiques avec méta-analyse (>50 %) indiquaient que la différence de récidive entre le groupe traité et le groupe témoin était d'une ampleur au moins modérée.
| Intervention | Générale | Sexuelle | Violente | VF/VPI | Drogue |
|---|---|---|---|---|---|
| Service d'assistance postpénale | Non | Non | Non | Non | Non |
| Gestion de la colère | Oui | Non | Oui | Non | Non |
| Thérapie comportementale | Non | Oui | Oui | Non | Non |
| Camps de type militaire | Non | Non | Non | Non | Non |
| Thérapie cognitivo-comportementale | Non | Oui | Oui | Oui | Non |
| Formation en aptitudes cognitives | Non | Non | Oui | Oui | Non |
| Counseling | Non | Non | Non | Oui | Non |
| Déjudiciarisation | Non | Non | Non | Non | Non |
| Modèle Duluth | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Non | Non |
| Études et formation professionnelle | Non | Non | Non | Non | Non |
| Thérapie de groupe | Non | Non | Oui | Oui | Non |
| Traitement médical/chirurgical | Oui | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Non | Non |
| Thérapie multisystémique | Non | Non | Non | Non | Non |
| Programmes adaptés aux infractions | Oui | Non | Non | Non | Non |
| Autres psychothérapies | Non | Oui | Oui | Oui | Non |
| Pharmacologie | Oui | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Non | Non |
| Psychoéducation | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui | Non |
| Formation axée sur les aptitudes psychosociales | Non | Non | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Non |
| Justice réparatrice | Non | Non | Non | Non | Non |
| Formation axée sur les aptitudes sociales | Non | Non | Non | Oui | Non |
| Supervision | Non | Non | Non | Non | Non |
| Autres | Oui | Non | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui |
| Non précisé | Oui | Non | Non | Oui | Non |
| Remarque. La catégorie « Autres » comprenait les interventions mentionnées dans moins de dix revues systématiques admissibles et qui ne correspondaient à aucune autre catégorie. Celles-ci incluaient la thérapie des schémas, la formation en gestion des risques, la désintoxication et l'entraide. La catégorie « Non précisé » comprenait les cas où le terme « intervention » était utilisé comme terme générique, sans précision quant au type. | |||||
Selon le tableau 18, les réductions les plus marquées de la récidive générale (c.-à-d. d'au moins une ampleur modérée) étaient associées à la participation à des programmes de gestion de la colère, à des programmes ciblant des infractions spécifiques, ainsi qu'à des interventions pharmacologiques. Il convient de noter que, bien que les interventions médicales/chirurgicales aient entraîné une réduction de la récidive générale d'au moins une ampleur modérée, ces effets étaient propres aux personnes ayant commis une infraction sexuelle.
Les tableaux 17 et 18 montre notamment que la participation des personnes ayant eu des démêlés avec la justice à des interventions cognitives et psychothérapeutiques – y compris la TCC, les formations axées sur les aptitudes cognitives et d'autres formes de psychothérapie – a systématiquement donné lieu à des effets de réduction de la récidive des infractions violentes, sexuelles, en matière de VF/VPI ou liées à l'usage de drogue. En outre, toutes les réductions de la récidive liées aux interventions psychothérapeutiques étaient au moins d'une ampleur modérée, à l'exception de la récidive liée à l'usage de drogue.
Les autres types d'interventions n'ont pas été systématiquement associés à des réductions de tous les types de récidive. Malgré la grande efficacité de la TCC, de la formation axée sur les aptitudes cognitives et des psychothérapies connexes, certains types d'interventions se sont révélés particulièrement efficaces pour réduire certaines formes de récidive, mais pas d'autres. En ce qui concerne la récidive sexuelle, les interventions les plus efficaces – entraînant au moins une réduction modérée de la récidive – comprenaient la thérapie comportementale. En ce qui concerne la récidive violente, les types d'interventions les plus efficaces sont la gestion de la colère, la thérapie comportementale et la thérapie de groupe. En ce qui concerne la récidive en matière de VF/VPI, les interventions les plus efficaces sont le counseling, la thérapie de groupe, la psychoéducation et la formation axée sur les aptitudes sociales. Enfin, en ce qui concerne la récidive liée à l'usage de drogue, seuls les « autres types d'interventions » (c'est-à-dire les antidémarreurs et les programmes non précisés de prévention des rechutes et de la conduite avec facultés affaiblies) ont produit des effets modérés.
Contextes des interventions
La présente étude a également permis d'évaluer si l'effet des interventions variait en fonction du contexte particulier dans lequel elles étaient mises en œuvre. Cinq contextes ont été recensés dans les revues systématiques échantillonnées, que nous définissons ci-dessous. Le tableau 19 présente un résumé des contextes d'intervention associés à une réduction, une absence de changement ou des résultats mixtes en matière de récidive, selon la direction de la majorité des effets. Comme pour les effets associés aux types d'intervention, aucun contexte n'a montré une majorité d'effets (c.-à-d. plus de 50 %) indiquant une augmentation globale de la récidive. Le tableau 20 présente un résumé des contextes d'intervention associés à une réduction d'au moins une ampleur modérée de la récidive, selon les effets issus de revues systématiques comportant une méta-analyse.
Contextes recensés à partir des revues systématiques et des méta-analyses
- Détention
- Incarcération dans les systèmes correctionnels provinciaux/étatiques et fédéraux.
- Collectivité
- Interventions réalisées dans des cadres autres que carcéraux et résidentiels au sein de la collectivité.
- Tribunaux
- Interventions effectuées dans un cadre judiciaire. Le plus souvent, pratiques de déjudiciarisation (p. ex. tribunaux de la santé mentale).
- Résidentiel
- Interventions effectuées au domicile de la personne ou à son adresse fixe.
- Hôpital
- Interventions réalisées dans des hôpitaux généraux ou psychiatriques.
Les tableaux 19 et 20 ont montré que les interventions mises en œuvre dans tous les contextes étaient associées à des réductions de la récidive générale, bien que les effets soient principalement de faible ampleur; seules les interventions réalisées en milieu hospitalier ont démontré des réductions d'au moins une ampleur modérée. De même, les interventions mises en œuvre dans tous les contextes étaient associées à des réductions de la récidive violente, mais ces réductions étaient d'au moins une ampleur modérée dans tous les contextes sauf celui des tribunaux. En ce qui concerne la récidive sexuelle, des réductions d'au moins une ampleur modérée ont été observées en milieu carcéral, communautaire et résidentiel. La récidive en matière de violence conjugale ou familiale (IPV/DV) a montré des réductions dans tous les contextes sauf celui des tribunaux, avec des effets d'au moins une ampleur modérée. Enfin, la récidive liée aux drogues a été réduite à la suite d'interventions mises en œuvre en milieu communautaire et dans les tribunaux, seul ce dernier étant associé à des réductions d'au moins une ampleur modérée.
| Contexte | Générale | Sexuelle | Violente | VF/VPI | Drogue |
|---|---|---|---|---|---|
| Détention | Oui | Oui | Oui | Oui | s.o. |
| Collectivité | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Tribunaux | Oui | s.o. | Oui | s.o. | Oui |
| Résidentiel | Oui | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | s.o. |
| Hôpital | Oui | s.o. | Oui | Oui * (interpréter avec prudence) | Non * (interpréter avec prudence) |
| Contexte | Générale | Sexuelle | Violente | VF/VPI | Drogue |
|---|---|---|---|---|---|
| Détention | Non | Oui | Oui | Oui | Non |
| Collectivité | Non | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Tribunaux | Non | Non | Oui | Non | Oui |
| Résidentiel | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Non |
| Hôpital | Oui | Non | Oui | Oui * (interpréter avec prudence) | Non |
Discussion
Le principal objectif de cette étude était d'évaluer l'efficacité des interventions correctionnelles pour réduire la récidive en utilisant une approche vaste et complète qui n'avait pas encore été utilisée dans les RdR précédentes. L'efficacité des interventions a également été évaluée en fonction : 1) du type d'intervention; 2) du contexte dans lequel l'intervention a été mise en œuvre. Une recherche exhaustive des revues systématiques évaluant l'efficacité des interventions correctionnelles a permis d'identifier un large éventail de types d'interventions issus des théories de la biologie, chimie et médecine (p. ex. pharmacologie, traitement médical/chirurgical); de la psychothérapie (p. ex. TCC, thérapie multisystémique); de la schématisation et de la socialisation (p. ex. modèle de Duluth; formation axée sur les aptitudes sociales et psychosociales); du béhaviorisme (p. ex. thérapie comportementale); de la justice réparatrice; de la déjudiciarisation (p. ex. tribunaux de traitement de la toxicomanie, tribunaux de la santé mentale), de l'éducation et de la formation (p. ex. psychoéducation, formation axée sur les aptitudes cognitives, gestion de la colère), du counseling, de la « dissuasion par la peur » (p. ex. camps de type militaire), et des services d'assistance postpénale. L'éventail vaste d'interventions évaluées dans la littérature empirique fournit une mine de données à partir desquelles il est possible de synthétiser les résultats et de déterminer les interventions et les caractéristiques qui produisent les plus importants effets de réduction de la récidive.
Effets globaux des interventions correctionnelles sur la récidive
L'effet global des interventions correctionnelles a été déterminé en synthétisant la différence des taux de récidive entre les personnes judiciarisées ayant participé à des interventions correctionnelles (peu importe le type d'intervention) et les groupes témoins n'ayant pas reçu d'intervention. À partir de cette synthèse, il a été déduit que tout juste plus de la moitié des effets d'intervention (60 %) ont démontré que les interventions correctionnelles étaient associées à une réduction de la récidive. Cette tendance s'est confirmée pour chaque type de récidive lorsque les changements désagrégés ont été évalués. Cela suggère que les interventions correctionnelles pourraient réduire la récidive plus efficacement que l'incarcération ou les peines communautaires sans composante de traitement.
Ces résultats appuient également, de manière provisoire, le corpus de données probantes qui contredit les positions antérieures selon lesquelles « rien ne fonctionne » dans le traitement des personnes judiciarisées (Farabee, 2005; Kirby, 1954; Martinson, 1974), en identifiant un éventail de stratégies d'intervention ayant le potentiel de réduire efficacement la récidive. Ce qui « fonctionne », selon la présente étude, est conforme à une approche médico-légale contemporaine fondée sur des pratiques thérapeutiques, réhabilitatives et éducatives fondées sur des données probantes (Bonta & Andrews, 2024; Cullen & Gendreau, 2007; MacKenzie & Lattimore, 2018; Riley, 2011).
Malgré les tendances globalement positives, plus de 70 % des effets issus des méta-analyses reflétaient principalement des réductions faibles de la récidive. Environ 30 % des effets observés dans cette étude indiquaient une absence de changement en matière de récidive, et une petite proportion (4 à 10 %) montrait encore une augmentation de la récidive. Ces résultats nuls ou négatifs pourraient refléter des limites dans le respect des principes fondés sur des données probantes. Étant donné que la qualité des interventions n'a pas été évaluée systématiquement dans cette étude, des recherches supplémentaires sont recommandées afin d'évaluer dans quelle mesure ces programmes sont alignés avec les pratiques fondées sur des données probantes et de mieux comprendre leur impact. Des recherches futures devraient également explorer comment améliorer l'efficacité des interventions correctionnelles afin de réduire davantage la récidive.
Comme mentionné précédemment, la récidive peut avoir des répercussions importantes sur la sécurité publique, le tissu social et les finances publiques si elle n'est pas abordée. La récidive représente une part importante de la criminalité (Ministère de la Justice du Canada, 2019; Falk et al., 2014) et coûte des millions aux contribuables (Day et al., 2015; Gabor, 2015). La présente étude a examiné si le type d'intervention appliqué influençait l'efficacité de la réduction de la récidive. Cette question a été évaluée en examinant la relation entre chaque type d'intervention et les changements en matière de récidive générale, ainsi que de récidive sexuelle, violente, liée à la violence conjugale/familiale VF\VPI et liée aux drogues. Les résultats et les implications de cette évaluation sont décrits ci-dessous.
Effets individuels des différents types d'interventions
Les interventions ayant produit les effets les plus probants étaient celles fondées sur les théories cognitives de la psychologie. Ces interventions comprenaient la formation aux habiletés cognitives, qui vise à améliorer la capacité de résolution de problèmes, l'attention et la concentration, la mémoire, le traitement des risques et des récompenses, ainsi que l'analyse coûts-avantages des actions posées; et la TCC, qui – en milieu correctionnel – se concentre sur l'identification des antécédents cognitifs ou des schémas de pensée inadaptés qui sous-tendent, mènent à ou justifient les comportements criminels, puis sur leur modification afin de favoriser des comportements prosociaux (Bonta & Andrews, 2024).
Ces résultats sont cohérents avec le principe de réceptivité générale du modèle RBR (risque-besoin-réceptivité), selon lequel les traitements fondés sur les approches cognitivo-comportementales et l'apprentissage social optimisent la réduction de la récidive (Bonta & Andrews, 2024). Ainsi, cela appuie l'idée qu'une intervention respectant, à tout le moins, le principe de réceptivité peut souvent être associée à une diminution de la récidive. Des recherches futures qui évalueraient également la mise en œuvre des principes du risque (c.-à-d. utilisation d'un outil d'évaluation du risque avant le traitement) et du besoin (p. ex. cibler les cognitions antisociales) pourraient permettre de mieux cerner les forces et les faiblesses potentielles des interventions correctionnelles et du modèle RBR dans son ensemble.
Au-delà des interventions cognitives et, plus largement, des interventions psychothérapeutiques dans leur ensemble (p. ex. la thérapie fondée sur l'introspection, la psychothérapie rationnelle émotionnelle et la thérapie de renforcement de la motivation), d'autres types d'interventions correctionnelles ont également permis des réductions significatives de formes particulières de récidive, selon cette RdR. En ce qui concerne la récidive sexuelle, les autres types d'interventions efficaces comprenaient la thérapie comportementale. Cela suggère que le renforcement prosocial, même en l'absence de formation axée sur les aptitudes cognitives, pourrait donner lieu à une réduction de la récidive sexuelle. La réduction de la récidive violente a été associée à la gestion de la colère, à la thérapie comportementale et à la thérapie de groupe, ce qui suggère que les interventions axées sur la régulation des émotions, le renforcement prosocial et le soutien de groupe peuvent atténuer la récidive violente.
De même, la réduction de la récidive en matière de VF/VPI a été associée à la thérapie de groupe, à la formation axée sur les aptitudes sociales, au counseling et à la psychoéducation, ce qui souligne l'importance du développement des compétences sociales et d'autres composantes éducatives dans la réduction de la violence familiale et entre partenaires intimes. Enfin, en ce qui concerne la récidive liée à l'usage de drogue, peu d'interventions ont permis une réduction au moins modérée de la récidive, celles-ci se limitant à d'« autres » types d'interventions (notamment les antidémarreurs). Toutefois, ce résultat doit être interprété avec prudence et pourrait être un artéfact du corpus plus limité de littérature spécifiquement consacrée à la récidive liée à l'usage de drogue par rapport à d'autres formes de délinquance – plus particulièrement, le nombre d'effets recensés pour celle-ci était de 31, contre 371 pour la récidive en général.
L'étude actuelle a identifié quelques interventions n'ayant entraîné aucun changement en matière de récidive et qui ont donc été qualifiées d'inefficaces. Ces approches mettaient l'accent sur une attitude « répressive » envers la personne contrevenante, notamment les camps d'entraînement de type bootcamp et la surveillance intensive sans composante de traitement additionnelle visant à favoriser un changement comportemental durable. Cette constatation est conforme aux recherches antérieures, lesquelles suggèrent que ce type de stratégies pourrait avoir un effet contre-productif sur la réduction de la récidive (Barnett et Howard, 2018), notamment en raison de leur non-respect des principes du RNR (Bonta et Andrews, 2024). Toutefois, les pratiques de justice réparatrice ont également été jugées relativement inefficaces, ce qui va à l'encontre des hypothèses selon lesquelles la justice réparatrice pourrait jouer un rôle clé dans la réduction des comportements criminels futurs et de la récidive (Daly, 2021 ; Groupe de travail fédéral-provincial-territorial sur la justice réparatrice, 2020 ; Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, 2020). L'un des facteurs pouvant expliquer l'absence d'effets observés des pratiques de justice réparatrice est la variabilité dans la mise en œuvre de leurs composantes thérapeutiques et de réadaptation. Il pourrait donc être prématuré de qualifier comme inefficaces les pratiques de justice réparatrice, de même que les bootcamps et la surveillance intensive, tant que la qualité de ces interventions et leur conformité à des principes thérapeutiques éprouvés n'auront pas fait l'objet d'une évaluation systématique.
Les implications de la qualité des interventions
Malgré certaines conclusions générales sur les formes d'intervention correctionnelle les plus prometteuses, le lecteur est invité à faire preuve de prudence, car au-delà du type d'intervention, de nombreux autres facteurs peuvent influencer l'efficacité des programmes. L'un des motifs pour lesquels les interventions correctionnelles peuvent produire des résultats sous-optimaux réside dans la qualité des interventions mises en œuvre. La recherche a appuyé des lignes directrices sur le « quoi », le « qui » et le « comment » des interventions correctionnelles, notamment dans le cadre du modèle RBR (Bonta & Andrews, 2024). Bien que la qualité des revues systématiques individuelles ait été évaluée lors du processus de recherche PRISMA, la qualité de chaque intervention ne l'a pas été. Il est à noter que, compte tenu de données incohérentes et peu fiables, cette revue des revues (RdR) n'a pas pu coder dans quelle mesure les interventions respectaient les principes d'une intervention correctionnelle efficace – soit ceux encapsulés dans le modèle RBR. Des recherches futures devraient examiner le respect du modèle RBR, ainsi que d'autres cadres de traitement (p. ex. le modèle des vies enrichies; Ward et al., 2007), comme variables modératrices potentielles de l'efficacité des interventions correctionnelles sur la récidive. Cela pourrait aider à expliquer pourquoi la grande majorité des effets (~70 %) ont démontré seulement de faibles réductions de la récidive et pourquoi environ ~10 % ont observé une augmentation de la récidive après les interventions. Il est probable que les effets aient été dilués en intégrant toutes les interventions dans l'analyse, sans égard à leur qualité.
À l'inverse, il est raisonnable de supposer que des résultats plus positifs seraient obtenus avec des interventions respectant les principes fondamentaux du modèle RBR et mises en œuvre avec fidélité (c.-à-d. telles que conçues par les développeurs du programme). D'une part, la présente étude offre des résultats prometteurs concernant l'utilisation de la TCC et d'autres interventions psychothérapeutiques axées sur les processus cognitifs, et leur effet sur la réduction de la récidive, ce qui est directement conforme au cadre RBR (Bonta & Andrews, 2024). De plus, une longue tradition de revues systématiques a démontré que le respect du modèle RBR améliore l'efficacité des interventions correctionnelles (Dowden & Andrews, 2000; Hanson et al., 2009; Prendergast et al., 2013; Travers et al., 2021). En revanche, les revues systématiques ayant rapporté une augmentation de la récidive après intervention ont souligné que cela pourrait refléter un non-respect du modèle RBR (Lowenhamp et al., 2006; Shaffer, 2011) ainsi qu'un taux élevé d'abandon de traitement (Olver et al., 2011). Bien que des revues systématiques plus récentes aient produit des résultats incohérents (Duan et al., 2023; Fazel et al., 2024), l'opérationnalisation des principes RBR dans leurs méta-analyses était vague, ce qui pourrait expliquer l'absence d'effet. De plus, Duan et ses collègues (2023) ont affirmé que la TCC est incompatible avec le modèle RBR, alors qu'en réalité, la TCC constitue un élément clé du principe de réceptivité générale (voir Bonta & Gendreau, 2024 pour une analyse complète). Cette erreur fondamentale suggère en outre que certaines études pourraient avoir été mal codées. À la connaissance des auteurs, aucune RdR n'a intégré le niveau de respect du modèle RBR (ou d'autres indicateurs de qualité des programmes) comme variable modératrice. Toutefois, selon la présente étude, on peut supposer que le respect du modèle RBR serait associé à des réductions substantielles de la récidive générale et spécifique.
Le lecteur est également invité à considérer d'autres facteurs qui auraient pu modérer les résultats des interventions correctionnelles, notamment la fidélité de mise en œuvre; la qualité de la relation entre le client et l'intervenant; et la possibilité que les clients aient participé à plusieurs programmes d'intervention, soit de manière séquentielle, soit en parallèle. Aucun de ces indicateurs n'a pu être inclus dans la RdR en raison du manque de détails disponibles dans les articles primaires. Toutefois, des recherches empiriques antérieures ont souligné l'importance de ces facteurs comme modérateurs de l'efficacité des programmes (Blagden et al., 2016; Bonta & Andrews, 2024; Polaschek, 2011; Riley, 2011; Rotter & Carr, 2013).
Les contextes d'intervention et la récidive
La présente étude comprend également l'évaluation de la manière dont l'efficacité de l'intervention variait en fonction du contexte de sa prestation, à savoir l'incarcération, la détention dans la collectivité, l'hospitalisation, un programme imposé par les tribunaux (p. ex. les pratiques de déjudiciarisation) et le cadre résidentiel (p. ex. la détention à domicile). Des réductions significatives de la récidive ont été observées dans le cadre d'interventions menées dans tous les contextes. Notamment, les interventions dans la collectivité et en établissement correctionnel ont été associées à une réduction de la récidive. Cependant, la présente RdR n'a pas permis de comparer directement l'efficacité des interventions réalisées en milieu carcéral par rapport à celles qui sont mises en œuvre en milieu communautaire. La seule conclusion que l'on puisse tirer de ces résultats est que les interventions correctionnelles ont le potentiel d'être efficaces dans ces deux contextes généraux et que, si une personne est jugée apte, les interventions communautaires devraient faire partie de la peine.
Il convient de souligner que les recherches existantes ont permis de comparer directement l'efficacité des interventions menées dans la collectivité par rapport à celles des établissements correctionnels, et montré que les premières étaient associées à des réductions plus importantes de la récidive (Andrews et Bonta, 2006; Koehler et Losel, 2024). Ces résultats peuvent en effet s'expliquer en partie par le fait que les personnes condamnées à une peine à purger dans la collectivité présentent généralement un risque plus faible et ont commis des infractions moins graves que les personnes condamnées à une peine de détention. Par conséquent, dans la mesure où cela ne compromet pas la sécurité publique, il est recommandé d'administrer le traitement dans un cadre communautaire plutôt qu'en détention dans les cas où le niveau de risque global de la personne délinquante permet d'envisager une peine dans la collectivité.
Il est intéressant de noter que la présente étude a révélé que les interventions menées en milieu hospitalier (p. ex. TCC et autres psychothérapies, interventions pharmacologiques, interventions médicales/chirurgicales) étaient associées à des réductions de la récidive générale d'une ampleur au moins modérée, ce qui valait également pour la récidive violente et la récidive en matière de VF/VPI. Cette constatation pourrait s'expliquer par le fait que les hôpitaux et les établissements psychiatriques favorisent une philosophie davantage axée sur le traitement et les soins dans leur interaction avec les personnes concernées que les programmes mis en œuvre dans les établissements correctionnels traditionnels (Lamb et Weinberger, 2005); Urbanoski et coll., 2008). Par exemple, une étude qualitative a révélé que les membres du personnel des établissements correctionnels s'inquiétaient du fait que certaines personnes ayant des démêlés avec la justice, en particulier celles qui sont atteintes de graves problèmes de santé mentale, ont des besoins non satisfaits dans les établissements correctionnels et bénéficieraient de traitements plus complets en milieu hospitalier (Segal et coll., 2018). Toutefois, compte tenu des ressources limitées, la question de savoir si une personne ayant des démêlés avec la justice recevra un traitement dans un établissement correctionnel traditionnel ou en milieu hospitalier dépend de la gravité des problèmes de santé mentale et de la nature de l'infraction criminelle (Brown et coll., 2024; Pozzulo et coll., 2022). Par ailleurs, la recherche a démontré que les personnes ayant des démêlés avec la justice sont de plus en plus souvent déplacées du milieu hospitalier vers le milieu carcéral en raison de la stagnation ou de la diminution des capacités hospitalières et de l'augmentation des problèmes de santé mentale au sein de la population générale (non carcérale) (Lamb et Weinberger, 2005); Huxter, 2012; Kim, 2016; Slate, 2017).
Limites de l'étude
La présente recherche comporte certaines limites et mises en garde. Comme indiqué précédemment, l'impossibilité de coder de manière fiable la conformité aux principes du modèle RBR ou d'autres indices de la qualité de l'intervention n'a pas permis de déterminer dans quelle mesure ces facteurs ont une incidence sur l'efficacité générale du programme. Il est recommandé que les études primaires intègrent des détails clairs sur la conformité aux principes du modèle RBR et la fidélité de sa mise en œuvre afin que les futures revues systématiques puissent intégrer ces mesures.
De plus, les auteurs de la présente RdR n'ont pas codé l'effet modérateur propre à la durée du suivi. Par conséquent, les résultats actuels ne permettent pas de déterminer si ces effets reflètent des changements à court ou à long terme dans les dispositions et les attitudes liées au comportement criminel. Les périodes de suivi habituelles varient entre 2 et 5 ans (Pedneault et coll., 2024; Stewart et coll., 2019), et les périodes de suivi plus longues sont généralement associées à des taux de récidive plus élevés. Par conséquent, les recherches futures devraient considérer la durée du suivi comme un facteur modérateur de l'efficacité des programmes de traitement et identifier les interventions qui permettent de réduire la récidive à court ou à long terme.
En outre, l'une des limites des RdR, en général, est le manque d'indépendance de chaque revue systématique comprise dans l'analyse. Dans un vaste ensemble de revues systématiques portant sur des sujets particuliers, certaines ont probablement regroupé leurs résultats sur la base de références identiques (c'est-à-dire de sources originales/primaires). Idéalement, on recommande d'éviter le chevauchement des sources primaires entre les revues systématiques comprises dans une RdR (Petticrew et Roberts, 2006; Petrosino et Lavenberg, 2007; Welsh et Rocque, 2014). Une analyse de l'indépendance des études a été menée par les auteurs de la présente RdR, ce qui a nécessité l'extraction de la référence des études primaires regroupées dans chaque effet inclus dans cette RdR. Cette analyse a révélé un chevauchement important des études primaires entre les revues systématiques, ce qui a également été constaté dans d'autres RdR (p. ex. Weisburd et coll., 2017). Par conséquent, il est plausible que les résultats des études primaires aient été comptabilisés deux fois, ce qui pourrait gonfler les résultats de la RdR.
La production d'une « moyenne de moyennes » est également généralement une autre limite des RdR. Cela risque d'occulter des détails importants et de donner une vision trop simplifiée des données. Par exemple, la présente étude crée des catégories de récidive fondées sur des catégorisations antérieures dans les revues systématiques échantillonnées, ce qui exclut l'examen de l'effet des interventions sur des crimes particuliers (p. ex. l'importation/exportation de substances illégales). Par conséquent, les résultats de cette étude ne doivent pas être considérés comme faisant autorité sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas dans les établissements correctionnels, mais plutôt comme des indices de ce qui pourrait fonctionner et de ce qui pourrait nécessiter des recherches plus approfondies.
Enfin, bien que certains indices de la qualité méthodologique des revues systématiques échantillonnées aient été extraits et évalués, celles-ci ne comprenaient pas suffisamment d'informations pour déterminer l'effet modérateur de la qualité méthodologique sur les effets des interventions. Les auteurs de la présente RdR encouragent leurs homologues à faire état de leurs évaluations méthodologiques, conformément aux principes d'évaluation de la qualité méthodologique des revues systématiques (Shea et coll., 2017). Les travaux à venir devraient tenir compte de ces indicateurs de qualité lors de la détermination de l'efficacité globale des différentes interventions correctionnelles.
Orientations futures
La présente RdR offre plusieurs pistes de recherche pour l'avenir. Par exemple, comme mentionné ci-dessus, les futures études primaires devraient considérer la conformité aux principes du modèle RBR et d'autres éléments relatifs à la qualité du traitement comme étant des facteurs de modération importants dans les évaluations des interventions correctionnelles. Alors qu'un futur rapport de recherche pourrait comporter une évaluation de la qualité des interventions (dans la mesure du possible en fonction des études primaires), une méta-analyse à grande échelle constitue également une option qui permettrait d'éviter le risque de chevauchement des études primaires.
Dans la présente RdR, il a par ailleurs été impossible de comparer directement l'efficacité des différents types d'intervention mis en œuvre dans différents contextes (p. ex. une TCC en milieu carcéral par rapport à une TCC en milieu communautaire) ni d'évaluer l'efficacité des différentes interventions les unes par rapport aux autres. Les futures études devraient explorer l'influence du contexte de la prestation sur l'efficacité d'interventions particulières et prévoir des comparaisons directes entre différents types d'interventions afin de mieux comprendre leurs effets sur la réduction de la récidive.
En outre, si la présente étude a permis d'évaluer l'effet des interventions sur diverses formes de récidive, d'autres recherches devraient examiner l'efficacité des interventions sur diverses populations, éventuellement sous l'angle de l'analyse comparative entre les sexes Plus (ACS+). En effet, de nombreuses interventions ont été développées à partir d'un échantillon composé principalement d'hommes blancs adultes ayant eu des démêlés avec la justice. Les futures RdR devraient se pencher sur l'efficacité des interventions auprès d'autres populations, notamment les jeunes, les membres de divers groupes ethnoraciaux et les membres de différents sexes biologiques, d'identités de genre et d'orientations sexuelles.
Conclusion
La présente étude a consisté en une recherche exhaustive de revues systématiques évaluant l'effet des interventions correctionnelles sur la récidive. La conclusion générale suggère que les interventions correctionnelles, en particulier les interventions thérapeutiques de nature cognitivo-comportementale (p. ex. la TCC), sont plus efficaces pour réduire la récidive que les approches plus punitives ou coercitives qui n'intègrent pas de composante de traitement. D'autres recherches sont nécessaires, notamment en ce qui concerne l'interaction entre la conformité aux principes liés à l'efficacité des interventions correctionnelles et le type de programme. Néanmoins, les résultats de cette étude soutiennent fortement le modèle de réhabilitation que sont les interventions correctionnelles.
Références
Liste de références (*figurant dans la RdR)
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