Projet de sensibilisation du
centre-ouest de Winnipeg
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Le Projet de sensibilisation du centre-ouest de Winnipeg (WCYO) vise à empêcher les jeunes à risque de 12 à 18 ans de se joindre à des gangs et de participer à leurs activités dans le centre-ouest de Winnipeg. Le projet fournit aux adolescentes un soutien supplémentaire dans le cadre du programme RESPECT. Le projet WCYO est réalisé en partenariat par la Spence Neighbourhood Association (SNA) et le West Central Women’s Resource Centre (WCWRC). Il est appuyé par Sécurité publique Canada, le Centre national de prévention du crime et le Fonds de lutte contre les activités des gangs de jeunes (FLAGJ). Lancé en juin 2007, le projet sera mis à l’essai et évalué en vertu du FLAGJ jusqu’en mars 2011.
Au Canada, de 1988 à 1998, le taux d’adolescentes arrêtées pour des infractions contre la personne représente presque le double (127 %) de celui des adolescents (65 %)[1]. Winnipeg est aux prises avec un problème similaire lié au taux de croissance des gangs à prédominance féminine et à l’augmentation de leurs activités violentes[2]. En 2001, le quartier centre-ouest était l’un des secteurs de Winnipeg où la criminalité était la plus élevée[3]. Les incidents incluent des taux élevés de violence attribuable à des gangs, de commerce du sexe et d’exploitation sexuelle en lien avec l’activité criminelle organisée[4].
Le projet WCYO a été élaboré en collaboration avec les partenaires et intervenants communautaires et dans le cadre de la stratégie de réduction des activités de gangs parmi les jeunes du Manitoba. La stratégie en trois volets présente une approche équilibrée au moyen d’initiatives de prévention, d’intervention et de répression. Elle comprend une combinaison d’interventions directes, d’initiatives complémentaires et de partenariats avec des organismes d’application de la loi et des organismes communautaires[5].
Le quartier centre-ouest bénéficie également d’un appui dans le cadre de l’initiative Quartiers vivants! du Manitoba. Quartiers vivants! est une stratégie provinciale de développement communautaire, social et économique à long terme qui appuie et encourage les efforts de revitalisation des collectivités, et le Projet WCYO s’inscrit dans ces efforts.
Sources des données scientifiques
Le projet WCYO repose sur une combinaison de données scientifiques, et voici les approches principales qui le sous-tendent.
Philadelphia Youth Violence Reduction Partnership (YVRP)
Le Philadelphia Youth Violence Reduction Partnership (YVRP) [partenariat visant à réduire la violence chez les jeunes de Philadelphie] est un projet dont l’intervention a comme point de départ les services de police des quartiers marqués par la présence des gangs de rue et où le taux d’homicide parmi les jeunes est le plus élevé. Il a été introduit en 1999 dans un premier poste de police, avant d’être repris dans deux autres unités; il vise essentiellement à réduire le nombre de crimes avec violence - en particulier les homicides - commis par ou contre les jeunes.
Le projet YVRP est le résultat d’un étroit partenariat entre divers organismes de services publics (postes de police, organismes de probation) et organismes communautaires (travailleurs de rue, organismes religieux) qui travaillent auprès de ces jeunes. Plutôt que de travailler de façon indépendante, le projet YVRP privilégie la collaboration et la coordination entre les organisations. Les activités communes intensifient les interventions axées sur les jeunes, ce qui les décourage de s’engager dans des activités criminelles en plus de favoriser leur réinsertion sociale.
L’évaluation a révélé que le taux d’homicides attribuable aux gangs de rue a diminué globalement dans les quartiers où le programme a été mis en œuvre, comme ce fut le cas à Boston. L’étroite surveillance exercée sur les jeunes a permis de découvrir de nombreuses infractions qui ont été sanctionnées par la suite. Enfin, les intervenants de première ligne ont réussi à persuader un nombre important de jeunes de participer à des programmes de réadaptation [6].
Participation des jeunes
L’approche axée sur la participation des jeunes offre à ces derniers la possibilité et la capacité d’effectuer un changement positif dans leur vie et dans la vie de leur famille grâce à l’acquisition de surmonter un certain nombre de facteurs de risque associés aux activités des gangs. L’approche intègre l’acquisition de compétences, l’apprentissage et l’enseignement par l’expérience, qui permettent aux jeunes d’assumer un rôle de leadership dans le choix des activités et des initiatives correspondant à leurs besoins[7].
Programme RESPECT
Le programme RESPECT est une approche axée sur l’entraide assurée par d’autres femmes. Selon Kelley Blanchette et Gordana Eljdupovic-Guzina (1998), les femmes qui participent à des programmes comme celui-ci l’utilise pour combattre des sentiments d'angoisse, de solitude, de dépression et des sentiments autodestructeurs[8]. Dans le cadre des programmes examinés, les membres de l’équipe avaient donné des conseils pratiques et personnalisés, avaient fait preuve de compassion et avaient donné l'occasion aux participantes de « se défouler »[9].

Participants au programme
Le projet cible les jeunes de 12 à 18 ans qui font actuellement partie d’un gang ou qui sont susceptibles de se joindre à un gang.
Partenaires clés
Le projet WCYO peut compter sur de nombreux partenariats dans la collectivité. Parmi ces organismes clés, notons :
- Ville de Winnipeg
- West Central Women’s Resource Centre
- Daniel McIntyre/St. Matthews’ Community Association
- Magnus Eliason Recreation Centre
- Justice Manitoba

Composantes du programme
Les jeunes sont aiguillés vers le programme WCYO par des organismes et des entreprises de la collectivité, des parents, des intervenants jeunesse ou y accèdent directement. Les intervenants jeunesse assurent un mentorat intensif auprès de 15 jeunes en plus d’offrir un soutien plus général à plusieurs autres. Les composantes principales du programme sont présentées ci-après.
Mentorat
Des entretiens particuliers entre les intervenants jeunesse et les jeunes sélectionnés dans le cadre du mentorat intensif ont lieu jusqu’à cinq fois par semaine. Les jeunes sont sélectionnés en fonction de l’évaluation des facteurs de risque liés à la participation à des gangs comme l’absence de participation aux études, l’instabilité familiale, des membres de la famille participant aux activités d’un gang, le comportement violent (incluant souvent des armes) et la fréquentation de membres de gangs connus. Une fois leur candidature retenue, les jeunes doivent s’engager à l’égard du programme. Les intervenants jeunesse mettent l’accent sur l’établissement de relations de confiance positives, la satisfaction des besoins fondamentaux des jeunes, l’accompagnement des jeunes afin qu’ils aient accès aux ressources et aux activités de soutien et la prestation de conseils. Les intervenants jeunesse aident également les jeunes et leur famille dans les situations de crise en les aidant souvent à cheminer dans les services sociaux et le système de justice pénale.
Sensibilisation
Les intervenants jeunesse passent du temps dans la rue et dans la collectivité, là où les jeunes se rassemblent. Ils ont pour but d’apprendre à connaître les jeunes à risque et d’amorcer le processus de soutien en vue de répondre aux besoins fondamentaux de ces derniers. À mesure qu’évoluent les relations, les intervenants jeunesse évaluent les obstacles auxquels se heurtent les jeunes et identifient les jeunes impliqués dans un gang ou qui sont le plus susceptibles d’y adhérer. Cette connaissance permet aux intervenants jeunesse d’élaborer des plans de services individuels visant à aider les jeunes et à répondre aux besoins particuliers comme les capacités de lecture et d’écriture et les aptitudes sociales. Les intervenants jeunesse animent des séances de groupe qui favorisent le comportement prosocial et offrent aux jeunes la possibilité d’apprendre de nouvelles techniques de gestion du comportement.
RESPECT - Cercle de soutien jeunesse
Animés par un coordonnateur et un coanimateur jeunesse, les cercles de soutien jeunesse pour les filles ont lieu pendant trois séances de dix semaines par année, à raison d’un cercle de deux heures par semaine. En moyenne, six filles y participent par semaine, avec au moins quatre places réservées aux filles choisies par les intervenants jeunesse. Les cercles se déroulent à un centre communautaire local, dans un milieu sûr où les adolescentes peuvent faire part des luttes qu’elles mènent et de leurs réussites. Les activités abordent différents thèmes : le développement de l’estime de soi, l’image corporelle et la sécurité des quartiers. Le groupe est propice aux amitiés positives entre les participantes, et les coordonnateurs deviennent des adultes attentionnés et accessibles.
RESPECT - Peace Begins at Home Circle [la paix commence à la maison]
Les participantes à ce cercle sont les mères, les grands-mères et les tutrices des jeunes participantes. Le programme comprend trois séances de dix semaines par année, à raison d’un cercle de deux heures par semaine. Le cercle d’entraide Peace Begins at Home procure aux femmes un lieu sûr où ils peuvent discuter des difficultés liées à leurs enfants et des problèmes de la collectivité qui contribuent aux risques auxquels sont exposés leurs enfants. Les discussions portent sur différents thèmes : la criminalité et les gangs, les mauvais traitements et la violence, les techniques de communication et les limites. Les femmes apprennent les unes des autres et mettent en pratique de nouvelles compétences et stratégies avec leurs enfants qu’elles ont apprises dans le programme. Les animateurs offrent aussi un service de mentorat confidentiel aux femmes.
Réseau de ressources communautaires
Il s’agit d’un forum communautaire pour discuter de collaboration et de mise en commun des ressources, cerner les besoins et préoccupations et réduire les lacunes des services à la jeunesse.

Modèle d’évaluation
Un évaluateur tiers effectue une évaluation complète du projet. L’objectif de l’évaluation est de documenter de façon approfondie la mise en œuvre et les répercussions du projet afin de déterminer quelles sont les composantes du projet qui permettent le mieux de prévenir ou de réduire la participation des jeunes aux activités de gangs.
On a recours à diverses techniques d’analyse et de collecte de données, y compris des méthodes quantitatives (questionnaires d’évaluation des risques, analyses financières) et des méthodes qualitatives (entrevues, observation des programmes sur place, vérifications des dossiers des clients). Une évaluation avant, pendant et après le programme ainsi qu’une évaluation de suivi permettront de mesurer le changement au fil du temps. On fera appel à un groupe témoin non aléatoire pour étayer les résultats.

Résultats préliminaires
En juin 2009, le projet offrait du mentorat intensif à 14 participants. Une gamme d’activités sont créées à mesure que le programme évolue : bénévolat chez les jeunes, groupes de jeunes, clubs, sports individuels et d’équipes, centre de ressources jeunesse et banque communautaire de vêtements gratuits chaque semaine.
Des activités de sensibilisation ont permis de cerner les « points chauds » dans la collectivité où les jeunes adoptent des comportements négatifs. Ces points chauds sont souvent situés dans le fief connu d’un gang. Comme le personnel du programme concentre son travail de sensibilisation dans ces secteurs, les jeunes qui participent au programme sont très susceptibles de se joindre à un gang ou d’en faire déjà partie.
Les familles des jeunes participants et d’autres jeunes à risque sollicitent activement le soutien du personnel du programme. Souvent, ces familles ont des antécédents de longue date liés aux activités et à la violence des gangs et bénéficient d’une aide pour trouver des ressources[10].
Observations relatives à la mise en œuvre
Prise en compte des besoins individuels
La réussite du projet WYCO repose sur la reconnaissance et la compréhension des besoins individuels des jeunes. Il est essentiel d’établir la confiance et d’élaborer un plan d’action qui tient compte du contexte et du milieu propre à chaque jeune. Les intervenants jeunesse ont prolongé leurs heures de travail, qui sont passées de 24 à 30 heures par semaine, afin d’accroître les interactions individuelles avec les jeunes.
Accès aux familles
Il est difficile d’atteindre les familles des jeunes à risque élevé car elles sont souvent isolées, sans ressource et craignent l’intervention des services à l’enfance et à la famille. Une stratégie fructueuse pour établir la confiance aide les familles à traverser les situations de crise et répond à leurs besoins fondamentaux. Le personnel du projet a appris l’importance du « don » comme moyen d’amorcer des relations avec les familles.
Maintien en poste du personnel
En raison de la nature du travail, de la rémunération, des heures exigées ainsi que de l’expérience et des compétences particulières requises, il est difficile de trouver du personnel et de le maintenir en poste. Dans le but de réduire l’épuisement professionnel, on a remanié le projet WCYO : tandis que chaque jeune a un intervenant « de première ligne » désigné, tous les intervenants jeunesse connaissent bien chaque jeune et les plans mis en œuvre afin que n’importe lequel d’entre eux puisse offrir un soutien au jeune s’il y a lieu.
Obstacles
Un nombre limité de programmes de loisirs et d’acquisition de compétences sont offerts dans la collectivité. Les jeunes de plus de 12 ans n’ont pas accès aux programmes avant 16 h 30, et de nombreux participants au projet WCYO ne sont plus les bienvenus dans les programmes communautaires en raison de graves problèmes de comportement. Ces facteurs restreignent les options pour les jeunes dans le cadre du projet WCYO, et le personnel continue de travailler avec les partenaires afin de trouver des solutions et de permettre un accès plus étendu aux services.
Pour en savoir plus sur ce projet, veuillez communiquer avec :
Spence Neighbourhood Association
Directeur général
430, rue Langside
Winnipeg (Manitoba) R3B 2T5
Tél. : 204-783-5000
Sécurité publique Canada
Centre national de prévention du crime
Région des Prairies
310, avenue Broadway, bureau 700
Winnipeg (Manitoba) R3C 0S9
Tél. : 204-984-7237
Sans frais : 1-800-830-3118
Si vous voulez vous inscrire pour recevoir des renseignements sur la prévention du crime, veuillez consulter la page d’inscription à l’adresse suivante : https://www.securitepublique.gc.ca/prg/cp/ml/index-fra.aspx.

[1] Savoie, J. 1999. « La criminalité de violence chez les jeunes », Centre canadien de la statistique juridique, no 85-002-XPF au catalogue, Juristat, 19(13). Récupéré à l’adresse suivante : http://www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/85-002-x1999013-fra.pdf.
[2] Swarming Girl Gangs a Crime Problem in Winnipeg. (5 décembre 2004) CTV. Récupéré à l’adresse suivante : http://www.ctv.ca/servlet/ArticleNews/story/CTVNews/1102213371850_16/?hub=CTVNewsAt11 [en anglais seulement].
[3] Fitzgerald, R., M. Wisener et J. Savoie. 2004. Caractéristiques des quartiers et répartition de la criminalité à Winnipeg, Statistique Canada, no 85-561-MIF au catalogue - no 004, Ottawa, http://dsp-psd.pwgsc.gc.ca/Collection/Statcan/85-561-MIF/85-561-MIF2004004.pdf.
[4] Ibid.
[5]Gouvernement du Manitoba. (5 octobre 2005). Un projet intensif de lutte contre les gangs vise les jeunes les plus à risque. Récupéré à l’adresse suivante : http://www.gov.mb.ca/chc/press/top/2006/10/2006-10-05-04.html.fr.
[6] Pour de plus amples renseignements, veuillez consulter le site Web suivant : http://www.securitepublique.gc.ca/res/cp/res/2008-pcpp-fra.aspx.
[7] Pour de plus amples renseignements sur la prévention du crime par la participation des jeunes, veuillez consulter le site Web suivant : www.yjb.gov.uk/en-gb/yjs/prevention/yip/ [en anglais seulement].
[8] Blanchette, K. et G. Eljdupovic-Guzina. 1998. Résultats d'une étude pilote du Programme d'entraide des délinquantes, R-73, Direction de la recherche. Ottawa : Service correctionnel du Canada.
[9] Ibid.
[10] Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec le promoteur du projet.
