L'âge et la récidive sexuelle Une comparaison des violeurs et des agresseurs d'enfants
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par
R. Karl Hanson
Ministère du Solliciteur général du Canada
Ce document est disponible en anglais. This report is
available in English under the title : Age and Sexual
Recidivism: A Comparison of Rapists and Child Molesters
Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 2001
No de cat. : JS42-96/2001
ISBN : 0-662-65737-3
Note de l'auteur
Les vues exprimées dans ce document sont celles de l'auteur
et n'engagent pas nécessairement le portefeuille du
Solliciteur général du Canada. Je remercie Marnie Rice,
Grant Harris, Jean Proulx, Larry Motiuk, Marylee Stephenson,
John Reddon, Lea Studer, Janice Marques, Roxanne Lieb et Lin
Song de m'avoir donné accès à leurs ensembles de données
originaux.
Table des matières
Sommaire
La présente étude examine la relation entre l'âge et la
récidive sexuelle au moyen de données provenant de 10 études
de suivi menées auprès d'agresseurs sexuels du sexe masculin
(échantillon global de 4 673 sujets). Les violeurs étaient
plus jeunes que les agresseurs d'enfants et leur risque de
récidive diminuait progressivement avec l'âge. Par contre,
les agresseurs d'enfants auteurs d'agressions extrafamiliales
affichaient une baisse relativement minime du risque de
récidive jusqu'à l'âge de 50 ans. Le taux de récidive des
agresseurs d'enfants auteurs d'agressions intrafamiliales
était généralement faible (moins de 10 %), sauf pour le
groupe des 18 à 24 ans, dont le risque de récidive était
semblable à celui des violeurs et des agresseurs d'enfants
auteurs d'agressions extrafamiliales. Nous discutons des
résultats par rapport à l'évolution de la pulsion sexuelle,
de la maîtrise de soi et des occasions de récidiver.
L'âge et la récidive sexuelle - Une comparaison
des violeurs et des agresseurs d'enfants
Le public s'inquiète, et avec raison, du risque que
présentent les délinquants sexuels. Même s'ils sont seulement
de 10 % à 15 % après cinq ans (Hanson et Bussière, 1998), les
taux observés de récidive sexuelle continuent à augmenter
graduellement avec l'allongement des périodes de suivi
(Hanson, Steffy et Gauthier, 1993a). Les délinquants sexuels
continuent-ils à présenter indéfiniment un risque ou y a-t-il
une limite d'âge après lequel le risque de récidive diminue
sensiblement? Dans quelle mesure un agresseur d'enfants ou un
violeur âgé de 60 ans constitue-t-il une menace?
La relation entre l'âge et le comportement criminel général
est bien établie. La plupart des crimes sont commis par des
personnes jeunes, et le taux de comportement criminel diminue
graduellement avec l'âge. En ce qui concerne les crimes
signalés à la police, l'âge le plus courant du délinquant est
la fin de l'adolescence (16 à 18 ans), les délinquants
violents étant un peu plus âgés que les délinquants non
violents (Gottfredson et Hirshi, 1990). Des études
longitudinales révèlent toutefois que le taux de comportement
agressif atteint un sommet à l'âge préscolaire (3 ou 4 ans)
et qu'il diminue ensuite graduellement (Tremblay, 2000).
L'accroissement apparent de la criminalité avec violence à
l'adolescence est simplement une fonction d'un changement
dans la réaction de la collectivité à un comportement
agressif chronique. Nagin et Tremblay (1999) n'ont trouvé
aucun groupe de garçons chroniquement violents pour lesquels
l'âge de la première manifestation de l'agression était
postérieure à 6 ans.
La relation entre l'âge et la criminalité sexuelle est
toutefois moins bien connue. D'après des données provenant de
179 services de police canadiens, 81 % des délinquants
accusés d'infractions sexuelles étaient âgés de 18 ans ou
plus (Centre canadien de la statistique juridique, 1999). Ces
délinquants sont en moyenne beaucoup plus âgés que les autres
délinquants et un peu plus âgés que la population générale.
Toutefois, la répartition selon l'âge des délinquants sexuels
est clairement bimodale : le sommet le plus marqué est
atteint à l'âge de 13 ans et est suivi d'une baisse au début
de la vingtaine puis d'un second sommet entre le milieu et la
fin de la trentaine (Centre canadien de la statistique
juridique, 1999). La raison de cette répartition bimodale est
inconnue, mais elle semble indiquer l'existence éventuelle
d'une différence qualitative entre les délinquants sexuels
adolescents et les délinquants sexuels adultes. Le sommet
atteint à l'âge de 13 ans serait attribuable au début de
l'activité sexuelle de jeunes qui sont généralement agressifs
et antisociaux. Le sommet de la fin de la trentaine serait
quant à lui lié à l'accroissement des occasions de commettre
certains types d'infractions sexuelles durant cette période
(p. ex., inceste père-fille, agression à l'égard d'enfants).
On constate aussi des différences d'âge parmi les délinquants
sexuels adultes. On a observé il y a déjà longtemps que les
délinquants qui s'en prennent à des femmes (violeurs) tendent
à être plus jeunes que ceux qui ciblent les enfants
(agresseurs d'enfants) (Apfelberg, Sugar et Pfeffer, 1944;
West, 1983).
La répartition selon l'âge des délinquants accusés
d'infractions sexuelles ne correspond pas nécessairement à
leur risque de récidive relatif. Même s'il y a relativement
peu de délinquants sexuels âgés de plus de 50 ans, il se peut
que les délinquants plus âgés manifestent un comportement
plus (ou moins) chronique que les délinquants sexuels plus
jeunes. Dans leur examen de 21 études de suivi (n = 6 969),
Hanson et Bussière (1998) ont constaté une relation générale
négative entre l'âge et le risque de récidive sexuelle (r
moyen = -0,13). Toutefois, la relation n'était pas marquée,
et il y avait beaucoup de variabilité entre les études.
Il est possible que la relation entre l'âge et la récidive
sexuelle diffère selon les types de délinquants sexuels. De
tous les délinquants sexuels, les violeurs sont ceux qui
ressemblent le plus aux délinquants non sexuels (West, 1983).
Ils tendent à avoir des antécédents criminels non sexuels et
sont plus portés que les agresseurs d'enfants à récidiver en
commettant des crimes autres que sexuels (Hanson et Bussière,
1998). Il est donc probable que le taux de récidive des
violeurs diminue graduellement avec l'âge.
On ne sait pas dans quelle mesure les taux de récidive des
agresseurs d'enfants diminuent avec l'âge. Étant donné que la
plupart des comportements antisociaux diminuent avec l'âge,
il est probable que les taux de récidive sexuelle des
agresseurs d'enfants diminuent également. Mais il est aussi
possible que la baisse soit minimale. Les agresseurs
d'enfants qui commettent des agressions extrafamiliales sont
les délinquants sexuels les plus susceptibles d'avoir des
préférences sexuelles déviantes (Marshall, 1997). Il se peut
que la présence de ces préférences sexuelles déviantes
contribue à un niveau élevé de risque jusqu'à un âge bien
avancé.
Les agresseurs d'enfants qui ciblent uniquement des victimes
à l'intérieur de leur famille (auteurs d'inceste) présentent
un risque de récidive systématiquement plus faible que les
autres délinquants sexuels (Hanson et Bussière, 1998). Même
si l'on peut s'attendre à ce que les auteurs d'inceste soient
plus âgés que les autres agresseurs d'enfants (puisqu'un laps
de temps doit s'écouler avant que leurs propres enfants
n'atteignent un certain âge), on ne sait pas si leurs taux de
récidive diminuent sensiblement avec l'âge. Le processus de
divulgation pour l'infraction répertoriée limite peut-être
l'accès aux enfants de leur famille actuelle, mais l'arrivée
subséquente de petits-enfants crée éventuellement de
nouvelles occasions.
Pour examiner la relation entre l'âge et la récidive
sexuelle, des analyses secondaires ont été effectuées sur
10 échantillons de délinquants sexuels (nombre total de
sujets = 4 673). Ces échantillons provenaient de divers
milieux au Canada (k = 7), aux États-Unis (k = 2) et au
Royaume-Uni (un échantillon).
Méthode
Échantillons
Le tableau 1 présente une vue d'ensemble des échantillons.
Tous les délinquants étaient libérés d'établissements
pénitentiaires, sauf pour environ la moitié des délinquants
de l'échantillon SSOSA de l'État de Washington, auxquels on a
imposé des peines communautaires. Pour la plupart des
échantillons, l'origine raciale ou ethnique n'était pas
indiquée, mais si l'on se base sur les données démographiques
des provinces, États et pays d'origine, on peut supposer que
les délinquants étaient surtout des Blancs. Les échantillons
sont un peu plus petits que ceux utilisés dans les études
originales parce qu'ils comprennent uniquement les
délinquants pour lesquels on disposait des données sur l'âge
et sur la récidive sexuelle. Tous les délinquants étaient des
adultes du sexe masculin (âgés d'au moins 18 ans au moment de
la mise en liberté).
Étude sur la récidive parmi les délinquants sous
responsabilité fédérale au Canada - Mises en liberté
1983-1984 (Bonta et Hanson, 1995a; voir aussi Bonta et
Hanson, 1995b). Cette étude a porté sur les 316 délinquants
sexuels inclus dans l'échantillon total de 3 180 délinquants
sous responsabilité fédérale mis en liberté par le Service
correctionnel du Canada (SCC) au cours de l'exercice
1983-1984. Les délinquants sexuels étaient définis comme les
délinquants mis en liberté après une condamnation pour
infractions sexuelles. Les données sur la récidive ont été
recueillies en 1994 à partir des dossiers nationaux
d'antécédents criminels tenus par la Gendarmerie royale du
Canada (GRC).
Délinquants sous responsabilité fédérale au Canada mis en
liberté entre 1991 et 1994 (Motiuk, 1995; voir aussi
Motiuk et Brown, 1993; Motiuk et Brown, 1996). Les auteurs
ont suivi un groupe de délinquants sexuels mis en liberté par
le SCC entre 1991 et 1994. Les délinquants inclus dans ce
groupe avaient fait l'objet d'un examen en 1991 (voir Motiuk
et Porporino, 1993) durant leur incarcération. Les données de
suivi ont été codées à partir des dossiers de la GRC de 1994.
Administration fédérale canadienne - région du
Pacifique (CS/RESORS Consulting, 1991; Hanson, Broom et
Stephenson, 2001). Les auteurs ont suivi les délinquants
sexuels mis en liberté en Colombie-Britannique entre 1976 et
1992. L'étude avait pour but initial de comparer les
délinquants ayant bénéficié de services de counseling
obligatoire dans la collectivité (n = 401) et des délinquants
mis en liberté les années antérieures et n'ayant pas
bénéficié de ce programme postlibératoire (n = 288). Les
délinquants mis en liberté au cours de l'exercice 1983-1984
(n = 38) ont été retirés de cet échantillon pour éviter un
chevauchement avec l'autre cohorte décrite ci-dessus. Les
données sur la récidive ont été codées en 2000 à partir des
dossiers de la GRC.
Alberta Hospital Edmonton - Programme Phoenix (Reddon,
1996; voir aussi Studer, Reddon, Roper et Estrada, 1996). Les
délinquants sexuels examinés dans cette étude incluaient ceux
qui ont participé au programme de traitement Phoenix (Alberta
Hospital Edmonton) entre 1987 et 1994. Le programme Phoenix
est un programme de traitement éclectique offert aux patients
hospitalisés dont un grand nombre de participants sont des
délinquants qui y sont dirigés par les responsables des
établissements correctionnels fédéraux. Les données sur la
récidive ont été recueillies en 1995 à partir des dossiers de
la GRC.
Sex Offender Treatment and Evaluation Project (SOTEP) de
la Californie (Marques et Day, 1996; voir aussi Marques,
Day, Nelson et West, 1993; Marques, Nelson, West et Day,
1994). L'objectif premier de cette étude en cours est
d'examiner l'efficacité du traitement. L'échantillon utilisé
pour l'étude inclut des délinquants sexuels affectés au
hasard au traitement (n = 172), un groupe témoin de bénévoles
appariés, des délinquants qui ont refusé le traitement et un
échantillon général de délinquants sexuels faisant partie du
système correctionnel de la Californie (échantillon total =
1 137). Les hommes qui ont commis des agressions uniquement
contre leurs enfants biologiques ont été exclus. Les sujets
ont été inclus dans cette étude entre 1985 et 1995; les
données de suivi ont été recueillies en 1995 à partir des
casiers judiciaires locaux et nationaux ainsi que des
rapports des services de probation et des services de police
locaux.
Tableau 1
Caractéristiques de l'étude.
| Échantillon |
Taille de l'échantillon |
Âge (ET) |
Type de délinquant
Viol/EX/IN (%) |
Taille de l'échantillon pour le type |
Nombre moyen d'années de suivi |
Taux de récidive sexuelle |
Critères de la récidive |
| Délinquants mis en liberté sous responsabilité fédérale
au Canada 1983-1984 |
315 |
31 (8,7) |
-- / -- / -- |
0 |
10 |
19,7 |
Condamnations |
| Délinquants mis en liberté sous responsabilité fédérale
au Canada 1991-1994 |
241 |
37 (11) |
53 / 19 / 28 |
208 |
2 |
7,1 |
Accusations |
| Délinquants mis en liberté sous responsabilité fédérale
au Canada
Région du Pacifique |
689 |
38 (11) |
36 / 30 / 33 |
362 |
11 |
24,7 |
Accusations |
| Millbrook (Ontario) |
186 |
33 (10) |
00 / 82 / 18 |
186 |
3 |
35,5 |
Condamnations |
| Institut Philippe Pinel |
363 |
36 (11) |
30 / 43 / 27 |
349 |
4 |
16,3 |
Condamnations |
| Alberta Hospital Edmonton |
363 |
36 (10) |
27 / 27 / 46 |
363 |
5 |
5,5 |
Condamnations |
| SOTEP (Californie) |
1 137 |
38 (8,9) |
29 / 40 / 31 |
1 130 |
4 |
13,3 |
Accusations |
| Oak Ridge
Penetanguishene (Ontario) |
263 |
31 (9,4) |
52 / 26 / 22 |
246 |
10 |
36,1 |
Accusations/ réincarcération |
| HM Prison Service (R.-U.) |
529 |
36 (12) |
53 / 32 / 15 |
325 |
16 |
25,7 |
Condamnations |
| SSOSA - État de Washington |
587 |
36 (13) |
10 / 41 / 49 |
582 |
5 |
7,5 |
Accusations |
Note: EX = Agresseurs d'enfants coupables d'agressions
extrafamiliales; IN = Agresseurs d'enfants coupables
d'agressions intrafamiliales
Institut Philippe Pinel (Montréal) (Proulx, Pellerin,
McKibben, Aubut et Ouimet, 1995; voir aussi Proulx, Pellerin,
McKibben, Aubut et Ouimet, 1997; Pellerin et coll., 1996).
Cette étude a porté sur des délinquants sexuels traités dans
un établissement psychiatrique à sécurité maximale entre 1978
et 1993. L'Institut Philippe Pinel de Montréal assure un
traitement à long terme (1 à 3 ans) aux délinquants sexuels
qui y sont dirigés par le système correctionnel et le système
de santé mentale. Les données sur la récidive ont été
recueillies en 1994 à partir des dossiers de la GRC.
Étude sur la récidive de Millbrook (Hanson, Steffy et
Gauthier, 1993b; voir aussi Hanson, Scott et Steffy, 1995;
Hanson, Steffy et Gauthier, 1992; Hanson et coll., 1993a).
Cette étude a servi à recueillir des données au sujet de la
récidive à long terme (15-30 ans) d'agresseurs d'enfants mis
en liberté entre 1958 et 1974 par le centre correctionnel de
Millbrook, un établissement provincial à sécurité maximale
situé en Ontario. Environ la moitié des sujets de
l'échantillon ont participé à un bref programme de
traitement. Les renseignements sur la récidive ont été codés
à partir des dossiers de la GRC en 1989 et 1991.
Division Oak Ridge du Centre de santé mentale de
Penetanguishene (Rice et Harris, 1996; voir aussi
Quinsey, Rice et Harris, 1995; Rice et Harris, 1997; Rice,
Harris et Quinsey, 1990; Rice, Quinsey et Harris, 1991).
L'étude d'Oak Ridge a servi à suivre les délinquants sexuels
dirigés entre 1972 et 1993 vers ce centre de santé mentale à
sécurité maximale situé en Ontario, au Canada, en vue de
subir un traitement ou une évaluation. La plupart des
délinquants ont été dirigés vers le centre par les systèmes
de santé mentale ou les tribunaux (p. ex., dans le cadre des
examens préalables de l'aptitude à subir un procès);
quelques-uns y ont aussi été dirigés par les services
correctionnels provinciaux ou fédéraux. Les données de suivi
étaient basées sur les dossiers de la GRC et des services de
santé mentale (c.-à-d., nouvelles admissions pour infractions
sexuelles, que des accusations aient été portées ou non).
Her Majesty's Prison Service (R.-U.). (Thornton,
1997). L'étude consistait en un suivi pendant 16 ans de tous
les délinquants sexuels ayant obtenu leur mise en liberté du Her Majesty's Prison Service (Angleterre et pays de
Galles) en 1979 (n = 573). Les données sur la récidive ont
été tirées des dossiers du Home Office réunis en 1995.
Très peu de délinquants inclus dans cet échantillon auraient
bénéficié d'un traitement spécialisé pour délinquants
sexuels.
SSOSA de l'État de Washington (Berliner, Schram,
Miller et Milloy, 1995; Song et Lieb, 1995). Cet ensemble de
données a été créé pour évaluer le programme de solution de
rechange à l'incarcération pour les délinquants sexuels (Sex
Offender Sentencing Alternative - SSOSA) de l'État de
Washington, qui permet aux juges de condamner les délinquants
sexuels à un traitement dans la collectivité. Pour être
admissibles au programme SSOSA, les délinquants doivent en
être à leur première accusation d'infraction sexuelle autre
que de viol au premier ou au deuxième degré. L'échantillon
consistait en 287 délinquants ayant participé au programme
SSOSA et 300 délinquants admissibles au programme qui n'y ont
toutefois pas participé. La plupart des sujets étaient des
Blancs (85%). Les délinquants ont été condamnés entre janvier
1985 et juin 1986, et les données de suivi ont été
recueillies en décembre 1990.
Analyses
Les analyses ont été menées sur un ensemble de données
combinant les échantillons précédents. L'âge a été calculé au
moment de la mise en liberté, sauf pour l'échantillon du
programme SSOSA de l'État de Washington, pour lequel on a
utilisé l'âge au moment du prononcé de la peine. La récidive
sexuelle a été mesurée en fonction des définitions employées
dans les rapports originaux, soit, dans la plupart des cas,
des accusations (k = 4) ou des condamnations (k = 5). Pour
l'échantillon d'Oak Ridge, les critères de récidive
incluaient également des réincarcérations dans des
établissements psychiatriques.
Les analyses préliminaires ont porté sur le lien entre l'âge
et la récidive dans chaque échantillon. La méta-analyse des
différents échantillons a produit la même courbe de résultats
que l'analyse de l'échantillon global. Par souci de
simplicité, nous présentons uniquement les résultats pour
l'échantillon global.
La principale méthode statistique employée pour mesurer le
lien entre l'âge et la récidive sexuelle a été la régression
logistique (Neter, Kutner, Nachtsheim et Wasserman, 1996). La
régression logistique est préférable à la régression des
moindres carrés ordinaire lorsque les variables du résultat
sont dichotomiques. Comparativement aux coefficients de
corrélation, les coefficients de la régression logistique
sont moins influencés par les taux de base de la récidive et
la variabilité dans les variables prédictives. On peut
considérer le coefficient de régression logistique comme le
taux de changement dans les taux de récidive au fur et à
mesure que l'âge augmente d'une année; plus précisément,
eB est un risque relatif rapproché (ou odds
ratio). Par exemple, si B correspond à -0,04, le risque
relatif rapproché serait (2,714)(-0,04) = 0,96.
Cette valeur de 0,96 signifierait que si Jacques est plus
vieux que François d'une année, son taux de récidive
correspondrait normalement à 96 % du taux de récidive attendu
de François (une réduction de 4 %). Pour des valeurs minimes
de B, le changement en pourcentage des taux de récidive
équivaut approximativement à la valeur absolue de B (c.-à-d.,
B = -0,04 correspond à une réduction de 4 %; B = 0,10
correspond à une augmentation de 10,5 %).
On peut vérifier les effets curvilinéaires en entrant le
carré de la variable prédictive (Y2) après avoir
entré la variable prédictive (Y). Signalons toutefois aux
lecteurs que, si Y et Y2 sont examinés
simultanément, la valeur de leurs coefficients de régression
respectifs (et leurs tests de signification) peut être
influencée par des aspects arbitraires de la mise à
l'échelle. Par conséquent, les coefficients de régression
résultant ne constituent pas un test de la grandeur relative
des effets linéaires et curvilinéaires. Les coefficients de
régression pour les composantes de la courbe sont néanmoins
présentés pour indiquer le sens de tout effet curvilinéaire
éventuel.
Résultats
L'échantillon confondu comprenait 4 673 délinquants sexuels.
En fonction du choix prédominant de victimes, on a distingué
dans l'échantillon les groupes suivants : les délinquants
s'en prenant principalement aux femmes (violeurs, n = 1 133),
les agresseurs d'enfants s'en prenant à des enfants avec
lesquels ils n'ont aucun lien de parenté (auteurs
d'agressions extrafamiliales, n = 1 411) et les agresseurs
d'enfants s'en prenant uniquement à des enfants avec lesquels
ils ont un lien de parenté (auteurs d'inceste, n = 1 207).
Ont été exclus de cette classification 47 délinquants qui
s'en sont pris tant à des femmes qu'à des enfants sans lien
de parenté avec eux et 875 délinquants pour lesquels on ne
possédait pas de renseignements sur leurs victimes. La
classification était toutefois basée sur des données
restreintes, et le chevauchement entre catégories de victimes
est sans doute plus grand que ne le suppose cette
classification.
Comme on peut le voir à la figure 1, les violeurs
(moyenne = 32,1, ET = 8,9) étaient plus jeunes que les
agresseurs d'enfants auteurs d'agressions extrafamiliales
(moyenne = 37,1, ET = 11,5) et les auteurs d'inceste
(moyenne = 38,9, ET = 9,9). Vu la taille des échantillons,
les écarts entre tous les groupes étaient statistiquement
significatifs à p < 0,001 même si la différence d'âge
moyenne entre les deux groupes d'agresseurs d'enfants n'était
que de 1,8 an.
Figure 1 - Répartition selon l'âge des délinquants sexuels
Pour l'ensemble de l'échantillon, le taux de récidive
sexuelle était de 17,5 % (820/4 673). Il diminuait
progressivement avec l'âge (régression logistique,
B = -0,036, ET = 0,004, p < 0,001). L'association était
linéaire; l'ajout d'une composante curvilinéaire n'améliorait
pas sensiblement l'ajustement de la courbe de régression
(changement du khi-carré = 0,18, DDL = 1, p > 0,50). La
corrélation entre l'âge et la récidive sexuelle était de
-0,13 (p < 0,001) et la zone sous la courbe de la fonction
d'efficacité du récepteur (ROC) était de 0,60 (intervalle de
confiance de 95 % de 0,58 à 0,62).
Les groupes récidivaient à des taux différents (changement du
khi-carré logistique = 57,91, DDL = 2, p < 0,001), les
auteurs d'inceste récidivant moins souvent (8,4 %) que les
violeurs (17,1 %) et les agresseurs d'enfants auteurs
d'agressions extrafamiliales (19,5 %). Si l'on ne tenait pas
compte de l'effet de l'âge, la différence dans les taux de
récidive entre les violeurs et les agresseurs d'enfants
auteurs d'agressions extrafamiliales n'était pas
statistiquement significative (khi-carré logistique = 2,21,
DDL = 1, p > 0,10). Toutefois, le fait de tenir compte de
l'effet de l'âge faisait ressortir une différence
significative entre les agresseurs d'enfants auteurs
d'agressions extrafamiliales et les violeurs (khi-carré
logistique = 7,71, DDL = 1, p < 0,005), les premiers
récidivant plus souvent que les seconds. Dans toutes les
comparaisons, les auteurs d'inceste affichaient des taux de
récidive sensiblement plus bas (p < 0,001).
Même si l'effet de l'âge était linéaire pour l'ensemble de
l'échantillon, la relation avec l'âge différait selon qu'il
s'agissait de violeurs, d'agresseurs d'enfants auteurs
d'agressions extrafamiliales et d'auteurs d'inceste (voir la
figure 2; interaction entre les groupes et l'âge2 [âge au carré] : changement du khi-carré logistique = 6,81,
DDL = 2, p < 0,05). Les analyses distinctes pour les trois
groupes sont présentées au tableau 2. Le taux de récidive des
violeurs diminue régulièrement avec l'âge (B logistique =
-0,40, ET = 0,010). Par contre, la tranche d'âge la plus à
risque pour les agresseurs d'enfants auteurs d'agressions
extrafamiliales n'était pas celle de 18 à 24 ans, mais plutôt
celle de 25 à 35 ans. Le taux de récidive des agresseurs
d'enfants auteurs d'agressions extrafamiliales diminuait
relativement peu jusqu'à l'âge de 50 ans.
La tendance était différente pour les auteurs d'inceste. Le
taux de récidive de ces derniers était généralement faible
(moins de 10 %), sauf pour ceux qui étaient âgés entre 18 et
24 ans, dont le taux de récidive était beaucoup plus élevé
(30,7 %).
Il y avait très peu de récidivistes parmi les délinquants
sexuels libérés après l'âge de 60 ans (5/131 ou 3,8 %). Les
récidivistes âgés de plus de 60 ans incluaient deux
agresseurs d'enfants auteurs d'agressions extrafamiliales
(2/45 ou 4,4 %) et trois délinquants qui n'étaient classés
dans aucun groupe (3/37 ou 8,1 %). Aucun des auteurs
d'inceste (n = 39) ou des violeurs (n = 10) âgés de plus de
60 ans au moment de leur mise en liberté n'a récidivé. Le
récidiviste le plus âgé de l'échantillon a été mis en liberté
à l'âge de 72 ans et a été condamné de nouveau pour une
infraction sexuelle l'année suivante.
Figure 2 - Taux de récidive selon le groupe d'âge

Tableau 2
Relation entre l'âge (années) et la récidive sexuelle (1 =
oui; 0 = non).
| Échantillon |
Taille de l'échan-tillon |
Étape |
Coefficients de régression logistique |
Changement x 2 |
Modèle
x 2 |
| interception |
linéaire |
curvilinéaire |
| Violeurs |
1 133 |
1 |
-0,334
(0,319) |
-0,040
(0,010) |
- |
- |
16,82*** |
| |
|
2 |
-0,585
(0,995) |
-0,024
(0,060) |
0,00023
(0,00088) |
0,073 |
17,37*** |
| Agresseurs d'enfants - agressions extrafamiliales |
1 411 |
1 |
-0,411
(0,232) |
-0,028
(0,006) |
- |
- |
20,65*** |
| |
|
2 |
-2,344
(0,778) |
0,082
(0,043) |
-0,00144
(0,00056) |
7,44** |
27,98*** |
| Auteurs d'inceste |
1 207 |
1 |
-0,069
(0,448) |
-0,064
(0,013) |
- |
- |
28,88*** |
| |
|
2 |
1,359
(1,154) |
-0,144
(0,061) |
0,00108
(0,00079) |
1,59 |
30,38*** |
| Total |
4 673 |
1 |
-0,324
(0,140) |
-0,035
(0,004) |
- |
- |
84,68*** |
| |
|
2 |
-0,489
(0,410) |
-0,026
(0,023) |
0,00013
(0,00030) |
0,19 |
84,87*** |
*p < 0,05; **p < 0,01, ***p < 0,001.
Note : Écarts-types entre paranthèses.
Discussion
Comme pour les autres comportements criminels, le taux
d'infraction sexuelle a diminué avec l'âge. Le taux de baisse
était passablement graduel, toutefois, et il y avait des
différences significatives entre les types de délinquants
sexuels. Les violeurs étaient plus jeunes que les autres
délinquants sexuels (45 % avaient moins de 30 ans) et leur
taux de récidive diminuait graduellement avec l'âge. Le
risque de récidive des agresseurs d'enfants auteurs
d'agressions extrafamiliales ne diminuait guère jusqu'à l'âge
de 50 ans. La période la plus à risque pour ces délinquants
sexuels était celle de 25 à 35 ans. Par contre, les jeunes
auteurs d'inceste (18 à 24 ans) présentaient un risque
beaucoup plus élevé que les auteurs d'inceste des autres
groupes d'âges.
Le taux de récidive moyen pour les auteurs d'inceste (8 %)
était inférieur au taux de récidive moyen des agresseurs
d'enfants coupables d'agressions extrafamiliales (19 %) et
des violeurs (17 %). Même si les taux de récidive des
agresseurs d'enfants coupables d'agressions extrafamiliales
et des violeurs étaient semblables, les premiers étaient en
moyenne plus âgés que les seconds. Lorsqu'on tenait compte de
l'effet de l'âge, on pouvait constater que les premiers
présentaient un risque beaucoup plus élevé de récidive
sexuelle que les seconds.
Parmi les divers facteurs liés aux crimes sexuels, les trois
qui intéressent le plus la présente étude sont des intérêts
sexuels déviants (motivation), l'occasion et un manque de
maîtrise de soi. La répartition de ces trois facteurs parmi
les catégories de délinquants peut aider à expliquer la
répartition selon l'âge des délinquants et la variation dans
leurs taux de récidive.
Intérêts sexuels déviants
Même si tous les délinquants sexuels se livrent à un
comportement sexuellement déviant, la plupart n'ont pas une
préférence durable pour des activités sexuelles illégales.
Les préférences sexuelles présentent un certain degré
d'élasticité; par exemple, les hommes préfèrent ordinairement
des rapports sexuels avec des femmes consentantes, mais ils
peuvent manifester une certaine excitation face à des filles
ou des adolescentes (Freund et Blanchard, 1989) et des images
de rapports sexuels forcés (Eccles, Marshall et Barbaree,
1994). Les délinquants peuvent réagir à ces objets et
activités sexuels qui ne sont pas leurs préférés pour
diverses raisons, y compris la pression exercée par leurs
pairs (p. ex., Kanin, 1967), l'impulsivité et l'occasion.
Les intérêts sexuels déviants sont plus courants parmi les
agresseurs d'enfants auteurs d'agressions extrafamiliales que
parmi les auteurs d'inceste (Marshall, 1997). Il est
difficile de comparer directement le taux d'intérêt sexuel
déviant des violeurs et celui des agresseurs d'enfants. Les
intérêts sexuels se situent le long d'un continuum, et l'on
ne sait pas exactement quel niveau d'intérêt sexuel pour la
violence correspond à un niveau d'intérêt sexuel également
déviant pour les enfants. Néanmoins, en moyenne, les violeurs
réagissent sexuellement davantage à des stimuli érotiques
violents qu'à des images d'activités sexuelles entre
personnes consentantes (Lalumière et Quinsey, 1994), ce qui
semble indiquer que les violeurs ont dans une proportion
significative des intérêts sexuels déviants. Ceux-ci sont
sans doute plus répandus parmi les violeurs que parmi les
auteurs d'inceste; on ne sait pas toutefois si les violeurs
sont plus ou moins sexuellement déviants que les agresseurs
d'enfants coupables d'agressions extrafamiliales.
D'après des recherches antérieures, l'intérêt sexuel déviant
est un important facteur de risque en ce qui concerne la
récidive sexuelle (Hanson et Bussière, 1998). Dans la mesure
où les intérêts sexuels déviants font partie intégrante de la
vie sexuelle du délinquant, on peut s'attendre à ce que la
persistance des infractions sexuelles corresponde à la
persistance des pulsions sexuelles du délinquant.
Les recherches sur la population normale ont révélé que la
pulsion sexuelle masculine diminue graduellement avec l'âge,
bien que la baisse soit assez faible jusqu'à l'âge de 50 ans
(Kinsey, Pomeroy et Martin, 1948; Panser et coll., 1995;
Trocki, 1992). Moins de 1 % des hommes âgés entre 40 et
49 ans ont dit n'avoir « aucune pulsion sexuelle », contre
26 % des hommes âgés de plus de 70 ans (Panser et coll.,
1995). La maladie et des baisses avec l'âge du niveau de
testostérone figurent parmi les facteurs qui contribuent à
une diminution de la pulsion sexuelle (Gray, Feldman,
McKinlay et Longcope, 1991).
Manque de maîtrise de soi
Le deuxième grand facteur lié à l'infraction sexuelle est un
manque de maîtrise de soi ou un mode de vie criminel. Le
manque de maîtrise de soi désigne la tendance à réagir
impulsivement à une tentation immédiate, à peu tenir compte
des conséquences et à se livrer à des comportements à risque
élevé, comme la consommation d'alcool, la conduite à grande
vitesse et la promiscuité sexuelle. La relation entre le
manque de maîtrise de soi et le comportement criminel est
suffisamment étroite pour pousser Gottfredson et Hirshi
(1990) à la considérer comme la cause de la
criminalité. Il n'est pas rare que les chercheurs incluent
des mesures du comportement antisocial dans leurs définitions
de l'impulsivité ou du manque de contrainte (p. ex., Prentky,
Knight, Lee et Cerce, 1995; Wright, Caspi, Moffitt et Silva,
1999).
La maîtrise de soi augmente de façon marquée entre l'enfance
et l'âge adulte. On ne sait toutefois pas très bien dans
quelle mesure elle continue à se développer à l'âge adulte.
Gottfredson et Hirschi (1990) croient que le niveau de
maîtrise de soi d'une personne change peu après avoir été
établi dans la famille d'origine. Toutefois, la diminution
avec l'âge de presque tous les comportements impulsifs et à
risque (p. ex., conduite rapide, consommation abusive de
substances intoxicantes, vol, voies de fait) semble indiquer
que la maîtrise de soi et la contrainte continuent à se
développer jusqu'à un âge adulte assez avancé.
Des recherches antérieures sur les délinquants sexuels ont
révélé que l'impulsivité et un mode de vie criminel étaient
liés au risque de récidive sexuelle (Hanson et Bussière,
1998; Prentky et coll., 1995). Un manque de maîtrise de soi
est plus courant parmi les violeurs que parmi les agresseurs
d'enfants. Les violeurs présentent un grand nombre des
caractéristiques de l'instabilité du mode de vie qu'on trouve
chez les délinquants en général (West, 1983) et sont plus
susceptibles de récidiver en commettant des crimes autres que
sexuels que les agresseurs d'enfants (Hanson et Bussière,
1998). Les recherches n'ont pas encore révélé si les auteurs
d'inceste et les agresseurs d'enfants coupables d'agressions
extrafamiliales différaient les uns des autres pour ce qui
est de l'instabilité de leur mode de vie. Miner et Dwyer
(1997) ont constaté que les auteurs d'inceste signalaient
moins de problèmes en ce qui concerne la satisfaction
immédiate que les agresseurs d'enfants auteurs d'agressions
extrafamiliales, tandis que Symbaluk (1998) a trouvé
l'inverse : les auteurs d'inceste avaient plus de problèmes
en ce qui concerne la maîtrise de soi que les agresseurs
d'enfants coupables d'agressions extrafamiliales. Les auteurs
d'inceste et les agresseurs d'enfants auteurs d'agressions
extrafamiliales inclus dans les échantillons de Firestone et
coll. (1999, 2000) affichaient des niveaux semblables de
maîtrise de soi par rapport à des indicateurs comme un faible
niveau de scolarité, la toxicomanie, l'agression et la
psychopathie.
Occasion
Le troisième facteur lié aux infractions sexuelles est celui
de l'occasion. Contrairement aux problèmes de maîtrise de
soi, qui diminuent normalement au début de l'âge adulte, et
aux pulsions sexuelles déviantes, qui baissent normalement à
un âge plus avancé, les occasions de commettre des agressions
contre des enfants augmentent habituellement vers le milieu
de l'âge adulte. La plupart des agresseurs d'enfants
exploitent une relation de confiance avec une victime qu'ils
connaissent ou avec laquelle ils ont un lien de parenté. Les
occasions d'établir des relations avec des enfants atteignent
leur paroxysme entre la fin de la vingtaine et le milieu de
la quarantaine. C'est durant cette période normalement que
les hommes ont leurs propres enfants ou fréquentent des amis
et des parents qui ont des enfants.
Par contre, les occasions de commettre un viol diminuent
d'ordinaire graduellement avec l'âge. La plupart des victimes
de viol sont des jeunes femmes connues de leur agresseur. Les
gens tendent à fréquenter des personnes de leur âge; par
conséquent, au fur et à mesure qu'ils vieillissent, les
hommes rencontrent normalement moins de victimes éventuelles
et se retrouvent moins souvent dans des circonstances qui
peuvent se prêter au viol (p. ex., bars, fêtes entre amis au
collège ou à l'université).
Interprétation et constatations
au sujet de l'âge et de la récidive
Les trois facteurs que constituent la déviance sexuelle, la
maîtrise de soi et l'occasion concordent avec les
constatations relatives au lien entre l'âge et la récidive
pour les violeurs et les agresseurs d'enfants auteurs
d'agressions extrafamiliales. Pour les violeurs, les trois
facteurs diminuent normalement avec l'âge. La maîtrise de soi
augmente normalement au début de l'âge adulte tandis que les
pulsions sexuelles déviantes diminuent vers la fin de l'âge
adulte et que les occasions de commettre des infractions
diminuent d'ordinaire graduellement au fur et à mesure que
l'âge avance. Dans la mesure où ces trois facteurs sont
importants, il n'est pas étonnant que la plupart des violeurs
sont jeunes et que leur risque de récidive diminue
graduellement avec l'âge.
Dans le cas des agresseurs d'enfants auteurs d'agressions
extrafamiliales, il se peut que d'autres facteurs influent
sur le risque de récidive entre le début et le milieu de
l'âge adulte. S'il est vrai que la maîtrise de soi s'améliore
normalement durant le passage entre la vingtaine et la
trentaine, les occasions d'agresser des enfants augmentent.
Ce n'est que vers la fin de l'âge adulte que les occasions
d'avoir des relations avec des enfants diminuent et que ce
facteur, combiné à une baisse de la pulsion sexuelle,
contribue à une diminution du risque de récidive. Cette thèse
concorde avec les constatations selon lesquelles les
agresseurs d'enfants sont plus âgés que les violeurs et que
le taux de récidive des agresseurs d'enfants auteurs
d'agressions extrafamiliales demeure relativement constant au
début et jusqu'au milieu de l'âge adulte.
Cette thèse ne concorde que partiellement avec les
constatations relatives aux auteurs d'inceste. Le fait que
l'inceste atteint son paroxysme à la fin de la trentaine
concorde avec l'existence d'occasions accrues de commettre un
acte incestueux vers le milieu de l'âge adulte. De même, le
faible taux de récidive des auteurs d'inceste concorde avec
leur niveau relativement faible d'intérêt sexuel déviant
(comparativement aux agresseurs d'enfants auteurs
d'agressions extrafamiliales), leur mode de vie passablement
stable (comparativement à celui des violeurs) et des
occasions réduites comparativement aux autres délinquants
sexuels (leur groupe cible n'étant composé que de membres de
la famille).
Nous avons toutefois été étonnés par les taux élevés de
récidive affichés par les jeunes auteurs d'inceste. Il y
avait relativement peu d'auteurs d'inceste dans le groupe des
18 à 24 ans (n = 75), mais leur taux de récidive était un des
plus élevés de toutes les catégories de délinquants (31 %).
Ces résultats semblent indiquer que les jeunes auteurs
d'inceste forment peut-être un groupe distinct de celui du
type classique père-fille. Dans la présente étude, on ne
savait pas qui étaient les victimes des jeunes auteurs
d'inceste, mais il ne s'agissait vraisemblablement pas de
leurs propres enfants. Ces délinquants s'en prenaient sans
doute à leurs frères et sours, leurs demi-frères ou
demi-sours ou leurs neveux ou nièces. Il faudrait explorer la
ressemblance entre ces jeunes auteurs d'inceste et les autres
délinquants sexuels (p. ex., violeurs, agresseurs d'enfants
coupables d'agressions extrafamiliales). Cependant, tous les
délinquants inclus dans l'échantillon ont sans doute usé de
force ou choisi une victime beaucoup plus jeune qu'eux. Les
rapports sexuels entre frères et sours relativement
consentants suscitent rarement l'application de sanctions
pénales sévères comme celles qui ont été imposées à la
plupart des délinquants inclus dans cette étude.
Il y avait relativement peu de délinquants sexuels, toutes
catégories confondues, d'un âge avancé (11 % des sujets
avaient plus de 50 ans), et leur taux de récidive était
généralement faible (< 10 %). Cette baisse vers la fin de
l'âge adulte peut être attribuée à une diminution tant de la
pulsion sexuelle que des occasions. Toutefois, le principal
facteur parmi les délinquants les plus âgés est sans doute un
mauvais état de santé et la mort. Nous ne disposions pas des
dossiers médicaux pour les sujets analysés dans cette étude;
il faudrait par conséquent mener des recherches pour
déterminer la mesure dans laquelle on peut s'attendre à une
baisse du risque de récidive sexuelle parmi les délinquants
plus âgés qui demeurent en bonne santé. Dans la population
normale, une baisse de l'intérêt des activités sexuelles à un
âge plus avancé est étroitement liée à la maladie (Panser et
coll., 1995).
Bref, la présente étude a permis de conclure que le risque de
récidive présenté par les délinquants sexuels diminuait avec
l'âge, mais que l'effet global n'était pas considérable et
que la courbe de diminution variait selon qu'il s'agissait de
violeurs, d'agresseurs d'enfants coupables d'agressions
extrafamiliales et d'auteurs d'inceste. Le risque de récidive
présenté par les agresseurs d'enfants commettant des
agressions extrafamiliales diminue relativement peu jusqu'à
l'âge de 50 ans. Les délinquants sexuels mis en liberté après
l'âge de 60 ans avaient des taux de récidive très faibles
(3,8 %).
Bien que les facteurs que sont une pulsion sexuelle déviante,
un manque de maîtrise de soi et des occasions puissent
expliquer ces résultats, il faut aussi tenir compte d'autres
explications. Les données étaient toutes transversales plutôt
que longitudinales; une diminution apparente en fonction de
l'âge de la criminalité sexuelle pourrait donc être attribuée
aux effets de la cohorte. Comme la cohorte a des effets
importants en ce qui concerne le comportement sexuel (p. ex.,
presque tous [95 %] les délinquants nés après 1964 avaient eu
des rapports sexuels avant l'âge de 18 ans contre la moitié
[51 %] des délinquants nés avant 1949; Trocki, 1992), il se
peut que des effets de cohorte interviennent aussi en ce qui
concerne les taux d'infractions sexuelles.
Un autre facteur dont il faut tenir compte est le fait qu'on
a pris l'âge des délinquants au moment de la mise en liberté
plutôt qu'au début de la perpétration d'infractions. La
constatation selon laquelle les agresseurs d'enfants étaient
plus âgés que les violeurs pourrait donc être attribuable au
fait qu'il faut plus de temps pour détecter des infractions
commises contre des enfants et intenter des poursuites que de
détecter des infractions contre des adultes.
Une bonne part de la diminution avec l'âge des infractions
sexuelles pourrait aussi être attribuée à un simple effet
d'apprentissage. Avec le temps, les hommes peuvent apprendre
que la criminalité sexuelle n'est pas un moyen efficace
d'être heureux ou, ce qui est plus inquiétant, ils peuvent
acquérir des façons nouvelles et améliorées d'éviter d'être
découverts. Il faudra bien sûr poursuivre les recherches pour
tirer au clair ces diverses explications.
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