Pratiques efficaces pour réduire la récidive
Résumé d'une revue systématique des revues sur l'efficacité des interventions (R004-VB-2026)
Tables des matières
Introduction
En quoi consiste la récidive
Toute nouvelle infraction criminelle commise par une personne impliquée dans le système judicaire (PISJ) après une première intervention judicaire.
La récidive peut être mesurée à l'aide de divers indicateurs de nouveaux contacts entre PISJs et le système judicaire, y compris une nouvelle arrestation, une nouvelle condamnation ou la réincarcération.
Pourquoi étudier les pratiques efficaces pour réduire la récidive
On estime 35-50 % des PISJs impliqués dans le système judiciaire provincial et fédéral ont été coupables d'une infraction quelconque en 3 ans.Note de fin de document i
La récidive représente une grande proportion de la criminalitéNote de fin de document iiNote de fin de document iii. Collectivement, les infractions commises par les PISJs chroniques coûtent entre 12 et 17 millions de dollars aux contribuables canadiens sur 15 ansNote de fin de document iv. Ces coûts comprennent ceux liés à la victime, à la police, aux tribunaux, aux poursuites, à l'aide juridique, aux services correctionnels et aux estimations des crimes non détectés et de leurs coûts.
Trouver des interventions efficaces pour réduire la récidive pourrait entraîner des avantages économiques et sociaux importants.
Il peut être difficile de choisir les interventions correctionnelles appropriées, car il existe un grand nombre d'évaluations portant sur de nombreux types d'interventions. Chaque évaluation applique des méthodologies différentes et produit parfois des résultats variés qui peuvent contredire les recherches antérieures.
L'étude actuelle comble cette lacune en matière de connaissances en résumant systématiquement les recherches disponibles sur l'efficacité des interventions correctionnelles. Cette recherche provient de plusieurs juridictions à travers le monde. Elle permet de mieux comprendre les types d'interventions correctionnelles qui sont les plus prometteuses pour réduire la récidive.
Méthodologie
Aperçu
Cette revue de revues (RdR) résume les effets des interventions conçues pour réduire la récidive chez les adultes PISJs. Elle comprend des méta-analyses et revues systématiques.
Qu'est-ce qu'un RdR systématique
Un RdR systématique est une méthode qui consiste à synthétiser les résultats de multiples méta-analyses ou revues systématiques.
- Une revue systématique évalue et synthétise un certain nombre d'études primaires sur un sujet précis qui répondent à un ensemble de critères prédéfinis
- Une méta-analyse résume les résultats d'études primaires sur un sujet précis à l'aide de méthodes statistiques précises
Stratégie de recherche et critères d'inclusion
Des recherches ont été effectuées dans plusieurs bases de données scientifiques à l'aide de termes clés. Pour être incluse dans le RdR, l'étude doit comporter les éléments suivants :
- une méta-analyse ou une revue systématique concernant l'effet d'une ou de plusieurs interventions sur la récidive chez les adultes
- une mesure directe de la récidive (p. ex., nouvelle arrestation, nouvelle condamnation, réincarcération, etc.); et
- un groupe de comparaison pour déterminer si la variation de la récidive était due à l'intervention
Échantillon de recherche
Au total, 141 revues systématiques admissibles provenant de juridictions internationales ont été analysés, dont 513 effets ont été extraits.
- Un effet est défini comme la différence en matière de récidive entre un groupe exposé à une intervention et un groupe non exposé (c.à-d. contrôle)
- Dans les revues systématiques avec une méta-analyse, l'incidence d'une intervention est également quantifiée par la taille de l'effet, qui est une mesure numérique décrivant l'ampleur d'une différence
- Il existe plusieurs types de tailles d'effet, chacun ayant des seuils précis pour classer un effet comme étant petit, moyen ou grandNote de fin de document v
Catégories de récidive
Dans le cadre de cette étude, les résultats sur la récidive ont été classés selon les types ci-dessous (qui ne s'excluent pas mutuellement) :
Récidive générale
La commission de toute nouvelle infraction criminelle après une implication antérieure dans le système judiciaire, peu importe la nature ou la catégorie de l'infraction. Cette catégorie inclut les résultats explicitement classés sous la catégorie générale de récidive, ainsi que ceux pour lesquels le type de récidive n'a pas été précisé. Dans les cas où les résultats d'une revue systématique étaient spécifiquement liés à un sous-type d'infraction — comme les infractions sexuelles, violentes, la violence entre partenaires ou domestique, ou les infractions liées aux drogues — ces résultats ont été classés exclusivement dans les catégories de sous-types correspondantes ci-dessousNote de fin de document vi.
Récidive sexuelle
La commission d'une nouvelle infraction sexuelle après une implication antérieure dans le système judiciaire, incluant à la fois les infractions avec contact (p. ex. agression sexuelle) et celles sans contact (p. ex. voyeurisme).
Récidive violente
La commission d'une nouvelle infraction violente après une implication antérieure dans le système judiciaire, impliquant généralement l'usage ou la menace de la force contre une autre personne (p. ex. voies de fait, vol qualifié, homicide).
Récidive de violence familiale/entre partenaires intimes (VF/VPI)
La commission d'une nouvelle infraction violente ou sexuelle dans le cadre d'une relation amoureuse ou sexuelle (c.-à-d. violence entre partenaires intimes) ou contre un membre de la famille ou du ménage (c.-à-d. violence domestique).
Récidive liée à l'usage de drogue
La commission d'une nouvelle infraction liée à la possession ou au trafic de drogues, à la conduite avec facultés affaiblies par l'alcool ou le cannabis, ainsi qu'aux violations des conditions de mise en liberté associées à la consommation de drogues.
Limites de la méthodologie
Il est important de noter que cette RdR n'a pas permis d'évaluer de façon fiable la qualité des interventions – plus précisément, leur conformité aux principes des interventions ou traitements correctionnels efficaces (c.-à-d. fidélité aux principes du risque, des besoins et de la réceptivité [RBR]Note de fin de document viii) – ni la fidélité avec laquelle les interventions ont été mises en œuvre. Par conséquent, les résultats reflètent l'effet global des interventions correctionnelles sur la récidive, sans tenir compte de la qualité des interventions ou des traitements ni des implications liées aux différences individuelles.
Résultats de l'étude
Dans l'ensemble des effets, 60 % ont démontré que les interventions réduisaient la récidive.
De 25 % à 48 % des effets ont démontré une réduction au moins modérée de la récidive lorsqu'on considère le pourcentage des effets issus de revues systématiques avec méta-analyseNotes de bas de page 1.
Figure 1 : Description de l'image
Graphique à barres montrant les pourcentages de revues systématiques démontrant une diminution au moins minime de la récidive dans différents types : général (60,9 %), sexuel (53,1 %), violent (56,8 %), VPI/VF (64,0 %) et lié à la drogue (61,3 %). Les barres sont bleu foncé avec des étiquettes sur l’axe des x pour les types de récidive et l’axe des y pour les pourcentages.
Figure 2 : Description de l'image
Graphique à barres horizontales montrant le pourcentage d’effets indiquant une réduction légère ou une réduction modérée, pour cinq types de récidive : générale, sexuelle, violente, liée à la VPI/VF (violence entre partenaires intimes/violence familiale) et liée aux drogues. Les barres bleu foncé représentent les réductions légères et les barres turquoise représentent les réductions modérées. Les pourcentages sont indiqués à l’extrémité de chaque barre.
- Récidive générale : réduction légère = 56,2 %; réduction modérée = 26,1 %
- Récidive sexuelle : réduction légère = 56,3 %; réduction modérée = 31,3 %
- Récidive violente : réduction légère = 64,0 %; réduction modérée = 42,3 %
- Récidive liée à la VPI/VF (violence entre partenaires intimes/violence familiale) : réduction légère = 50,0 %; réduction modérée = 48,0 %
- Récidive liée aux drogues : réduction légère = 56,3 %; réduction modérée = 25,0 %
La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et les approches connexes, comme la formation en habiletés cognitives et la thérapie comportementale, ont été associées à des réductions faibles à modérées de la récidive, tous types confondus.
Voici quelques exemples d'interventions efficaces pour réduire la récidive:Notes de bas de page 3
- Générale: Gestion de la colère, programme axé sur l'infraction, TCC et pharmacologie.
- Récidive sexuelle: Thérapie comportementale, TCC et autres formes de psychothérapie.
- Récidive violente: Gestion de la colère, thérapie comportementale, TCC, formation en habiletés cognitives, thérapie de groupe et autres formes de psychothérapie.
- Récidive de VF/VPI: TCC, formation en habiletés cognitives, prise en charge psychologique, thérapie de groupe, psychoéducation et autres formes de psychothérapie
| Intervention | Générale | Sexuelle | Violente | VF/VPI | Drogue |
|---|---|---|---|---|---|
| Service d'assistance postpénale | Oui | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Gestion de la colère | Oui | s.o. | Oui | s.o. | s.o. |
| Thérapie comportementale | Oui | Oui | Oui | s.o. | s.o. |
| Camps de type militaire | Non | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Thérapie cognitivo-comportementale | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui * (interpréter avec prudence) |
| Formation en aptitudes cognitives | Oui | Oui | Oui | Oui | s.o. |
| Counseling | Oui | s.o. | Non | Oui | Oui |
| Déjudiciarisation | Oui | s.o. | Oui | s.o. | Oui |
| Modèle Duluth | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui | s.o. |
| Études et formation professionnelle | Oui | s.o. | s.o. | s.o. | Oui |
| Thérapie de groupe | Oui | Non | Oui | Oui | Oui * (interpréter avec prudence) |
| Traitement médical/chirurgical | Oui | s.o. | Oui * (interpréter avec prudence) | s.o. | s.o. |
| Thérapie multisystémique | Oui | Oui | Non * (interpréter avec prudence) | s.o. | s.o. |
| Programmes adaptés aux infractions | Oui | s.o. | s.o. | Non * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) |
| Autres psychothérapies | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Pharmacologie | s.o. | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | s.o. | Non |
| Psychoéducation | s.o. | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui | s.o. |
| Formation axée sur les aptitudes psychosociales | Oui | s.o. | s.o. | Oui * (interpréter avec prudence) | Non * (interpréter avec prudence) |
| Justice réparatrice | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui | s.o. | s.o. |
| Formation axée sur les aptitudes sociales | Oui | s.o. | s.o. | Oui | s.o. |
| Supervision | s.o. | s.o. | s.o. | Non | s.o. |
| Autres | Oui | Oui | s.o. | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui |
| Non précisé | Oui | s.o. | s.o. | Oui | s.o. |
| Remarque : La catégorie « Autres » comprend les interventions mentionnées dans moins de 10 revues systématiques admissibles qui ne correspondaient à aucune autre catégorie. Notamment, la thérapie des schémas, la formation sur la gestion du risque, la désintoxication et l'autoassistance. La catégorie « Non précisé » comprend les cas pour lesquels le terme « intervention » est utilisé comme terme général, sans que le type soit précisé. | |||||
| Intervention | Générale | Sexuelle | Violente | VF/VPI | Drogue |
|---|---|---|---|---|---|
| Service d'assistance postpénale | Non | Non | Non | Non | Non |
| Gestion de la colère | Oui | Non | Oui | Non | Non |
| Thérapie comportementale | Non | Oui | Oui | Non | Non |
| Camps de type militaire | Non | Non | Non | Non | Non |
| Thérapie cognitivo-comportementale | Non | Oui | Oui | Oui | Non |
| Formation en aptitudes cognitives | Non | Non | Oui | Oui | Non |
| Counseling | Non | Non | Non | Oui | Non |
| Déjudiciarisation | Non | Non | Non | Non | Non |
| Modèle Duluth | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Non | Non |
| Études et formation professionnelle | Non | Non | Non | Non | Non |
| Thérapie de groupe | Non | Non | Oui | Oui | Non |
| Traitement médical/chirurgical | Oui | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Non | Non |
| Thérapie multisystémique | Non | Non | Non | Non | Non |
| Programmes adaptés aux infractions | Oui | Non | Non | Non | Non |
| Autres psychothérapies | Non | Oui | Oui | Oui | Non |
| Pharmacologie | Oui | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Non | Non |
| Psychoéducation | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui | Non |
| Formation axée sur les aptitudes psychosociales | Non | Non | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Non |
| Justice réparatrice | Non | Non | Non | Non | Non |
| Formation axée sur les aptitudes sociales | Non | Non | Non | Oui | Non |
| Supervision | Non | Non | Non | Non | Non |
| Autres | Oui | Non | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui |
| Non précisé | Oui | Non | Non | Oui | Non |
| Remarque : La catégorie « Autres » comprend les interventions mentionnées dans moins de 10 revues systématiques admissibles qui ne correspondaient à aucune autre catégorie. Notamment, la thérapie des schémas, la formation sur la gestion du risque, la désintoxication et l'autoassistance. La catégorie « Non précisé » comprend les cas pour lesquels le terme « intervention » est utilisé comme terme général, sans que le type soit précisé. | |||||
Tous les contextes d'intervention étaient au moins quelque peu propices à la réduction de la récidive générale
Presque tous les contextes étaient associés à une réduction modérée de la récidive sexuelle, violente et de VF/VPI.
En revanche, la récidive liée aux drogues n'a démontré une réduction de la récidive que par suite d'interventions appliquées devant les tribunaux et dans la collectivité.
| Contexte | Générale | Sexuelle | Violente | VF/VPI | Drogue |
|---|---|---|---|---|---|
| Détention | Oui | Oui | Oui | Oui | s.o. |
| Collectivité | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Tribunaux | Oui | s.o. | Oui | s.o. | Oui |
| Résidentiel | Oui | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | s.o. |
| Hôpital | Oui | s.o. | Oui | Oui * (interpréter avec prudence) | Non * (interpréter avec prudence) |
| Contexte | Générale | Sexuelle | Violente | VF/VPI | Drogue |
|---|---|---|---|---|---|
| Détention | Non | Oui | Oui | Oui | Non |
| Collectivité | Non | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Tribunaux | Non | Non | Oui | Non | Oui |
| Résidentiel | Non | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Oui * (interpréter avec prudence) | Non |
| Hôpital | Oui | Non | Oui | Oui * (interpréter avec prudence) | Non |
Les données suggèrent que les interventions correctionnelles peuvent être efficaces dans tous les contextes pour réduire la récidive et devraient être appliquées après la surveillance ou la neutralisation dans le cadre d'une peine.
Conclusion
L'objectif de cette étude était de comprendre quels types d'interventions correctionnelles permettent de réduire le plus efficacement et constamment la récidive.
Les résultats de l'étude démontrent qu'un large éventail d'interventions correctionnelles pourrait potentiellement réduire la récidive de manière plus efficace que l'incarcération ou les peines communautaires ayant un accent limité sur la réhabilitation, comme les camps militaires et la surveillance intensive. Ils suggèrent que ce qui "fonctionne" pour réduire la récidive repose sur des approches correctionnelles thérapeutiques, réhabilitatives et éducatives fondées sur des données probantes, et ancrées dans des techniques cognitivo-comportementales.
Cependant, la signification pratique des interventions correctionnelles demeure incertaine. Bien qu'une proportion importante des résultats (~70 %) provenant de méta-analyses indique que ces interventions sont efficaces, elles entraînent généralement seulement de faibles réductions de la récidive. De plus, un faible pourcentage des résultats a révélé que certaines interventions pourraient entraîner une augmentation de la récidive. Ces effets négatifs pourraient être associés à des approches fortement punitives, telles que les camps militaires et la surveillance intensive. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre les facteurs sous-jacents qui contribuent à l'efficacité sous-optimale des interventions correctionnelles.
La TCC et les approches connexes peuvent être des interventions particulièrement efficaces pour réduire la récidive en raison de :
- leur capacité de cibler directement les attitudes et les façons de penser procriminelles (l'un des éléments les plus fortement liés à la conduite criminelle, selon le principe des besoins); et
- leur correspondance directe au principe de la réceptivité — c'est-à-dire que les interventions correctionnelles les plus efficaces adoptent des approches cognitivo-comportementales et d'apprentissage social
- Date de modification :